Temps de lecture estimé : 6 minutes

Une abstention suicidaire

Le premier élément qui ne choque même plus tant il est récurrent sur notre territoire est évidemment le taux d’abstention qui remet en question la légitimité même du scrutin et du fauteuil. A titre de comparaison, notre circonscription ne peut faire valoir que 2250 votants de plus qu’à Saint Pierre et Miquelon alors que nos listes portent plus de 20000 inscrits de plus. Quelle attention parisienne sera accordée, et pourra être réclamée, à une représentation qui n’aura mobilisé qu’un quart des inscrits ? Et quels arguments pourront être déployés si dans le cadre de la réduction du nombre de parlementaires, il était envisagé de supprimer ceux de Saint Barth et Saint Martin ?

Des territoires fortement identitaires

Dans les duels National / Local, le gagnant est connu d’avance et ce second tour n’a pas échappé à la règle malgré la vague En Marche annoncée, malgré la proximité revendiquée avec le Président Macron et malgré la multiplication des soutiens de dernière minute appelant à la cohérence nationale. Samedi, ce sont bien des critères locaux qui ont prévalu au report des voix dont certains espéraient qu’ils se feraient de manière mécanique. Mais c’était méconnaître ou sous-estimer le poids des us et coutumes électoraux si spécifiques à nos territoires qui ne sont visiblement pas encore prêts à accueillir favorablement les méthodes (et acteurs) venues d’ailleurs. Le candidat parachuté qui serait à même de l’emporter sur nos îles n’est pas encore né !

C’est d’ailleurs dans les “bureaux de vote réputés métropolitains” que Claire Javois a obtenu le moins de voix pendant que les autres, comme ceux de Sandy Ground ou de Grand-Case, ont vibré selon leurs racines, et répondu aux méthodes des cadors historiques qui ont largement arpenté les quartiers pour ce second tour.

Des exécutifs incontestés

Au-delà des investitures nationales qui n’ont donc ici qu’une valeur formelle, c’est le soutien des présidents de deux collectivités et de leurs groupes qui a présidé à l’élection de notre nouvelle députée, tel qu’elle le confirme elle-même dans son message de victoire. Les hommes en place, forts de leurs scores aux territoriales, ont ainsi renversé le “Tous contre…” développé durant l’entre-deux tours et confirmé en même temps leur puissance et leur volonté de ne laisser aucune opposition, fût-elle nationale, s’immiscer dans leurs projets locaux. Et cela, en s’offrant même le luxe de refuser tout débat… A l’instar des critiques au national, les législatives 2017 à Saint-Martin ont été une guerre de personnes et pas un débat d’idées.

Une machine bien huilée et “spécifique”

Nous ne commenterons pas ici les mécanismes St Barth que nous connaissons moins bien mais en ce qui concerne Saint-Martin, tous devaient admettre samedi que la machine UD restait bien fonctionnelle et efficace en termes de résultats malgré quelques soubresauts la semaine dernière. Campagne assumée aux couleurs et aux sons de la Team Gibbs et non des Républicains, valorisation du groupe toujours affiché en nombre plus que de la candidate, méthodes et travail de terrain équivalent à ce qui a pu être déployé pour les territoriales, personnalités historiques postées dans les quartiers le jour de l’élection… Daniel Gibbes achève son marathon électoral 2017 sur une victoire supplémentaire qui ferait presqu’oublier les défis que la gestion de la Collectivité lui réserve. La prochaine victoire se profile… les sénatoriales, et derrière notre président s’affichent largement les prétendants, même si l’heureux élu pourrait bien n’apparaître que la veille de l’élection : l’engagement dans le temps n’a plus forcément la priorité sur la stratégie politique.

Une administration acquise 

Et en parlant de Collectivité, force est aussi de constater que la nouvelle gouvernance pourra s’appuyer sur son administration car si le poids de celle-ci n’est plus à démontrer, l’implication politique des agents de la COM est de plus en plus affirmée et affichée aux côtés de la Team Gibbs. Là où durant les dernières mandatures, les affinités des uns et des autres semblaient devoir respecter ou s’astreindre à un certain devoir de réserve, celui-ci n’a pas été de mise pour cette dernière campagne au-delà même des réseaux sociaux et les fonctionnaires n’ont cette fois pas hésité à s’afficher et à défendre (et à célébrer) la ligne visant à renforcer les pouvoirs du président au travers sa candidate.

L’homme qui gagnait de toute façon

Au début de la campagne, nous nous interrogions sur la difficulté éventuelle pour Daniel Gibbs d’assumer au sein de son exécutif la présence de ceux qui étaient En Marche. Nous avons obtenu la réponse samedi soir et l’incohérence qui nous avait sauté aux yeux a été balayée par la victoire. Et c’est tout naturellement que le conseiller qui soutenait le Président de la République était sur le pont de la victoire de la candidate LR/UD. Si la candidate LREM avait gagné, il aurait tout autant célébré, mais dans le cercle plus clos de la famille, une autre victoire. Samedi soir, il était un homme à Saint-Martin qui a pu sabrer le champagne, l’issue de l’élection ne dictant pour lui que le cercle des convives.

Le back office…

Et oui, en marge de ceux qui accèdent au fauteuil, il y a ces personnages à la compétence recherchée et à la fidélité indéboulonnable, les assistants parlementaires. Après 5 années à œuvrer pour le député Gibbes, il est humainement compréhensible que ce dernier se donne les moyens de leur “reclassement” au plus près de lui. La victoire de Claire Javois qui en cela lui doit tout ou presque, ouvre des perspectives qui se concrétiseront en coulisse et permettront certainement à la Députée fraîchement élue d’hériter partiellement de l’expertise et de l’expérience acquise dans l’entourage du député sortant et à celui-ci de conserver les précieux conseils et positions avisées. Nous n’aborderons pas ici l’impact et les perspectives financières entourant ces fonctions, la transparence y pourvoira.

Et maintenant ?

Et bien maintenant, puisque la vague LREM n’a fait que lécher les côtes des îles du Nord et plus globalement d’Outremer, il nous reste à nous draper du statut d’Irréductibles Saint-Martinois résistant encore et encore à l’envahisseur macroniste en espérant que nos sorties au delà de nos barricades ne nous valent pas pluie de boulets et autres projectiles qui nous rappelleront notre goût ô combien prononcé pour la singularité.

IR

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.