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Ce bélier né avant la dernière guerre mondiale à Villeneuve-Loubet est venu au monde avec une jaunisse. “Tout ridé comme un vieux pou, j’étais la honte de ma pauvre mère” avoue-t-il d’entrée de jeu et ce n’était que le début de ses mésaventures rocambolesques. 

La famille vivait à la campagne et à l’âge de 3 ans, le petit Marcel déjà attiré par l’inconnu, s’échappe de la maison et tombe dans un étang tout proche, il ne vivra que grâce à l’intervention des voisins qui le sauvent de la noyade et lui rendent son souffle à l’aide d’un manche de cuillère et d’un peu d’huile d’olive. Alors qu’il est adolescent, croyant boire un verre d’eau, il ingurgite cul-sec un verre d’acide dont sa maman se servait pour fabriquer du savon, résultat : l’œsophage brûlé lui fera subir des souffrances encore présentes aujourd’hui. C’est sans doute la raison pour laquelle il est capable d’avaler encore maintenant n’importe quel liquide en grande quantité sans broncher.

BORN TO BE ALIVE

La camarde continue de le poursuivre d’un zèle imbécile alors qu’il se promène avec son frère et des copains sur une plage jadis minée par l’armée allemande pour empêcher tout débarquement des alliés mais sécurisée depuis bien des années, sauf qu’évidemment il restait une mine antipersonnel enfouie dans le sable qui explose à leur passage. Marcel s’en tire bien mais son ami Robert est resté aveugle et son frère a eu une jambe brisée.

“Décidément il va falloir apprendre à marcher sur des œufs si je veux vivre un peu” se dit-il, mais ce n’est pas dans le tempérament du garçon de se laisser impressionner. Bien au contraire, la suite nous prouvera qu’il sera toujours “boderline”, côtoyant la grande faucheuse jusqu’à devenir un de ses intimes qui lui mettent la main aux fesses sans qu’elle ne se rebelle.

ARMES, CYCLES ET VÉLOSOLEX

Après avoir brillamment raté son Certificat d’Études, il trouve une place d’apprenti dans un magasin de cycles et d’armes avant d’être appelé sous les drapeaux en plein conflit franco-algérien. Il ne restera pas longtemps dans la chaleur de l’oued nord-africain car son œsophage capricieux lui permettra d’obtenir une réforme qui le ramènera chez lui quelques mois plus tard. Il reprend alors son petit boulot de mécanicien à Antibes où après quelques années, il achète sa première affaire et devient le principal revendeur officiel de Solex du sud de la France. Nous sommes au beau milieu des années 60 et la drôle de bicyclette motorisée à la côte ; Marcel en vendra jusqu’à 300 par an, tout en fabriquant des vélos sur mesure dans l’arrière boutique qui s’écoulaient comme des petits pains, jusqu’à 200 unités par semaine en période de fête… Bref, le vélo c’était son rayon ! On murmure d’ailleurs que quelque part entre Antibes et Juan-les-Pins, il existe encore une enseigne défraîchie “Cycles Marcel” sur un pan de mur que vous découvrirez peut-être un jour en passant par là.

SUPER GRIMPEUR

De la fabrique à la pratique, Marcel gagnera quelques courses au guidon d’une de ses créations mais après l’ascension, il arrive parfois que la descente se révèle un peu casse-gueule surtout quand les juges de touche endossent le costume d’inspecteur des impôts. On ne peut pas être au four et au moulin, l’as du 2-roues montre une certaine incompatibilité avec la comptabilité et se retrouve une main devant, une main derrière sans jamais avoir vraiment endossé le maillot jaune de la fortune, tout juste le maillot à poisse qui lui colle à la peau.

Il a alors 38 ans et se marie avec Murielle, “une jolie petite nana” de 19 ans sa cadette avec qui il aura une fille unique, Kristel. Mais bien peu de gens savent qu’il avait été marié une première fois du temps glorieux où les vélosolex faisait sa fortune, où toutes les filles lui couraient après, où il lui suffisait de claquer des doigts pour se retrouver en charmante(s) compagnie(s) lors de folles nuits dont il serait indécent de révéler les détails ici. La belle Roseline deviendra sa princesse dans un premier temps puis perdra la raison à la suite d’événements dramatiques sur lesquels Marcel préfère ne pas s’étendre et qu’il finira par mettre de côté à la suite d’un divorce douloureux mais nécessaire car la vie l’attend, toujours plus loin, toujours plus fort, avec son lot de surprises qui n’ont pas fini de tanner le cuir qui sert de peau à Marcel, car il en faut du courage pour endurer tout cela.

SANS FEMME ET SANS CHIEN, VIVE LA LIBERTÉ !

Alors qu’il vit toujours dans le sud de la France, son frère meurt brusquement puis sa mère disparaît quelques mois plus tard et pour couronner le tout, il apprend que sa femme le trompe avec son meilleur copain (Daniel pour ne pas le nommer), un grand classique mais ça fait  beaucoup pour un seul homme, non ? Nouvelle séparation, nouveau divorce et nouveau départ puisque même son chien, Playboy, n’a pas souhaité rester plus longtemps à ses côtés.

Malgré tous ses efforts pour rentrer dans le moule, Marcel réalise à l’aube de ses 40 ans qu’il n’est pas fait pour une vie bien rangée et décide de partir sans se retourner : “C’est facile de tout quitter quand on n’a plus rien”. Philosophe et pas rancunier, il repart à zéro sous d’autres latitudes, direction les Antilles avec pour tout bagage une expérience hors du commun.

Tel le père de Jack Sparrow qu’on croyait à jamais englouti par les flots, Marcel va renaître sur les cendres incandescentes de sa première vie pour en attaquer une deuxième que nous vous conterons dans une de nos prochaine éditions, non sans avoir médité sur la sentence que le vieux pirate nous lance du haut du mât d’artimon : “La vie est là, elle est forte, elle est belle, elle vous regarde et elle vous aime ! Mais elle est triste parfois car vous ne la voyez pas hélas, pourtant elle vous attend…”

A suivre…

JMC

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