Temps de lecture estimé : 5 minutes

Comme chaque année les sociétés de charters ainsi que les embarcations privées se sont rendues nombreuses à Anguilla pour cette journée de fête, mais les autorités locales auraient quelque peu terni l’ambiance à cause d’une décision de dernière minute plutôt surprenante.

Les propriétaires et exploitants de bateaux qui proposent toute l’année à leurs clients des mini-croisières à la journée principalement sur les îles de Tintamarre et Anguilla sont toujours très sollicités à l’occasion de August Monday et affichent bien souvent complet des semaines à l’avance. Comme il est d’usage, les clearances (ou déclarations douanières) exigées par les autorités d’Anguilla sont habituellement effectuées par échange de mails (liste des équipages, liste des passagers et tous les documents nécessaires). Selon les accords passés, le paiement de ces clearances est réglé en espèces au coup par coup ou mensuellement comme c’est le cas pour certains bateaux charters qui fréquentent les eaux anguillaises plusieurs fois par semaine. Ces facilités permettent ainsi de perdre moins de temps (2h en moyenne pour une clearance classique).

DES CONTRÔLEURS ZÉLÉS

Il arrive parfois que des contrôles inopinés soient effectués par les douaniers d’Anguilla qui se montrent particulièrement tatillons, mais une fois passées ces formalités tout rentre dans l’ordre. Notons au passage qu’ils exigent toujours un paiement en cash et n’acceptent aucune carte bancaire. Cela donne parfois lieu à des situations ubuesques car si les équipages des bateaux privés sont parfois pris au dépourvu, les bateaux charters sont au contraire tranquilles car ils se savent en règle avant même de lever l’ancre. Malgré cela, il semblerait que les services douaniers aient profité de l’occasion pour taxer un peu plus que d’habitude des navires qui s’apprêtaient à accoster pour la grande beach party annuelle, ordonnant qu’un membre de l’équipage les accompagne jusqu’à leur bureau pour y effectuer de longues formalités et un paiement en espèces sonnantes et trébuchantes, à défaut de quoi le marin ne serait pas libéré avant quelques heures (jusqu’à 5 heures selon certains témoignages) ;
une exigence disproportionnée lorsque l’on sait que bien souvent les équipages des charters-boats évitent de transporter trop d’argent liquide à bord.

Selon nos informations, il aurait été demandé jusqu’à plus de 350 dollars supplémentaires à un bateau qui avait déjà réglé sa clearance à l’avance.

CASH ONLY… please

Quelques professionnels qui avaient eu à subir de tels contrôles dans le courant de l’année s’étaient renseignés pour savoir si une tarification spéciale était prévue pour August Monday, mais sans réponse des autorités anguillaises, ils en avaient conclu que la clearance habituelle était suffisante. Lors de leur arrivée à Anguilla, les douaniers auraient fait mine d’ignorer le document validé précédemment en leur exigeant le paiement immédiat de la taxe spéciale August Monday.

Afin d’en avoir le cœur net, nous avons interrogé plusieurs professionnels du charter pour qu’ils nous livrent leur sentiment et pour savoir s’ils avaient été eux aussi victimes de ce racket en bonne et due forme. Ces derniers se divisent en plusieurs catégories : il y a ceux qui n’y ont pas été cette année mais qui savent, ceux qui y sont allés mais dont la version diverge et ceux qui savent mais qui ne veulent pas en dire trop craignant l’incident diplomatique et par là même, l’interdiction de pouvoir caboter le long des côtes d’Anguilla.

CLEARANCE PAS TRÈS CLAIRE

Selon certains, August Monday est une journée sans clearance et donc gratuite sans qu’aucun papier officiel ne le certifie, une tradition en quelque sorte dont les origines se perdent dans la nuit des temps.

Selon d’autres, il y aurait effectivement un tarif spécial appliqué pour cette journée toute aussi spéciale, à savoir 5, 10 ou 20 dollars par personne (là aussi, les avis divergent).

Enfin, des sous-entendus invérifiables laisseraient courir le bruit que des bateaux ne régleraient pas toujours leur clearance régulièrement pendant l’année, que les clients des charters les mieux  organisés ne dépenseraient pas un sou à terre, ou même que des sociétés factureraient cette taxe 2 à 4 fois plus que le prix officiel demandé par le service des douanes. De là à profiter de l’euphorie de August Monday pour combler ce manque à gagner, il n’y a qu’un pas…

Après vérification sur le site officiel du port de Marigot, aucune indication ne mentionne une quelconque spécificité pour cette journée exceptionnelle et la grille des tarifs est très claire : la taxe varie selon le poids du navire à bord duquel chaque personne doit s’acquitter de $5 pour une journée. Il va sans dire que ces prix s’appliquent à tous sans exception, mais qu’il est facilement compréhensible que certains passent au travers des mailles du filet particulièrement lors d’une journée au taux de fréquentation très élevé comme ce fut le cas Lundi dernier.

SEUL SUR LE SABLE, LES YEUX DANS L’EAU

Cerise sur le rafiot, il nous a été signalé que de faux douaniers tentaient de se faire un peu d’argent de poche en réclamant une taxe farfelue dès l’arrivée des bateaux, mais sans trop insister face au refus systématique des vieux loups de mer saint-martinois à qui on ne la fait pas. Inutile de préciser que les bateaux navettes immatriculées à Anguilla n’ont pas été assujetties à de quelconques taxes ce jour là, ni chez eux, ni à Saint-Martin visiblement.

Face à cette injustice, des charter-boats ont pour le moment décidé de boycotter l’île voisine qui reste pourtant la destination favorite de leurs clients sans qui les plages anguillaises risquent d’être beaucoup moins fréquentées. Toujours-est-il que les “victimes” de ces pratiques ont déjà alerté les autorités françaises compétentes.

A l’heure où nous mettons sous presse, aucune réponse ne leur a encore été adressée et ils ne comptent pas en rester là : des actions pourraient être organisées avec les pêcheurs de Saint-Martin qui ont eux aussi quelques griefs à l’égard de leurs homologues d’Anguilla, mais ça c’est une autre histoire…

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.