Jean-François Raboteur fait partie de ces citoyens qui ont décidé d’utiliser la presse locale pour alimenter le débat sociétal… Dans cet écrit long et nourri, il invite le lecteur à ne pas laisser certains sujets s’imposer au point de devenir des évidences qui masqueraient en fait le fond des problèmes à traiter…


L’évolution statutaire sans changement des us

Puisque le St Martin’s Week ouvre ses colonnes à ceux qui souhaitent témoigner de l’évolution statutaire et des 10 ans de la COM, je saisis l’opportunité pour évoquer  bilinguisme et bien entendu autonomie. Ces deux sujets qui s’introduisent dans tous les foyers, s’imposent dans toutes les discussions et s’affichent constamment dans les journaux sont connus de tout le monde. Cependant personne n’arrive véritablement à les expliquer. Ils sont la solution à tous les maux mais leur seule grande prouesse est de paraître, de nos jours, aux yeux de tous comme entités existantes alors qu’ils ne le sont pas. Pourtant, à une certaine époque et dans une autre dimension pas si lointaines (période nostalgique) ces deux sujets existaient bien sans qu’ils n’eurent jamais à ressentir la nécessité absolue de paraître. En ce cas précis, ce n’est point seulement le fameux paradoxe de l’évolution statutaire, c’est surtout la grande désillusion.

L’improbable naïveté des pro74

L’improbable naïveté des “pro74” durant la campagne référendaire de 2003 était symbolisée par la conviction quasi religieuse que l’autonomie pouvait s’acquérir seulement par la loi. L’assurant entre-soi des “pro 74” leur épargnait la réalité sociale et économique de Saint-Martin ; ils n’avaient pas vu dès 2001 l’accélération du déclin économique. Les “pro74” étaient et le sont toujours soit dans la préservation d’intérêts propres soit dans l’obsession idéologique anticoloniale. Ces deux catégories qui ne semblent former qu’un ensemble dans leur opposition à l’autorité de l’Etat diffèrent socialement bien que sur des cas particuliers il peut y avoir des ponts et des passerelles.

Les temps historiques, pourtant propices à la lutte, battaient la mesure en 2003. L’homme politique s’était effacé puisqu’il avait préféré les communiqués et les discours. Ensuite, les temps historiques du discours enfin venus, l’homme politique s’effaçait encore une fois, préférant offrir le spectacle inopportun et inefficient de la lutte sans actions. Le destin ou tout simplement le cours historique de ce qui détermine réellement échappe aux saint-martinois (en tant que citoyens et en tant que politiques) à qui on a voulu laisser que deux pouvoirs effectifs : celui de mettre et de démettre, donc le réel pouvoir d’opposition par le vote, et le pouvoir administratif c’est-à-dire celui d’enregistrer. Ces deux pouvoirs ne sont pas autonomes. Le politique et l’économique étant les seuls véritables pouvoirs sont les deux facteurs exogènes de la structure identitaire saint-martinoise.

Donc en toute logique, plus un peuple a une identité forte et structurée plus il est à même de s’accaparer le pouvoir politique et économique. L’autonomie intimement liée à l’identité est bien là l’apothéose de la démonstration.

Saint-Martin, St Barth, Un OUI qui n’a rien de commun

Le succès de Saint-Barthélemy, qui est indéfiniment et unanimement applaudi et qui est reconnu de tous, est expliqué de diverses manières qui se valent toutes les unes les autres. Ces manières qui se confondent en théories manquent à chaque étape, dans tout le mouvement dialectique, la marche identitaire et ce par pur sentiment de culpabilité. En vérité, Saint- Barthelemy a d’abord fait le choix d’une société unifiée blanche européenne (intérêt général au-dessus de tout) alors que Saint-Martin, dans les années 80, a pris le virage de la société multiethnique dans la séparation (intérêt personnel au-dessus de tout). Ce choix saint-martinois de la dilution identitaire empêche toute réflexion propre et noie à la source tout dessein d’autonomie. Si Saint-Martin est si divisée alors qu’elle est applaudie tout autant pour son multiculturalisme c’est parce qu’elle porte en elle le crime sociale de l’idéologie politique qui place la division comme but ultime de la domination. Ceux qui pensent, revendiquent la double culpabilité d’avoir tout préparé et applaudi et sont par là les mêmes qui, applaudissant Saint- Barthelemy, déclarent que l’union des peuples sur une même terre et que l’amour de cette terre sous un même drapeau sont des expériences fascistes. Saint-Martin bien qu’elle soit multiethnique devrait s’unifier or les politiques par leur attitude, même en campagne électorale, valide le concept de crime social. Les évènements futurs parleront d’eux-mêmes car dès que Saint-Martin aura fait le choix de prendre des décisions non électoralistes, tels des deus ex machina, les épouvantails du racisme s’agiteront, les tensions communautaires prendront le dessus et même les affaires entre saint-martinois se règleront dans la rue… je pourrais continuer à développer sur cet aspect mais je ne le ferai pas.

