Monsieur le Premier Ministre,

Saint-Martin n’est qu’un tout petit territoire, loin de l’hexagone, confetti isolé et sentinelle de l’Europe. Mais…
Saint-Martin vous souhaite la bienvenue sur un territoire dévasté par le terrible ouragan Irma.

J’ai et nous avons compris que le Père Noël ne viendra pas cette année, comme il ne passera pas en Guyane…

Monsieur le Premier Ministre, Saint-Martin vous interpelle et vous interroge. Deux mois après le passage du cyclone, nous n’avons aucune lisibilité sur l’avenir, les mesures d’aides, les conditions de la reconstruction, la relance économique…

Une histoire …

Saint-Martin n’est qu’un tout petit territoire, loin de l’hexagone, confetti isolé et sentinelle de l’Europe.

Mais, Monsieur le Premier Ministre, ce territoire possède une histoire, une culture, une communauté aujourd’hui plus éclatée encore qu’hier.

Saint-Martin est une Collectivité pauvre, un des territoires les plus défavorisés de la République, le PIB par habitant est à peine plus élevé que celui de Mayotte dont vous connaissez bien les problématiques.

En 1850, le Conseil Privé de la Guadeloupe avait accordé à Saint-Martin et Saint Barthélemy des franchises commerciales ainsi que de nombreuses autres faveurs destinées à encourager l’exploitation des salines car la charge de recouvrement était plus lourde que le produit… Île sèche, territoire pauvre et délaissé, sans ressource propre, les Saint-Martinois vont émigrer et travailler aux Etats-Unis, aux Îles vierges ou dans les îles périphériques.

L’île s’auto-administre, sous l’égide d’un maire, le Gouverneur de l’administration étant en Guadeloupe. En 1960, intervient la nomination d’un Sous-Préfet suivie de la création d’une Sous-Préfecture en 1963. Les services de l’Etat sont très  embryonnaires et le restent, l’Administration d’Etat se trouvant à 250 km au delà de la mer, en Guadeloupe.

Un statut …

Saint-Martin, au terme d’une Consultation Populaire en 2003 a choisi l’évolution statutaire que permet l’article 74 de la Constitution, choix politique partagé par l’Etat et la majorité de la classe politique saint-martinoise.

L’évolution statutaire s’est déroulée dans une impréparation manifeste sans prendre en compte les charges nouvelles et la nécessaire compensation, ce qui s’est traduit par un triplement de la pression fiscale. Cette évolution statutaire sans plan de rattrapage, sans ressources définies a mis la Collectivité naissante en grande difficulté.

Ces quelques lignes, Monsieur le Premier Ministre, pour vous rappeler les difficultés de notre territoire, de sa gouvernance, de son histoire, mais aussi le poids d’un environnement très concurrentiel, face au dumping social et économique de la partie hollandaise et des îles voisines.

Une image erronée …

Saint-Martin et sa population attendent des signes, des faits, une vision de l’avenir dont on sait que de toutes façons il sera complexe.
Monsieur le Premier Ministre, Saint-Martin n’est pas un paradis fiscal, ni un territoire d’incivilités… mais un territoire qui se bat.

Un cyclone historique a frappé notre île, et nous voulons reconstruire nos maisons, nos bâtiments, nos infrastructures, mais aussi bâtir un projet de société. Sans la solidarité nationale, ce projet n’est qu’une illusion, il faut que la République nous accompagne de manière forte et significative.

Un avenir sombre …

Certes, Monsieur le Premier Ministre, pendant la crise, les services de l’État, de sécurité, de police et autres ont accepté leurs missions avec vaillance et courage, mais la véritable crise s’annonce aujourd’hui, elle se profile et il s’agit du choc social, du chômage massif, de la faillite des entreprises, du départ de certaines forces vives… L’économie de Saint-Martin repose sur le tourisme et la relance touristique s’inscrira dans un temps long… trop long pour ceux qui en vivent directement ou indirectement.

