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Le thème le plus galvaudé et le plus récurrent porte sur le développement économique, référence permanente des discours politiques comme une vieille incantation…

Certes, c’est l’arlésienne des documents programmatiques, contrats de plan, programmes opérationnels, l’ambition affichée et répétée des  chambres consulaires, associations etc.

La grande difficulté dans l’analyse de ce magma planificateur est de trouver une logique voire une stratégie et une vision au long cours. Dans la plupart des documents, le développement économique se traduit par un cumul de projets d’infrastructures ou de construction de chambres d’hôtels sans exploration de la dimension sociale, sans analyse transversale ou globale.

Un développement opportuniste

Le développement de Saint-Martin s’est effectué de manière cyclique de la canne à sucre à l’indigo, aux salines, sur des cycles très courts liés à l’exiguïté du territoire. La croissance touristique est liée au hasard d’une pompe amorcée par des investissements privés venus des US puis aux lois de défiscalisation sans aucune réflexion sociale, culturelle ou éducative préalable. Cette absence de conceptualisation du développement relève de notre responsabilité collective, d’un défaut d’expertise, d’un manque de volonté politique, ou simplement d’un mimétisme avec la partie hollandaise. Faut-il rappeler qu’il n’existe pas de développement économique durable sans cohésion sociale, sans système éducatif performant, sans apport culturel ?

Croire que nous pouvons assurer la croissance, le plein emploi, répondre aux enjeux de la jeunesse sans un projet de société constitue un leurre surtout lorsque l’on ne dépend plus que d’un pilier unique, le tourisme, appartenant au secteur tertiaire. L’injection de moyens ou de ressources sans qu’ils ne s’appuient ou s’articulent autour d’une stratégie transversale n’a qu’un effet à court terme et présente souvent un effet destructeur sur le tissu social.

A ce titre, le retard pris et que connaît la partie française dans différentes infrastructures (aménagement du littoral, du lagon, etc) peut constituer une force ou une particularité car, sur cette base, nous pouvons redéfinir ou définir un autre produit touristique.

Une économie sans cesse décroissante

Il existe certes un constat simple et préoccupant : notre économie est en crise durable avec une perte régulière de substance et cela depuis le cyclone Luis avec une accélération évidente depuis décembre 2007. La cause principale de cet effet de décroissance serait elle liée aux effets secondaires d’un cyclone ? En grande partie, car au lieu d’envisager la reconstruction de l’île en termes d’activité, l’Etat et les collectivités se sont employés à assurer le traitement social de la crise en multipliant les emplois aidés ou fonctionnarisés et autres formes d’assistance, sans programmer la reconstruction de l’appareil productif, ce qui s’est traduit par la fermeture de nombreux hôtels de qualité et une désaffection de la destination.

Il faut intégrer les projets de développement !

La deuxième erreur plus couramment partagée porte sur la définition du concept touristique souvent réduit à l’offre hôtelière en bord de plage. Illusion d’optique, ce type de produit existe dans de nombreuses destinations sur la planète, plus ou moins bien aménagées et souvent plus attrayantes que Saint-Martin.

Un produit touristique se définit comme un ensemble avec une dimension historique, culturelle, sociale en termes d’arguments et clairement en termes événementiel et commercial. Ce travail de définition reste à faire ou à refaire, à formaliser pour la partie française, à l’instar d’autres destinations, très peu sensibles aux évolutions des consommateurs ou de la géopolitique. Ce travail de conceptualisation constitue une priorité pour la mise en oeuvre d’un plan de développement et nécessite l’adhésion, certes des socio-professionnels et experts, mais surtout collective des citoyens et des commerçants.

La nouvelle gouvernance devra élaborer et travailler sur une stratégie propre à la partie française, plus large et plus transversale qu’un document électoral. Cette stratégie ne saurait être en outre une déclinaison de la politique touristique de la partie hollandaise.

Nous sommes sur le même territoire mais nous n’avons pas les mêmes atouts, ports, aéroports, régimes sociaux.

Coller au principe de réalité

Il convient d’élaborer une stratégie et un plan de développement qui prennent en compte notre réalité et s’inscrivent dans une vision qualitative du tourisme. Notre économie est en souffrance et s’imposent des mesures exceptionnelles, énergiques, opérationnelles sur des échéances maîtrisées et un volontarisme marqué. Si cette volonté existe, elle doit se traduire en séquences d’actions et en principes de gouvernance.

Premier constat et première action : rendre le statut attractif en modifiant profondément le régime fiscal, en inscrivant dans le marbre les garanties juridiques et fiscales que demande tout investisseur sérieux. L’accumulation de mesures et dispositifs fiscaux qui n’ont d’autre objectif que d’équilibrer les dépenses publiques est contre-productive en termes d’investissement et de développement face à de nouveaux territoires offrant dans la Caraïbe des règles sociales et fiscales plus avantageuses.

