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Avec la noix de coco, la banane est certainement le fruit le plus représentatif des Antilles, mais attention elles ne sont pas toutes à mettre dans le même panier.

Surtout lorsqu’il s’agit de votre panier à provisions, car de nombreux consommateurs saint-martinois ont pu constater des écarts de prix conséquents pour des produits qui semblent similaires (en apparence) et dont la provenance peut parfois paraître surprenante. Nous avons donc rendu visite à quelques négociants en fruits et légumes pour faire le point de la situation. Toutes les bananes se ressemblent et pourtant si l’on prête bien attention, les différences sont flagrantes.

LA RÉPUBLIQUE DOMINICAINE CASSE LES PRIX

Leur provenance tout d’abord, avec une nette préférence pour les bananes martiniquaises et guadeloupéennes sur les étalages saint-martinois, mais pas seulement. En effet, il apparaît que de nombreux commerçants proposent des bananes qui viennent d’Amérique du sud ou centrale et d’autres îles de la zone caraïbe hors CEE, dont une très large majorité en provenance de la République Dominicaine. Cela peut paraître étrange lorsque l’on sait que Saint-Martin est un territoire français et que par conséquent, il serait logique de systématiquement s’approvisionner dans les îles françaises voisines, à savoir la Guadeloupe et la Martinique, d’autant plus que les transactions commerciales s’en trouvent facilitées grâce à l’absence de frontières notamment

Tout le monde aura compris que la question du prix est un élément déterminant et il suffit de comparer quelques étiquettes pour se rendre à l’évidence : la banane dominicaine est bien meilleur marché donc plus avantageuse pour le consommateur, et certains se permettront même d’ajouter que l’on comprend mieux pourquoi les produits nationaux sont délaissés, tout en admettant que le coût de la main-d’œuvre est la cause principale de cette différence de prix, et tant pis pour les producteurs martiniquais et guadeloupéens.

BIO OU PAS BIO ?

Afin d’enfoncer davantage le couteau dans la plaie, il faut préciser que la banane de République Dominicaine est non seulement moins chère, mais qu’en plus de cela elle est bio ! Là, c’est le coup de grâce et l’élément de réponse imparable à ses détracteurs. Nous avons effectivement comparé quelques prix que nous vous livrons ici : en moyenne, le kilo de bananes bio de République Dominicaine est vendu 1,50 euros contre 2 euros pour le kilo de bananes conventionnelles (non bio) de Martinique et environ 2,40 euros pour les bananes martiniquaises certifiées bio. Effectivement,  il n’y a pas photo, les jeux sont faits, circulez y’a rien à voir !

Mais là où le bât blesse, c’est que les normes européennes ne sont absolument pas les mêmes que celles des pays tiers et à propos du sujet qui nous concerne, nous avons rencontré Michel Blondel la Rougery, seul producteur de bananes bio en Martinique et qui-plus-est, seul producteur de bananes bio en France…. et en Europe !

Michel Blondel la Rougery, seul producteur de bananes bio en Martinique et qui-plus-est, seul producteur de bananes bio en France…. et en Europe !

Les bananes martiniquaises vendues à Saint-Martin viennent toutes de chez lui et il nous a apporté des informations essentielles : “Il est important de préciser que le bio européen est complètement différent du bio hors CEE. Pour faire simple, la norme bio des pays tiers est admise par équivalence mais non pas par conformité, autrement dit, ce qui est considéré comme tel dans un pays ne répond pas aux mêmes critères que les nôtres pour obtenir la même dénomination.” Un peu comme les étoiles d’un hôtel qui ne correspondent pas forcément aux mêmes standards de confort selon le pays où il se situe.

52 PESTICIDES

Mais revenons à nos bananes et comparons : les bananes bio de Martinique sont 100% bio donc élevées sans aucun pesticide comme le veut la règle européenne. Les bananes de Martinique dites conventionnelles sont également élevées sans pesticides mais ne peuvent pas être certifiées bio à cause des engrais utilisés par les producteurs. Enfin, les bananes dominicaines bio contiennent au moins 14 pesticides interdits en Europe et nous ne parlerons pas des bananes conventionnelles du même pays qui contiennent jusqu’à 52 pesticides strictement prohibées chez nous.

Conclusion : une banane conventionnelle de Martinique ou de Guadeloupe est certes un peu plus chère, mais son impact sur la santé du consommateur n’a rien à voir avec une banane bio de République Dominicaine. Alors cela vaut-il le coup d’économiser 50 cts pour absorber 14 pesticides dont la nocivité n’est plus à prouver ? Nous vous laissons seuls juges de votre choix et l’exemple des bananes n’est qu’un parmi tant d’autres et pourrait s’appliquer à de nombreux produits de consommation courante. 

IMPORTATION TROMPEUSE.

Une autre question nous vient à l’esprit : pourquoi accepte-on l’importation de produits avec un label bio au nom du principe d’équivalence alors que cela présente un réel danger pour le consommateur ? C’est un autre débat qui pourra faire l’objet d’un article dans une de nos prochaines éditions. Nous terminerons sur une note optimiste avec ces explications de Michel Blondel la Rougery : “En 10 ans, nous avons réussi à diminuer de 61% la quantité de pesticides tout en baissant les prix des produits et en améliorant leur qualité. D’ici quelques années, nous ne produirons plus que de la banane bio traitée avec des produits naturels et locaux, sans que cela ait un impact sur le budget des ménages.”

Une visite sur la page Facebook de la Ferme du Morne Capot suffira à convaincre les plus sceptiques ; à voir également sur Youtube : “La banane biologique de Martinique”, pour le plaisir du bio et à consommer sans modération.

JMC

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