Je m’oppose ! Et à moi-même s’il le faut

L’opposition actuelle qui menace de ne rien faire tant elle est frappée à son tour de division regroupe en son sein les ténors de l’évolution statutaire. L’opposition, recroquevillée, tétanisée, se ronge les membres jusqu’à l’os. Cet appétit cannibale ne relève que du symptôme. L’opposition est affectée par un mal plus profond ; la contradiction qui fait tourner en rond et qui pousse l’opposition à s’opposer à elle-même. Lorsque le Président de la Collectivité propose la création d’un vice-rectorat rattaché à la France métropolitaine à cause d’un problème évident de double insularité, le conseiller territorial d’opposition ne peut lutter contre l’envie irrépressible de contradiction qui le pousse à rétorquer que c’est la Guadeloupe qui est plus à même de comprendre les spécificités de Saint-Martin. Pourtant en 2003 il fallait sortir du giron de la Guadeloupe. Il fallait aussi sortir du protectorat de la Métropole mais il ne fallait pas confondre indépendance et autonomie. Au final, les anti-France qui se retrouvent chez les “pro74” ne voient pas d’avenir en dehors de l’Europe! la boucle est bouclée. Si l’irréalisme semble toucher tout le monde politique saint-martinois c’est parce qu’au départ la question référendaire sur l’évolution statutaire était suffisamment irréelle pour ne pas être posée. L’autonomie c’est l’identité et la force économique durables. L’ouvrier qui dépend de ses patrons n’est pas autonome puisque les unités de production, les outils et les décisions appartiennent aux patrons. Pour que ces patrons-là deviennent partenaires de l’ouvrier, ce dernier doit casser le contrat de travail à l’amiable et se soustraire du Code du travail. Ainsi, tout en dépendant en partie de ses ex patrons, l’ouvrier devient autonome puisqu’il peut obtenir crédit directement de sa propre banque ou s’autofinancer pour les besoins de ses activités professionnelles.

Le bilinguisme est surtout une affaire de classe sociale

Le “Sand box tree” , durant la campagne des élections territoriales, m’a accusé du fait que j’avais déclaré, lors d’une émission radiophonique, que la langue anglaise n’était pas importante pour Saint-Martin. Or, un tel propos de ma part aurait constitué une faute gravissime. Si le bilinguisme semble être un sujet banal, il n’en demeure pas moins complexe. Je peux donc admettre qu’une pensée exprimée oralement et en français sur le bilinguisme puisse être mal interprétée. Je vais donc coucher par écrit une réflexion crypto-sensible. Nous allons entrer dans une zone de fortes turbulences ; je demande donc aux protagonistes du Sand Box Tree de bien s’accrocher.

Le bilinguisme, paravent politique

Saint-Martin est une terre culturellement anglophone. Si le bilinguisme, (français, anglais) qui est une revendication légitime majoritairement saint-martinoise, reste dans le strict cadre culturel d’union des langues pour la préservation de l’identité saint-martinoise et la protection de la langue anglaise locale alors il intégrera en son sein toutes les différences dans un seul projet d’union des peuples. Ce que je dénonce donc entres autres choses, c’est le caractère militant de certains partisans actifs qui en revêtant l’habit culturel, nient les différences et tendent à faire du bilinguisme une arme politique anticoloniale à l’école. Ce bilinguisme-là est le loup dans la bergerie saint-martinoise ; il s’accapare tous les débats et assassine intellectuellement, de façon méthodique et silencieuse, la jeunesse. La langue française serait inadaptée à Saint-Martin. Elle serait la cause de l’échec scolaire de masse et donc selon un membre de l’opposition actuelle responsable du chômage et de la délinquance.

Les partisans les plus actifs du bilinguisme à l’école, diplômés et surdiplômés, majoritairement fonctionnaires et universitaires font deux erreurs fondamentales. La première erreur est d’ordre historique ; elle consiste à révéler, dans une pauvreté de la critique, que la langue française est la langue du colon, du dominant donc qu’après un long processus, elle ne peut que représenter de nos jours la langue de la dépossession. La seconde erreur est d’ordre social et dévoile la misère idéologique de tous ses militants ; elle incite la jeunesse saint-martinoise (anglophone) à rejeter la langue française car cette dernière serait inadaptée aux contextes social et culturel saint-martinois.

Errare humanum est, sed perseverare dibolicum est

Je répondrai à la première erreur ainsi. La langue anglaise est aussi la langue du colon et du dominant. Le colon Anglais, dans sa foi protestante, considérait que la traite et l’esclavage étaient permis par Dieu donc, son rapport au nègre, purement racialiste était légitime et par conséquent bien plus brutal. Le colon Français quant à lui devait concilier intérêts économiques et pouvoir hiérarchique royal pour qui la traite et l’esclavage étaient incompatibles aux valeurs chrétiennes catholiques. Par le baptême catholique, le nègre, recevait la qualité d’être humain avec des droits alors que sur terres américaines cette qualité fut contestée jusqu’au vingtième siècle. Par quel raisonnement peut-on arriver au point d’affirmer que la langue française est plus une langue de la dépossession que ne l’est la langue anglaise? Sauf à faire glisser la jeunesse sur le terrain idéologique.