Le prisme trompeur de  l’emploi saint-martinois

L’analyse de l’évolution de l’emploi réalisée par l’INSEE met en exergue, de manière un peu caricaturale, la situation et la strate économique de la partie française : la croissance de l’emploi s’est opérée sur le seul secteur public, les emplois productifs ont régressé.

Saint-Martin est devenue une économie de transfert, le nombre d’emplois publics peut être estimé à 5 000 pour une population de 34 000 habitants. La croissance de l’emploi public se justifie quand il répond à des fonctions  collectives établies, ce qui n’est pas nécessairement le cas dans notre communauté qui souvent privilégie les charges de fauteuil au détriment de l’investissement productif.

La richesse, l’emploi durable se créent par l’entreprise. La nouvelle gouvernance devra marquer sa différence de conception du développement en replaçant l’entreprise et la production de richesse au coeur de sa stratégie et de la planification dans un contexte libéral en confortant le tissu économique existant.

La valse à trois temps

Planification TG2017 Dans son discours du 14 juillet, le Président Gibbs a rappelé quelques unes des priorités de sa majorité : • lancement d’un audit fiscal au mois d’octobre en vue d’une refonte totale, • élaboration d’une programmation pluriannuelle d’investissements en partenariat avec l’AFD, • présentation de la stratégie touristique 2017-2027 au Conseil territorial à la rentrée, • mise en conformité du POS préalable à l’élaboration d’un nouveau document réglementaire
Cette stratégie suppose une décomposition du temps d’action en trois temps : le plan d’urgence, la planification à moyen terme et le plan stratégique au long cours. Projet ambitieux ou vision spéculative ? Non, ces propositions se fondent sur des secteurs connus et expérimentés.

Première action ou priorité :  l’élaboration d’un plan d’urgence ou de relance qui passe par l’injection de liquidités à travers un programme de travaux. La mobilisation du BTP est un circuit économique court sur une île et se traduit par un impact immédiat sur l’emploi et la consommation. Cette priorité signifie l’accélération des projets publics, la mobilisation de tous les donneurs d’ordre et l’optimisation des ressources. Il existe de nombreuses opérations en souffrance administrative qui pourraient être engagées s’il existait une véritable volonté.

Deuxième action : la mobilisation des opérateurs et bailleurs sociaux qui, dans le contexte actuel de faibles taux d’intérêt, possèdent les marges nécessaires à la mise en oeuvre de programmes d’habitat et de rénovation des ensembles collectifs. Dans le même schéma, l’accélération de la délivrance des autorisations d’urbanisme serait de nature à mobiliser l’investissement public.

Dans ce cadre, la nécessité de créer un observatoire  indépendant de la commande publique et privée de manière à identifier les blocages et les dysfonctionnements semble une évidence. Une estimation rapide, une approche simple me permettent d’affirmer que ce travail de recensement et de mobilisation des projets et moyens d’investissement permettrait d’injecter dans le secteur du bâtiment et des travaux publics plus de 40 M d’euros, soit le chiffre d’affaires annuel moyen du BTP avec un effet quasi immédiat sur l’emploi.

Le deuxième volet du plan de relance porte sur la préparation de la saison touristique prochaine en termes d’aménagement, d’embellissement, de sécurité, d’actions commerciales et évènementielles. Il s’agit d’initier et de coordonner les différentes actions possibles en mobilisant l’ensemble des socioprofessionnels, des opérateurs, commerçants, taxis, restaurateurs, hôteliers, etc. afin de préparer une saison plus ludique, plus attractive, plus commerciale. Ceci permettrait d’améliorer l’image, l’attractivité et la réputation de l’île, voire la coopération avec la partie hollandaise.

Et enfin, pourrait-on espérer quelques mesures simples portant sur la circulation routière et les déplacements ?
Quelques initiatives très ponctuelles sur des points de blocage, quelques déviations simples permettraient de fluidifier la circulation, au profit de la population mais aussi des touristes. Peut-on continuer à faire subir aux parents, élèves, employés des temps de déplacement sans rapport avec la surface de notre territoire alors que quelques travaux simples seraient de nature à sensiblement améliorer le trafic routier ? On pourrait ensuite penser aux transports en commun, au transport maritime, etc.

L’aspect cucial des premiers mois de mandat…

Ce plan de relance doit s’exécuter dans les 6 mois, le temps de la préparation du programme de développement à moyen terme, plus transversal, plus global et qui intègre un travail de recherche et d’élaboration d’une vision stratégique opérationnelle et dynamique de notre économie, sujet d’importance que le Saint Martin’s Week développera dans un prochain numéro.

JPF

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