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Jean-Paul Fischer, vous avez été parmi les rares à vous opposer à cette évolution dès 2003, quelle est votre position actuelle, à la lumière des 10 années écoulées, vis-à-vis du statut institutionnel de Saint-Martin ainsi que votre mise en perspective de celui-ci ?

Dix années de statut ou dix années de tristes illusions…

Oui, j’ai été un ferme opposant à l’évolution statutaire, non par principe, mais par connaissance de la situation réelle de l’administration et du monde politique local.

Le thème de l’évolution statutaire était une vieille rengaine qui servait surtout à masquer ou à aberrer les insuffisances économiques, sociales ou politiques du territoire. “Changeons de statut et tout ira mieux”, c’était comme si en changeant les règles du jeu, votre équipe allait subitement réaliser de meilleurs résultats…

Préparation nulle

L’évolution statutaire n’a fait l’objet d’aucune préparation sérieuse ou d’études préalables sérieuses. Les seuls études et travaux disponibles ont été effectués par une association corse et un professeur d’université spécialisé en défiscalisation alors que l’île de Saint Barth avait fait appel à de nombreux experts dont un ex sous préfet de Saint Martin et Saint Barthélemy.

Débat nul

Les documents que nous avions alors produits sous l’égide de Saint-Martin Avenir et Développement et qui constituaient la chronique d’un naufrage annoncé ont été rejetés voire ignorés alors qu’ils sont d’une actualité pressante dix années après.

En réalité, l’évolution statutaire répondait à différentes ambitions. Pour certains, c’était “demain, pas d’impôts, plus de charges sociales, plus de contraintes réglementaires.” D’autres pensaient à leur avenir politique : ministre ou sous ministre local. Enfin, il y avait ceux pour lesquels l’article 74 était une étape vers l’autonomie ou l’indépendance.

Une évolution progressive était une évidence

Nous n’étions qu’une poignée à dire Oui à une évolution statutaire maîtrisée, organisée, préparée dans le cadre d’un transfert progressif des compétences et surtout avec une adaptation et un transfert des recettes : Oui à une collectivité nouvelle, mais non à l’aventure !

Une consultation peu crédible

Le suffrage universel a certes tranché, avec 30% de votants :
une abstention massive. L’exercice de l’opposition était difficile : pas de temps d’antenne, menaces physiques, célébration de la mort de la commune au profit des partisans du statut, etc.

Lors du référendum du 7 décembre 2003, avec un taux de participation de 44,1 %, plus des 3/4 des suffrages exprimés (76,17 %) se sont prononcés en faveur de l’évolution statutaire de la commune en collectivité d’outre-mer (COM)

La désillusion est là

Est arrivé ensuite le temps de la désillusion. Un sondage réalisé en 2012 montrait que 72% de la population, si elle était à nouveau appelée à se prononcer sur une évolution statutaire, voterait contre et souhaitait le retour à la commune.

L’économie n’est plus là…

10 ans plus tard, Saint-Martin continue à se paupériser : économie en déclin, explosion du chômage, envolée des charges sociales (le RSA est passé de 4 à 17 M€), triplement du prélèvement fiscal de 39 à 107 M€,… C’est une liste à la Prévert. Mais lorsque je lis les déclarations de certaines personnalités politiques, tout cela relève de la faute de l’Etat ou d’autres…

Ont-ils compris ce qu’est la réalité sociale et économique de Saint-Martin ? Pourraient-ils être lucides le temps d’un instant et comprendre que la gravité de la situation actuelle n’est que la conséquence de leurs errements ?

Faites naître les politiques et la société de demain

Alors, je vais vous surprendre et dire OUI au statut car nous n’avons pas le choix, le retour en arrière n’est plus envisageable. Mais avec une technostructure compétente, un renouveau des forces politiques, en construisant un projet de société, en réformant la fiscalité, en créant un autre modèle social.

Oui au statut mais dans une démocratie renouvelée, en étant innovants, courageux et responsables !

JPF

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