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Dans un premier article, j’ai développé ce que pourrait être une relance immédiate de l’économie locale, avec des mesures partielles qui seraient de nature à relancer l’activité économique par l’injection immédiate de ressources en utilisant les filières classiques et habituelles de la relance économique.

Ces éléments ne présentent aucun caractère novateur mais ont au moins le mérite de répondre en urgence à la crise que connaît l’île et cela avant l’ouverture de la saison touristique.

Moyen et long termes…

Deux autres obligations prédominent : à savoir la définition du plan à moyen terme et une planification au long cours. L’exercice peut paraître ambitieux, difficile mais il s’impose comme une obligation à la gouvernance actuelle, pour l’avenir de l’île. Il constitue aussi la condition de la réussite politique de la nouvelle majorité, les lendemains qui chantent se construisent aujourd’hui et supposent une volonté marquée.

Cela nécessite l’élaboration immédiate et rapide du plan tout comme des outils d’évaluation des programmes regroupés qui permettront de maîtriser leur impact sur l’emploi, la cohésion sociale et la prospérité du territoire.

Saint Martin doit s’inscrire dans un projet d’économie maîtrisée avec une analyse et une vision transversale du développement, prenant en compte la réglementation, les infrastructures, l’événementiel, le financement des entreprises, la formation ainsi que la définition des moyens et des ressources qui conditionnent la mise en œuvre du plan.

Stabilité juridique et attractivité fiscale

La première action constructive, la capacité à provoquer le retour des investisseurs repose sur la stabilité juridique du territoire et sur une réforme fiscale ambitieuse.

Les investisseurs, les entreprises ne resteront à Saint Martin que s’ils ont une visibilité sur l’évolution du territoire avec un cadre juridique stable et avec une fiscalité avantageuse. La réforme fiscale constitue la pierre angulaire du développement, notamment au regard des territoires voisins, ne serait-ce que la partie hollandaise.

Saint Martin s’est doté d’un nouveau statut mais a adopté une réglementation fiscale identique à celle existante en métropole à quelques articles près contrairement à la collectivité de Saint Barth.

Si la nouvelle majorité veut rétablir l’attractivité du territoire, elle doit bâtir une réforme fiscale qui puisse attirer les entreprises, voire de nouveaux résidents. Cette réforme devra s’accompagner impérativement d’une notion de charges de fonctionnement de la collectivité car ces charges, notamment celles du personnel, ont explosé ces dix dernières années, pas seulement du fait du transfert de compétences mais surtout de la politique clientéliste menée par les gouvernances.

Accepter le chantier de la maîtrise des charges

La maîtrise des charges de l’ensemble budgétaire demande une extrême force et nous suggérons à la collectivité d’établir pour 2018 un budget année Zéro, ce qui signifie la remise en cause de l’ensemble des dépenses constatées et une analyse précise de chaque ligne budgétaire avec une évaluation des besoins réels, exercice difficile mais politiquement courageux qui permettra de mettre en œuvre et de soutenir un budget d’investissement de nature à assurer la remise à niveau des infrastructures.

Il existe à Saint Martin un schéma routier, un schéma directeur pour l’eau, pour l’assainissement, la fibre optique… il serait opportun  d’identifier les priorités et mettre en œuvre les travaux importants.

Ce travail ou ces investissements basiques doivent être complétés par des opérations ou investissements structurants : aménagement du front de mer, de Grand Case, de la piste, création de zones artisanales, réhabilitation urbaine des quartiers tels que Sandy Ground, Agrément…

Imposer à l’Etat ce qu’il doit

Il se posera immanquablement la question des ressources, du financement. La question de la compensation des charges n’est pas résolue, comme celle du plan de rattrapage. La nouvelle gouvernance devra mettre l’Etat devant ses responsabilités avec l’appui du mouvement citoyen.

Si l’Etat a su trouver une dotation de 2 milliards d’euros pour un plan d’urgence en Guyane, il nous semble qu’une dotation nécessaire au rattrapage des infrastructures de l’île pourrait être programmée car le transfert des compétences, comme la perte de l’octroi de mer, s’est effectué au détriment de la collectivité de Saint Martin. Faut il rappeler qu’en matière de transferts de l’Etat, Saint-Martin se trouve en avant dernière position tout juste avant Saint Barth pour l’ensemble des DOM/TOM ?

Le plan de rattrapage et la renégociation de la dotation de compensation s’imposent aux différents partenaires s’ils veulent éviter à terme une crise sociale grave.

La nébuleuse “tourisme”

L’industrie principale de Saint-Martin, affirment les responsables politiques, est le tourisme. Mais quel tourisme ? Quelle est la définition du produit touristique ? Quelles sont ses composantes culturelles, sportives, événementielles, commerciales, etc?

