La crise sociale en Guyane, la médiocrité de la campagne électorale présidentielle, la prédominance du Front National dans le débat politique démontrent des logiques mortifères qui minent notre démocratie et la société française. Ces trois constats  procèdent de mêmes   causes  : la confiscation des espaces de liberté et le discrédit de la classe politique.

La fracture politique se creuse entre un citoyen enfermé dans une société de surconsommation qui est devenue son seul horizon et une  élite soi disant politique, renfermée sur elle même, sur son mode de fonctionnement, comme sur son mode de recrutement qui l’éloigne progressivement de la réalité sociale, incapable de traiter les questions essentielles du vécu quotidien ou d’envisager un avenir serein et organisé.

Le personnel politique se concentre sur les questions de posture, sur sa propre mise en scène et les débats sans sujet et sans fin avec la complicité objective et soutenue du monde médiatique. La question fondamentale de tout responsable politique n’est plus l’intérêt général, mais son niveau de popularité et le renouvellement de son mandat.

Lutte des classes : au sommet aussi tout est fait pour conserver les acquis et accroître les avantages

Les questions secondaires sont érigées en principes ; la lutte pour la conquête du pouvoir, la préservation des postes et des avantages afférents sont les véritables objectifs au détriment du débat politique et de l’engagement citoyen.

Cette défiance du citoyen s’exerce aujourd’hui à l’égard de toutes les instances publiques. Ce rejet, ce refus des partis et de la classe politique qui expliquent l’émergence du Front National, du Front de Gauche à travers Mélenchon, s’appuient sur la délégation de  la souveraineté populaire. Les mandataires du Front National ou du Front de Gauche, se targuent de parler au peuple, à la nation dans le renouvellement de l’identité nationale, refus de la mondialisation, de l’Europe, etc…

La liberté peut-elle être normative ?

Depuis une vingtaine d’années, la classe politique a engendré une société quadrillée, corsetée, cadrée où se multiplient les règles, les normes, les codes qui trament la vie quotidienne du citoyen, soumise à la vision kafkaïenne du pouvoir.

Pourquoi s’étonner que l’abstention progresse à chaque élection ? Pourquoi s’étonner que la confrontation des extrêmes constitue une majorité, non par adhésion, mais par rejet ?

Inflation réglementaire, suppression progressive des espaces de libertés au profit d’un système bureaucratique omnipotent, qui prétend incarner la légitimité populaire.

La crise de la Guyane, le renforcement des mouvements extrémistes, le retour vers une vision identitaire des communautés ne sont que la résultante d’une tentation totalitaire, d’un modèle ou d’un système administratif et politique qui place l’exercice du pouvoir en la  conservation du pouvoir au cœur du débat politique.

Or, face à cette tentative de confiscation du pouvoir, face à l’impuissance ou à l’incompétence d’un système politique, s’affirment la pertinence et la puissance  de la créativité de la société civile dans le passage à l’acte. La crise guyanaise, dans ce contexte,  constitue un laboratoire et pose les termes d’une refondation démocratique.

Le mal-être ne se monnaye pas

Soyons lucides. L’engagement ou la promesse de versement de millions de subventions, ou de dotations mis en œuvre par les mêmes structures ne répondront pas aux difficultés d’une société en déshérence. La tentative première du pouvoir politique est de convertir le mal être social et démocratique en terme monétaire ou en participation.

Au cœur de la campagne présidentielle, quel candidat, quel parti s’est interrogé durant ces deux mois sur la question de la participation du citoyen à la vie démocratique ou à la représentation du peuple ? Nous sommes soumis aux mêmes thèmes, aux mêmes promesses, aux mêmes schémas, au même projet de société qui s’enferme et qui dépérit étranglé par l’hydre réglementaire.

Et  pourtant, s’instaurent, se créent, se multiplient les initiatives citoyennes ; la diversité économique se construit à travers les associations, les engagements personnels, une société nouvelle, un monde nouveau avec des soubresauts et peut être la violence.

La politique rend sourd !

Il faudrait que “les politiques” entendent ce message avant qu’il ne fasse plus obscur…

Il faut qu’intervienne un changement profond de la représentation politique et que l’action publique s’appuie sur l’intelligence et l’action du Citoyen. La vie démocratique, par son exercice en liberté suppose la réduction progressive des pouvoirs de l’Etat, des institutions, de l’administration afin de redonner corps à la société civique. Il s’agit du débat premier et fondamental qui aurait dû être au cœur de la campagne électorale.

inscrire les problématiques au cœur de la démocratie nouvelle

Essayer de traiter les problèmes socio-économiques sans se préoccuper  de leur inscription dans le cadre d’une nouvelle démocratie à créer, ou en construction conduit à une impasse et nous sommes déjà dans l’impasse…

JPF

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