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Il nous reçoit dans son bar-restaurant sur la route de Cul-de-Sac, un joyeux capharnaüm multicolore où pas une table ni une chaise ne sont semblables.

Ici, la décoration va de la pin-up vantant les mérites d’une bière locale aux sculptures faites à partir de troncs de cocotier en passant par des surf-boards hors d’usage ou des plaques d’immatriculation provenant du monde entier. Le chien de la maison veille à l’entrée sans se soucier du chant du coq qui bat le rappel perché sur une branche du vieil arbre qui trône au centre de l’établissement et dont les branches passent à travers le toit pour aller crever le ciel.

La famille, la société… sous le manguier

Après avoir baissé le son de la musique qui résonne à tout va, Stachy  vient s’asseoir parmi nous et nous raconte alors les grands moments de sa vie. Il est né sur l’île de la Dominique voilà 50 ans au sein d’une famille de 6 enfants, un père pêcheur et une mère boulangère qui officie toujours dans son quartier natal de Portsmouth, la deuxième plus grande ville située au nord de l’île. Il se souvient des grandes soirées organisées dans le jardin familial où se côtoyaient hommes politiques et figures locales qui venaient déguster les merveilleux crabes farcis à l’ombre du manguier centenaire qui donnait encore assez de fruits pour parfumer le punch maison servi bien frais à tous les invités. Dans cette ancienne colonie de la Couronne Britannique, la langue officielle est l’anglais mais à la maison on mettait un point d’honneur à parler le créole et le français en souvenir du temps où l’île coincée entre la Guadeloupe et la Martinique appartenait encore au territoire de la France.

Une arrivée le jour de la Saint-Martin

Le jeune Stachy mettra très tôt la main à la pâte et dans la farine, et deviendra vite un très bon boulanger-pâtissier pour le plus grand bonheur des clients de sa maman. A peine âgé de 20 ans, il change de métier et s’embarque à bord d’un bateau pirate qui navigue en Mer des Caraïbes pour proposer à la vente des fruits et des légumes issus de la culture locale et c’est comme ça qu’après avoir fait une halte à Montserrat, il débarque à Saint-Martin le 11 Novembre 1987, jour de la fête de l’île. L’ambiance y semble si bonne qu’il est immédiatement conquis et décide de s’y installer pour un moment.

Finalement, il y restera plus longtemps que prévu puisque 30 ans plus tard, il y habite toujours pour notre plus grand plaisir et celui de la famille qu’il a fondée: il a eu 3 femmes et 7 enfants. Pour vivre, il n’hésite pas à faire tous les métiers car il est très habile de ses mains et rien ne lui fait peur : charpente, menuiserie, maçonnerie, peinture…

On lui doit une partie de la construction du Petit Hôtel de Grand-Case ou de l’Esmeralda de la Baie Orientale. Pendant 10 ans, il entretient de belles villas aux Terres Basses où il réside en côtoyant les figures locales saint-martinoises comme le docteur André ou Claude du Mini-Club et même Bernard Tapie qui passe des vacances dans le complexe hôtelier (aujourd’hui abandonné) de Happy Bay et qui y reçoit bon nombre de célébrités internationales et de jet-setteurs  débarquant de leurs yachts que notre homme brique, bichonne et  répare parfois avant qu’ils reprennent la mer.

Mais le virus de la cuisine ne l’a pas lâché et tout en continuant d’œuvrer de temps à autre sur divers chantiers, il retourne vers sa première passion. Il apprend à faire les nems au Thaï Garden, il officie derrière les fourneaux du Captain Oliver à Oyster Pond et devient chef de cuisine au Belvédère, tout le monde s’accorde alors à dire que ses talents de cuistot sont bien réels. Il marque toutefois une pause lorsque son épouse a envie qu’ils s’installent en France, mais l’expérience sera de courte durée: le stress de la vie métropolitaine, la pollution et les normes drastiques qu’on y applique ne conviennent pas à Stachy qui fait demi-tour rapidement pour mieux retrouver les racines de sa terre d’adoption saint-martinoise.

Polyvalent pour les autres… c’est aujourd’hui pour lui qu’il travaille

Et cette fois-ci c’est décidé, il ne travaillera plus pour personne, vive la liberté et l’indépendance. Il loue un petit local sur la route de Cul-de-Sac et ouvre son premier vrai établissement, un snack-bar sans prétention qui ne demande qu’à grandir. Les débuts sont difficiles mais petit à petit l’oiseau fait son nid et des dépendances vont venir peu à peu agrandir les lieux : un toit par ici, un deck par là, un auvent sur le côté puis un bar plus grand à ciel ouvert qui sera vite couvert pour devenir le pilier central de ce lolo hors du commun qui respire l’authenticité et la joie de vivre, sans parler des effluves alléchantes qui s’échappent de la cuisine de bon matin. Ici, on sert de vrais plats traditionnels antillais : matété de crabe, soupe de giraumon, boudins créoles, et poissons fraîchement pêchés sont au menu chaque soir ainsi que quelques spécialités du chef que l’on ne trouve nulle part ailleurs et que nous vous laissons le soin de découvrir et d’apprécier.

Cuisiner bon et partager…

Afin d’être plus authentique encore, Stachy élève lui-même les poulets et les porcs qui viendront garnir les assiettes, il cultive un potager 100% bio où poussent les légumes et les salades qui serviront d’accompagnement, il récolte la papaye dont on connaît maintenant les fantastiques qualités énergétiques. Bref, tout est frais, naturel et garanti “maison”. Chaque Vendredi soir au Stachy’s Hut, c’est la fête jusqu’à très tard dans la nuit avec musique live dans une ambiance qui n’a pas son pareil sur l’île.

Je sais d’où je viens, je sais qui je suis…

Stachy n’a pas pour autant oublié sa terre natale et il retourne régulièrement en Dominique visiter sa famille, il nourrit le projet d’apporter quelques améliorations à la boulangerie maternelle en y proposant prochainement un rayon pâtisseries françaises dont les touristes américains raffolent lui a-t-on dit. Son sourire éclatant, son regard franc et son sens inné de l’accueil font de lui un personnage incontournable dans le paysage de Saint-Martin. Si vous ne l’avez pas encore croisé , hâtez-vous et vous serez immédiatement conquis. Le Stachy’s Hut se trouve à Cul-de-Sac juste avant la pharmacie sur la gauche, attendez-vous à passer un moment inoubliable.

JMC

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