Ce thème ne figure que très rarement dans les programmes ou discours politiques alors qu’il s’agit d’un élément fondamental de l’évolution de notre territoire ou de notre communauté, si le terme de communauté peut encore s’appliquer à Saint-Martin.

Tous “représentés” pour des besoins électoraux…

Certes, au moment des élections, sur les différentes listes, nous voyons apparaître des représentants des différentes communautés : Haïtiens, Santo Domingos, Métropolitains, Guadeloupéens, etc. S’agit il d’une simple figuration ou pourront-ils imposer à terme une vision multiculturelle de notre territoire et l’apparition d’une identité saint-martinoise qui ne s’opère pas seulement par le droit du sang ?

Par rapport aux autres régions ou territoires de la République, cette spécificité constitue certes une richesse potentielle à terme mais dans la cohésion sociale et économique, elle peut se révéler être un handicap et devrait en ce sens être prise en compte dans la définition des projets et programmes, notamment par l’Etat.

Des chiffres sans appel, qui ne se retrouvent pas dans nos instances

Pour comprendre les termes de cet enjeu, il me paraît nécessaire de rappeler un certain nombre de chiffres, issus du rapport INSEE sur Saint-Martin, qui illustrent la diversité voire la complexité de notre île et son évolution. Ces éléments marquent aussi fortement notre différence.

Il est évidemment plus facile de prouver sa volonté politique à travers des projets d’infrastructures que de poser avec force les fondements d’une société multiculturelle.

Les éléments du puzzle saint-martinois sont les suivants :

  • la population native ne représente que 31% de la population totale, le flux migratoire a complètement révisé les données démographiques et a déstructuré la composition sociale,
  • 32% de la population est d’origine immigrée et étrangère
  • 16% de la population est métropolitaine et 18% est originaire d’une autre territoire français
  • la population immigrée est originaire à 38% d’Haïti, à 14% de la République dominicaine et à 14% de la Dominique.

Des cartels qui cohabitent mal et ne partagent que trop peu

(…) Saint Martin est composée de cartels ethniques, les communautés ne dialoguent pas, au mieux, elles cohabitent (…)Jean-Paul Fischer, Directeur de Publication
Les conséquences de cette immigration massive se traduisent par une destruction des liens sociaux, un faible niveau de formation, une explosion du nombre de familles monoparentales et une progression du recours aux prestations sociales. Ceci crée une situation sociale explosive et une radicalisation des discours et des comportements. Une vision lucide et pragmatique de notre environnement doit nous amener à considérer la réalité : Saint Martin est composée de cartels ethniques, les communautés ne dialoguent pas, au mieux, elles cohabitent, sans se connaître, sans se reconnaître, sans valorisation de leurs cultures ou de leurs richesses. Les ponts entre ces cartels ne sont que trop peu nombreux, trop peu nourris et valorisés.

Une succession de murs entre nous

Dès lors, ce mur, cette ligne de démarcation creuse une fracture sociale qui se traduit par plus d’insécurité, la création de bandes organisées, une affirmation identitaire parfois exacerbée, cachant un mal être social profond qui est responsable de leur existence même…

L’appareil éducatif, le système scolaire ne contribuent que faiblement à la réduction de cette différenciation. Or, l’éducation devrait être le premier vecteur de la réconciliation sociale, dans la constitution d’une société multi-culturelle. Cela suppose une profonde réforme du système scolaire et éducatif.

Un sujet presque tabou et dans tous les cas loin de ceux abordés par notre classe politique

Ce débat, ce constat n’est pas nouveau et certains acteurs de notre société ont tenté à travers le tissu associatif de l’assumer et de rapprocher les communautés, d’intégrer les différentes strates, pour faire écho aux discours d’exclusion et de radicalisation.

L’élaboration d’une Charte des communautés par Saint Martin Avenir et Développement constitue une référence en la matière. Quel parti ou personnalité politique a intégré ce texte ou cette volonté dans son programme ? Aucun ! Le sujet est parfois politiquement incorrect ou si peu électoraliste qu’il est plus aisé de l’occulter…

Il est parfois plus porteur électoralement de prôner le retour vers le passé, l’affirmation d’un discours identitaire plutôt que de s’ouvrir au multiculturalisme et au dialogue intercommunautaire. Or, toute réflexion, tout projet économique, social, culturel ne peut éluder cette dimension.

L’absence de réflexion, d’action collective organisée sur la trame sociale, sur l’évolution communautaire et le risque communautariste ont produit une situation de rupture ou une fracture intercommunautaire.

Créer les outils adaptés et dédiés à la problématique

Dans ce contexte, comment réagir ?

Comment rassembler l’ensemble des pièces du puzzle ?

(…) Il est possible d’être Français en conservant son identité culturelle qu’on soit alsacien, basque, breton, saint-martinois ou haïtien. (…)Jean-Paul Fischer, Directeur de Publication
En premier lieu, par le dialogue institutionnel au travers de la création d’un “Conseil des communautés”, regroupant l’ensemble des cartels qui, de manière effective et opérationnelle, sont consultés, associés à l’élaboration des projets éducatifs, sociaux, culturels, économiques, etc.avec une reconnaissance réelle du fait culturel. En second lieu, par l’adaptation du système éducatif ; la langue française à Saint Martin étant une langue étrangère pour les ¾ de la population, son apprentissage ne doit pas s’effectuer au détriment de la langue maternelle et, dans l’environnement culturel familial, elle doit être vecteur d’intégration et d’expression tout en permettant de conforter la langue maternelle que ce soit l’anglais, l’espagnol ou le créole. Il est possible d’être Français en conservant son identité culturelle qu’on soit alsacien, basque, breton, saint-martinois ou haïtien.

Reconnaître et accepter le fait communautaire

La transversalité repose sur la valorisation du travail associatif, les associations oeuvrant dans le domaine culturel, social dans chaque communauté sont à soutenir, encadrer et à encourager pour valoriser la richesse du fait communautaire.

Il est important que l’art, la musique, la littérature, la cuisine de chacun puissent être connus, fassent l’objet de manifestations, d’une valorisation et par là d’une préservation.

Pourrait-on envisager la fête des communautés, où chacune présenterait sa culture et les caractéristique pivot de son existence ? Cela ne serait pas faire injure à la République ni à Saint-Martin ! Mais cela constituerait la reconnaissance à un ensemble multiculturel et solidaire.

Le métissage : une règle et une généralité en devenir

Saint-Martin représente un prisme, un laboratoire où le métissage deviendra la règle et la généralité, qu’on le veuille ou non, avec une cohésion sociale à construire.

Cette dimension s’inscrira de fait et définitivement dans le paysage ou la programmation électorale. La tentation du repli identitaire est souvent considérée comme un argument électoral ou un moyen de propagande. Or, les nations qui progressent et se développent sont celles qui ont réussi à fusionner et à assimiler les autres cultures. Les nations qui connaissent la croissance économique sont celles qui intègrent l’immigration et la gèrent.

Il est facile de refuser le travail parce qu’il est difficile…

Le travail de construction de la cohésion sociale se révèle être difficile, compliqué et suppose une vision non territoriale de la vie collective. Sans ce combat quotidien, cette lutte permanente pour le dialogue intercommunautaire, nous conforterons les extrêmes, la radicalisation des cartels et à terme, l’affrontement.

Je souhaite que ces lignes fassent débat, créent une approche, non un rejet.

Elles n’ont qu’un objectif : l’animation de la vie intercommunautaire, le rassemblement et l’affirmation de l’unité dans la diversité et face à l’adversité.

JPF

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