Sur la seconde erreur, sociale cette fois, c’est le système éducatif (manière détournée d’accuser la langue française) qui serait inadapté à la jeunesse saint-martinoise car ce système nie l’existence de la langue maternelle anglaise que Mr Robert Romney nomme langue vernaculaire. Mr Romney nous explique, dans une lettre ouverte adressée aux candidats aux élections territoriales, que l’apprentissage de la langue vernaculaire à l’école à côté du français permettrait à l’enfant saint-martinois anglophone “d’appréhender la langue française autrement, Il manipulera les deux langues de façon à pouvoir en bénéficier sur le plan cognitif.” Si Mr Romney ne peut prouver l’efficacité pratique à Saint- Martin d’une telle affirmation car il n’a entre ses mains aucun bilan, en revanche, je peux faire remarquer qu’il est la preuve parfaite qu’il n’avait pas besoin de la langue vernaculaire à l’école pour arriver jusqu’à l’agrégation. Sa lettre, qui caresse l’égo saint-martinois dans le sens du poil, dissimule toute la perfidie du mépris de classe. Mr Romney, tout comme certains partisans du bilinguisme à l’école, dans tout le dénuement matériel de sa jeunesse a reçu la chose la plus précieuse ; la culture bourgeoise de la réussite (ne compter que sur soi, le travail intensif, le respect et tous les codes de bonne conduite). Or, cette génération dont fait partie Mr Romney ainsi que les générations qui ont suivi jusqu’à une certaine époque gardent jalousement toutes les techniques bourgeoises de l’éducation pour en faire un monopole absolu. Ce monopole est réservé à leurs enfants et par conséquent est refusé aux enfants de la classe populaire. Il convient de dire à la jeunesse saint-martinoise que c’est à elle de s’adapter à toutes situations et qu’elle n’a pas pour vocation d’occuper les bas emplois de service dans sa propre île mais d’être capable d’enseigner le français à Moscou ou l’anglais à Shangai. Pour cela, il faut maîtriser la langue française sans l’aide de l’anglais. L’enfant bourgeois est parfaitement bilingue ou trilingue dès la maternelle car il a déjà intégré la capacité de travail que lui confère son milieu social. Les classes bilingues ou trilingues ne sont qu’un aspect de l’enseignement d’élite réservé aux meilleurs éléments.

Le sujet bilinguisme masque des réalités bien plus gravissimes

Le bilinguisme, comme pierre angulaire de la réussite scolaire, prétend que la jeunesse saint-martinoise a besoin de lui pour comprendre son environnement alors que ce qui a été retiré à la jeunesse de manière autoritaire et aristocratique c’est sa capacité de compréhension et du sens critique. Il mélange les langues à défaut d’en maîtriser une parfaitement. En 2003, on dit au jeune qui est en cours préparatoire : “ne t’en fais pas, nous avons la solution c’est le bilinguisme. Ton problème c’est le français!” En 2017, ce même enfant est analphabète en terminale ou dans la vie active mais pour d’autres raisons. Si une certaine bourgeoisie saint-martinoise place ses enfants dans des écoles privées à $1200 par mois en partie hollandaise ce n’est bien évidemment pas à cause de la non-application du système bilingue dans l’école publique française mais à cause de l’effondrement total de l’Education Nationale. Comment Saint-Martin, qui est pourtant petite et à échelle humaine, et dont les politiciens ne cessent de vanter les spécificités, a-t-elle pu laisser son école sombrer dans la disgrâce? Viols en réunion, pornographie infantile, trafic de drogues, violence, agressions, dépression chez les profs, analphabétisme, surpopulation dans les établissements, grossesses précoces… il y a certes le silence des syndicats donc finalement le bilinguisme arrange bien tout le monde.

Jean-François RABOTEUR

Commenter avec Facebook
- Publicité -

2 commentaires

  1. Votre article est méprisant, rempli d’inexactitudes et de raccourcis inintelligents, vous croyez savoir beaucoup alors que vous ne faites que vous rengorger du peu que vous avez mal appris. Ne dit-on pas que la culture moins on en a, plus on l’étale ? Vous êtes irrespectueux de cette île et de son peuple si attachant et accueillant. Vous êtes manifestement issu d’un microcosme et regardez avec vos œillères et depuis votre petit horizon ceux qui sont différents de vous avec mépris sans même chercher à les connaître . Vous êtes manifestement complexé, pédant et prétentieux,

  2. Marie-Laurence.
    Merci pour votre commentaire. Je respecte les commentaires non elogieux.
    Toujours ouvert aux debats, donc merci de preciser les inexactitudes et les raccourcis. Raccourcis oui en effet car si je devais etaler ma culture , j aurais ecrit 40 pages. Pedant, non. pretentieux? non. J ai meme ete benevole dans une association. Meprisant? jamais. ou alors vous m avez mal lu. Et puis JEAN FRANCOIS RABOTEUR c est mon vrai nom.

Réagir à l'article

Please enter your comment!
Please enter your name here