Pour l’instant, le tourisme est évalué en terme de chambres d’hôtels ou de guest houses. Certes, il faut renforcer et revaloriser en termes de qualité, l’hébergement touristique par des avantages fiscaux ponctuels mais au-delà de la capacité d’accueil sont à considérer et à développer les activités liées à la mer : plongée, sports nautiques, plaisance, secteur méconnu pour son attractivité et mal organisé qui présente de véritables potentialités ;
création de bases nautiques, de centres de plongée.

Dans la même logique, l’île doit se doter d’un programme événementiel et commercial qui fasse de Saint Martin une destination de référence : festivals, quinzaine commerciale, expositions, etc.

Etayer le pilier tourisme

Saint Martin doit développer une stratégie de niches en dehors du tourisme de masse mais pour cela, il faut créer et soutenir les entreprises et les créations d’entreprises qui seraient elles les acteurs du développement. Cela implique la mise en oeuvre d’instruments financiers, de soutien et d’accompagnement comme Saint Martin Initiative Active, la création d’une société de capital risque ou d’un fonds d’investissements. Ces instruments pourront prendre des parts de capital dans les entreprises ou conforter les fonds propres des sociétés locales les plus performantes. Il existe à Saint-Martin différentes entreprises qui ont su s’exporter, développer un marché et une expertise, elles sont à encourager et Saint Martin doit et peut devenir une plateforme d’exportation vers les autres îles de la Caraïbe, voire ailleurs.

La mise en oeuvre d’un dispositif de financement des entreprises requiert une expertise des moyens que la collectivité doit se donner pour compenser la perte d’avantages fiscaux comme le crédit d’impôts. Dans la même logique, la collectivité doit entreprendre un travail d’évaluation et d’accompagnement dans le domaine de l’économie sociale et solidaire afin de conforter le milieu associatif, les entreprises d’insertion, etc.

L’homme, principale valeur et acteur du développement

L’action économique dans le cadre du plan intermédiaire doit s’inscrire dans une réflexion transversale avec la mobilisation de l’ensemble des activités en donnant une priorité à la formation des hommes.

Les études de l’INSEE ont montré l’importance de la précarité à Saint Martin et le faible niveau de formation sur l’ensemble des secteurs. Il s’agit d’un handicap majeur pour le développement, il sera difficile de combler ce retard sur la génération actuelle sauf à multiplier les structures de formation innovantes, école de la 2ème chance, etc.

Dans cette perspective, il reste à bâtir le plan emploi qui doit définir les besoins de l’île pour les dix années à venir, dans une dynamique économique volontariste.

De la cohérence pour répondre à la carence d’emplois

L’objectif est d’identifier les emplois à forte plus value sur l’ensemble des secteurs et d’adapter les instruments de formation aux besoins essentiels du territoire et des orientations définies par le plan, en concertation avec le monde économique.

Il n’existe à ce jour aucune concertation avec le monde de l’entreprise, l’appareil de formation, l’éducation nationale qui interviennent ou travaillent  selon leurs propres logiques dans un schéma cloisonné qui la plupart du temps mène à l’échec ou à la sous formation. La concertation, le dialogue, la coopération entre les intervenants de la formation, de l’éducation et les entreprises sont des éléments fondamentaux d’un développement durable ; à la collectivité d’imposer sa volonté !

Formés ailleurs, efficaces ici

Il existe en matière d’expertise une autre filière à explorer avec la mise en œuvre d’une campagne de sensibilisation en direction des jeunes de l’île qui ont réussi à l’extérieur et occupent des postes stratégiques en métropole ou à l’étranger. Il serait opportun de leur proposer un retour au pays, des fonctions attractives avec une perspective de carrière. Ce transfert d’expertise de cadres ayant une expérience externalisée conforterait de manière significative le tissu économique de l’île.

La réalisation du plan intermédiaire ou du plan à moyen terme appelle la mise en place d’un groupe de travail avec différents experts qui, sur la base des orientations politiques, puisse dans un court délai définir, élaborer, concrétiser un plan d’actions par secteur en l’insérant dans une vision transversale et durable du développement de l’île. Je parle bien de l’île car la coopération avec la partie hollandaise s’intègre aussi dans cet enjeu.

De la nécessité d’un courage politique sans précédent

Il existe aujourd’hui pour la collectivité des impératifs majeurs : la sécurité juridique, la réforme fiscale, le rattrapage des infrastructures, les dispositifs d’aide aux entreprises, la formation… Je pourrai poursuivre cette liste sur d’autres axes : les nouvelles technologies, les arts, etc.

Cette réflexion et l’étape vers la conceptualisation de l’ensemble de ces thèmes doivent s’inscrire à très court terme dans le travail et l’action du Mouvement Citoyen qui sera proposé à la population au mois de septembre 2017. Je souhaite que la gouvernance de l’île puisse prendre en compte, analyser nos propositions qui ne sont pas des solutions innovantes mais qui ont soutenu le développement d’autres régions.

Il faut que nous comprenions que le temps de l’action s’impose pour que Saint Martin puisse retrouver son rayonnement.

JPF

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