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Trois français sur 5 pensent que les médias ne retranscrivent pas la réalité et ne résistent pas aux pressions politiques ou financières lorsqu’elles sont convergentes. Sur le terrain, le “journaliste” est de plus en plus accueilli avec réserve voire même hostilité. Deux attitudes s’offrent à lui, qui est forcément convaincu de faire son métier avec sérieux : celle de se considérer comme un bouc émissaire de plus ou celle de se dire qu’une part de vérité existe dans ces réactions de rejet.

Le média : l’interface entre deux mondes qui ne s’adressent que peu la parole

C’est un fait… lorsque le pouvoir est acquis, le lien avec ceux par qui il a été obtenu se distend. Cette fracture accentue l’impression d’opacité qui est vécue par ceux qui n’appartiennent pas à la strate du pouvoir, qu’il soit économique ou politique et comme chacun le sait, c’est dans l’obscurité que naissent les monstres. Ainsi, une part de la conscience populaire se plaît à considérer que rien n’y est sain, le célèbre “tous pourris”. Le poids de la transparence pèse alors sur les médias, seul pouvoir autonome à pouvoir alerter l’opinion publique et contraindre certaines situations à la vue de la justice, ou au moins du peuple. C’est le cas pour ce qui concerne la chute du modem, de Fillon, de Cahuzac et bien d’autres. Oui mais… les médias ne sont après tout que des outils dans une caisse bien plus vaste et nombreux sont ceux aujourd’hui qui savent parfaitement les utiliser, avides qu’ils sont de scoop, de buzz… autant de moments qui sont la garantie de leur survie même s’ils ne sont que des feux de paille. Cela va même bien plus loin puisque nombreux sont les membres de la famille médias à maîtriser l’envers du décor au point d’en faire l’espace de reconversion.

Le média, mon meilleur ennemi

Revenons à des considérations plus locales… nos médias locaux n’échappent pas à la règle, les périodes électorales sont denses en relationnel de tous bords, à qui jouira du plus d’espace, à qui fournira l’information fatale à son adversaire mais dont la teneur sera assumée par le média… etc. La grande drague du support, encensé pour la qualité de son travail et la pertinence de ses mots… Mais, le média n’est pas un animal domestiqué, il sait ronronner sous les caresses de la main qui le nourrit en informations mais réagit généralement assez mal à la privation ou au ton mal positionné. Bref, il n’est pour le pouvoir pas fiable lorsqu’il affirme une certaine autonomie de mouvement.

Des rapports compliqués

Ainsi, les rédactions sont faites de coup de fil langoureux auxquels succèdent les invectives et les menaces à peine voilées… tant il est nécessaire de se les mettre dans la poche pour accéder au pouvoir et qu’il serait préférable qu’ils disparaissent une fois celui-ci conquis. Toujours accueillis courtoisement, souvent flattés dans les discours, le fait est que le média est considéré comme un empêcheur dès qu’il ne se borne pas à relater les faits “Je croyais que les médias devaient être objectifs” nous lançait encore récemment un militant convaincu à l’objectivité bicolore… est-ce que faire valoir des idées et parvenir à lire entre les lignes du scénario vendu par le pouvoir est un manque d’objectivité ou est ce qu’au contraire cela constitue l’exacte attente du citoyen qui sait pertinemment quand on lui vend des vessies pour des lanternes ?

Pour autant… le média local reste très soft…

Les médias locaux le sont… c’est un fait. Aucun média local n’est habité par un Don Quichottisme outrancier et tous sont passés maîtres dans l’art du vivre ensemble ou du vivre avec. Aucun média local ne viendrait faire une UNE sur le passé trouble de tel ou tel élu, sur l’enrichissement foudroyant de tel ou telle figure locale, sur l’inventaire foncier de tel ou tel membre historique de l’administration, sur ses comptes offshore ou sur la façon dont il a financé les derniers travaux de sa maison… et pourtant, ici pas moins qu’ailleurs, les passés existent et ils se construisent même encore au présent. Le média local, somme toute, a de la bienveillance pour ceux qui essaient de faire mieux sans pour autant être parfaits et son objectivité est là : savoir et faire savoir qu’il sait au bénéfice du territoire qu’il couvre et sur lequel il est acteur.

IR

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