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Si ce n’est pas la seule plage fréquentée par les touristes, il ne fait nul doute que la Baie Orientale demeure tout de même parmi les plus célèbres de Saint-Martin, véritable poumon économique de l’île selon certains. Mais ces jours-ci  le poumon est encrassé et la respiration y devient de plus en plus difficile voire impossible à cause des algues sargasses qui s’échouent en grande quantité sur le sable dont la blancheur n’est qu’unvague souvenir tout comme le bleu turquoise des eaux qui bordent le rivage, plus proche du gris-marron de la plage de Berck si chère à Dany Boon.

MORAL EN BAISSE

Les restaurants et bars installés sur toute la longueur d’Orient Bay font grise mine (oui cette couleur semble très tendance en ce moment…) et le moral n’est pas au beau fixe. Des gérants d’établissements aux plagistes en passant par les managers et les vendeurs des boutiques, tous tiennent sensiblement le même discours : “C’est une véritable catastrophe pour l’activité touristique, d’autant plus que ces algues sont arrivées soudainement cette année. Nous pensions y échapper comme les 2 années précédentes, mais c’est pire que tout, il est impossible d’en venir à bout et ce n’est que le début.”  En effet, les observations au large permettent d’affirmer que le plus gros reste à venir au vu des nappes qui flottent à la surface en faisant route vers nos côtes.

DES MONTAGNES ODORANTES

Alors chaque matin, chacun s’emploie à nettoyer sa parcelle de plage tant bien que mal, avec des moyens qui varient en fonction des établissements :
les Five Stars utilisent un bulldozer qui ramasse autant de sable que d’algues et qui entasse ce conglomérat de part et d’autre de la plage faute d’un foncier mis à disposition à proximité, formant ainsi de véritables montagnes au grand dam des vacanciers et résidents qui n’ont plus un seul coin de plage disponible pour poser leurs serviettes, les endroits propres étant réservés aux transats en location. Les établissements plus modestes situés à proximité du Club Orient ont baissé les bras et renoncé à faire quoique ce soit, réalisant qu’il était impossible de ramasser les algues échouées à la force des bras et à l’aide de brouettes qui semblent bien dérisoires face à la lourde tâche que cela représente… au grand dam, cette fois, des Five Stars qui récupèrent ainsi les algues qui dérivent vers chez eux au gré du courant.

“De toute façon, une fois la plage nettoyée, les algues reviennent aussitôt et le résultat est le même 2 heures après, c’est décourageant !” nous avoue ce plagiste de la Baie Orientale, avant d’ajouter : “La moitié des clients repart à peine une heure après être arrivée, c’est compréhensible.”

QUE FONT LES BRIGADES VERTES ?

La priorité est semble-t-il donnée à la baie de Cul-de-Sac, sans doute sous la pression des passeurs dont les bateaux sont bloqués et ne desservent plus l’îlet Pinel depuis plusieurs jours, mais également pour des raisons bien évidentes de santé publique. Les proches résidents de ce quartier très fortement incommodés par les émanations de gaz constatent toutefois le peu d’efficacité des brigades vertes dotées d’un simple camion à benne qui évacue les algues à un rythme plus lent que celui des échouages. D’ailleurs, les consultations chez les médecins à cause de problèmes respiratoires se font de plus en plus nombreuses.

De plus, les brigades vertes ne peuvent pas être partout et les années précédentes, les services techniques de la COM avaient clairement annoncé la couleur : “Il est inutile de nettoyer la Baie Orientale puisque les restaurateurs le font”, ce à quoi les gérants d’établissements répondent : “Nous sommes bien obligés de le faire nous même puisque la COM ne vient pas”… c’est le serpent qui se mord la queue avec une mauvaise volonté affichée de part et d’autre ainsi qu’une communication quasi inexistante, chacun n’en faisant qu’à sa tête sans tenir compte de la réalité et de l’intérêt général.”

CHACUN SA SOLUTION

Face à cette situation tout le monde y va de sa solution miracle : pour les uns, un bateau intercepteur d’algues ou un filet récupérateur en surface; pour les autres, une meilleure coordination des tous les acteurs du tourisme ou encore l’utilisation de ces algues pour produire de l’énergie ou du compost. Les plus réalistes savent très bien qu’aucun moyen ne sera à la hauteur du défi si l’on n’attaque pas le mal à la racine, à savoir la pollution qui provoque la prolifération des algues, aidée en cela par le réchauffement climatique, mais cela dépasse les compétences locales et pour le moment l’urgence est à la préservation de notre environnement dont dépend directement notre économie.

Un autre facteur est également à prendre en compte, et non des moindres, le nettoyage du rivage à l’aide d’engins de travaux publics comme c’est le cas sur la Baie Orientale endommage fortement les lieux de ponte des tortues marines, même si les responsables des établissements tentent de prouver le contraire : “Nous n’utilisons pas d’engins lourds pour ne pas détruire la plage.” Une simple visite de quelques minutes sur la plage n’a pas suffit à nous convaincre… (voir photos).

LE MALHEUR DES UNS…

Les côtes exposées à l’est étant envahies par les sargasses, tout le monde se reporte de l’autre côté où les plages sont encore vierges de toute pollution végétale. Ainsi, Grand-Case ou Anse Marcel entre autres, voient affluer un nombre de visiteurs plutôt inhabituel en basse saison. Les exploitants des établissements y font preuve eux aussi de fatalisme, mais teinté d’un soupçon quelque peu revanchard : “Chacun son tour”, semblent-ils vouloir dire.

Au delà de la colère et/ou du découragement, c’est un sentiment de lassitude générale qui se dégage face à cette véritable catastrophe écologique et économique. Il serait pourtant nécessaire de réagir rapidement, il en va de notre avenir…

JMC

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