Le constat est simple, dramatique : la ville de Marigot se meurt, les commerces ferment au fur et à mesure, et d’autres fermeront encore, des rues entières présentent des rideaux fermés, la ville est sale, les façades sont décrépies, les trottoirs fissurés ou absents, les enseignes attractives s’effacent. Qui se souvient des boutiques de marque, de luxe dans les années 1995 ?

Le désert avance…

Certes, la désertification des centres ville s’impose comme une donnée urbaine nouvelle, souvent résultat d’une politique de gribouille verte, qui vise à éliminer la voiture de la ville au profit des centres commerciaux périphériques offrant de multiples services.

Marigot ne connaît pas cette concurrence, sauf quelques déplacements partiels vers Hope Estate dont le développement s’effectue sans plan directeur et sans cohérence.

Les causes sont connues

Les causes de cette régression économique et commerciale sont multiples : une chute et une requalification de la fréquentation touristique, une absence de politique de maintenance et d’aménagement, une insécurité croissante, l’arrivée de nouveaux squatteurs et SDF, une animation commerciale peu active et une organisation des commerçants peu offensive car épuisée et manquant de moyens. S’ajoutent à ces éléments la parité euro/dollar, le coût du travail en partie française et les efforts d’aménagement et de restauration effectués par la partie hollandaise, notamment le front de mer de Philipsburg.

Dès lors, le déclin de Marigot s’est installé et se poursuit.

Une fréquentation touristique faible, des croisiéristes au compte gouttes, une population locale qui effectue ses courses en partie hollandaise…, sans compter le matraquage fiscal en partie française qui a sensiblement érodé le pouvoir d’achat des familles.

Autant de projets que de tiroirs

Les propositions de revitalisation ou projets sont restés lettre morte, il y a certes eu une étude SEMSAMAR / COM sur la redynamisation de la ville qui reste confidentielle, et qui surtout n’appréhende pas ou peu la dimension touristique de Marigot en dehors des enjeux réels d’un tel projet.

La revitalisation de la ville de Marigot doit s’inscrire dans une vision et une stratégie du développement touristique de Saint-Martin. Si la nouvelle gouvernance entend modifier ou enrayer la course du déclin, elle devra mettre en oeuvre une stratégie de reconquête urbaine, intégrant les commerçants, les propriétaires des locaux, les exploitants des marinas Fort Louis et Port la Royale, avec un objectif à court terme portant sur la préparation de la saison touristique prochaine. Il s’agira dans un deuxième temps de définir et de mettre en oeuvre un projet d’aménagement de la ville, plus ambitieux, intégrant le Front de Mer.

L’évidence du plan d’urgence

Les mesures d’urgence qui s’imposent sont multiples et ces propositions ne sont pas exhaustives mais intègrent une relance d’une véritable gestion urbaine, à savoir :

  • maintenance urbaine par un travail d’entretien de la voirie, des trottoirs, de l’éclairage public, des poubelles, de nettoyage, de maîtrise de l’affichage, de normalisation des enseignes
  • mise en oeuvre d’une campagne de colorimétrie, tout d’abord des bâtiments publics et ensuite par négociation avec les propriétaires privés, par la reprise des façades avec comme priorité la rue de la République qui présente des bâtiments anciens d’architecture coloniale remarquables
  • réorganiser la Marina Port la Royale ainsi que l’Auberge des Mers dont le taux de vacance commerciale est devenu mortifère pour ceux qui survivent
  • éliminer les squats du centre ville et assurer une présence policière permanente
  • programmer avec l’association des commerçants et les différents partenaires des évènements commerciaux, quinzaines commerciales, jeux concours pour les touristes effectuant à Marigot un certain montant d’achat
  • animer le Front de Mer en réhabilitant les équipements existants (kiosque, placettes, etc…)
  • créer des commerces et locaux d’artisans d’art relais en liaison avec les plateformes de financement, les aides aux entreprises ne sont pas simplement réservées aux nouvelles technologies !

Des mesures à plus long terme

Les autres actions s’inscrivent dans un schéma de développement et de stratégie plus large et au long terme avec des financements plus conséquents qui se définiront par de véritables options d’aménagement urbain : ouverture de Marigot vers la mer à partir de l’hôtel de ville, restauration des quartiers de Saint James et de la rue de Hollande et enfin aménagement de la baie de Marigot.

Je ne reviendrai pas sur les projets antérieurs qui ne reposaient sur aucune réalité économique mais suggère la réalisation d’un aménagement progressif porté par l’opérateur local avec d’autres partenaires, sur des bases économiques réelles : extension de la Marina Fort Louis, aménagement de quais, création d’une promenade du Front de Mer.

Des investisseurs absents !

Il est illusoire de croire ou de faire croire que les investisseurs vont se bousculer sur ce type de projet. La COM et l’opérateur devront établir une programmation réaliste, technique qui puisse s’inscrire dans des moyens budgétaires disponibles et se réaliser en concertation avec les commerçants en place en prenant en compte l’équilibre social de la ville.

S’appuyer sur l’existant, éviter la concurrence

Les contraintes physiques et techniques de la Baie de Marigot ne permettent pas un accueil de croisiéristes à l’instar de la partie hollandaise, mais Marigot doit s’imposer et s’orienter vers la plaisance de luxe avec une création d’infrastructures d’appel. La construction en l’an 2000 de la Marina Fort Louis avait fait polémique, elle est considérée aujourd’hui comme un élément structurant. Il convient donc de programmer à partir de cet équipement différentes extensions afin d’augmenter la capacité d’accueil et d’améliorer la qualité de cet accueil. Cela suppose une ville animée, active, ouverte, des commerces attractifs, une restauration de qualité.

Missionner un élu…

La revitalisation de Marigot, la reconquête urbaine nécessitent au niveau de la Collectivité la désignation d’un élu en charge du dossier qui puisse agir de manière transversale avec l’ensemble des services, des propriétaires et acteurs concernés, sur une échéance courte à savoir la préparation de la saison prochaine.

Sans une politique active, un engagement volontariste de la nouvelle gouvernance, Marigot deviendra une nouvelle ville fantôme comme Humberstone, avec comme avantage à terme d’être classée par l’UNESCO au patrimoine de l’humanité.

JPF

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