Des dégâts visibles et colossaux …

La Collectivité a réalisé une évaluation des dégâts, chiffrés à 2.4Md d’euros dont une partie sera couverte par l’intervention des assurances, mais il restera un solde plus que conséquent pour lequel se pose une énorme interrogation. La relance économique, l’espoir d’un retour à une certaine cohésion sociale appellent une intervention forte de l’Etat, par un investissement public massif pour assurer la sécurisation des services primaires que sont l’Alimentation en Eau Potable, l’assainissement, les bâtiments publics, les liaisons maritimes et aériennes, la mise à niveau des infrastructures… Seules des ressources publiques conséquentes pourront répondre à ces enjeux.

Il faut aussi répondre à la demande sociale, aux salariés, chômeurs, entrepreneurs. Le pilier de l’économie est sinistré et seul un dispositif souple et opérationnel permettra de maintenir l’emploi et le tissu économique. Les dispositifs en cours, comme celui du chômage partiel, non adaptés seront inopérants dans les semaines à venir, les entreprises et les employeurs ne pourront plus assumer les salaires et déposeront progressivement leur bilan.

Saint-Martin et sa population attendent des signes, des faits, une vision de l’avenir dont on sait que de toutes façons il sera complexe.

D’autres impacts moins visibles mais à venir …

Le monde de l’entreprise et les salariés veulent s’inscrire dans la durée. Nous voulons un programme de reconstruction et d’accompagnement social établi en partenariat avec la Collectivité dans une lisibilité temporelle, avec des échéances à six mois, un an et sur la durée du mandat de la gouvernance.

Gérer le choc social

Monsieur le Premier ministre,

Gérer le choc social, mettre en œuvre un programme d’urgence pour une véritable relance économique, cela suppose des hommes, des échéances, des ressources et une volonté politique.

La Collectivité et le territoire ne disposent pas des ressources pour relever un tel défi, nous avons besoin de l’Etat, non de l’Etat providence, mais de l’Etat garant de la solidarité nationale.

Pour cette relance et ce projet, il convient de redonner à la Collectivité des marges de manœuvre, d’accepter de rouvrir le dossier qui nous est douloureux de la compensation des charges et d’autoriser une compensation fiscale sur les exercices 2017 et 2018, une subvention d’investissement exceptionnelle, un abondement des fonds européens, construire jusqu’à fin 2018, un programme d’investissements à hauteur de 350 Millions d’euros…

De la nécessité de se prémunir de débordements prévisibles

La Collectivité et le territoire ne disposent pas des ressources pour relever un tel défi.
L’Etat s’est engagé sur la Guyane au terme d’une longue période de lutte sociale, l’Etat doit s’engager à Saint-Martin par la force d’un cyclone plus destructeur qu’un mouvement social dont notre territoire aimerait se prémunir.

Il faut, Monsieur le Premier Ministre, rétablir rapidement l’attractivité du territoire et cela suppose des mesures macro-économiques adaptées : exonération de charges, aides spécifiques sur différents secteurs, amélioration et modification substantielle du système d’aide fiscale, soutien aux entreprises et au tissu économique par un fonds d’investissement sous forme de capital risque, mise en œuvre d’un programme de logements… Il faut traiter le chômage, la perte d’activité, les familles en difficulté en soutenant les associations et les entreprises d’insertion.

Des dispositifs éxistants mais inadaptés

Le bilan des aides en cours, au regard de la situation après cyclone, Monsieur le Premier ministre, ne répond pas aux besoins, au-delà de la gestion de la crise, et nous sommes à l’écoute de la souffrance d’une population qui croit encore et espère en la solidarité nationale.

Le Président de la République, lors de sa visite, s’est engagé sur une accélération des procédures, une redéfinition des méthodes. Il nous semble que ces paroles présidentielles n’aient guère résisté au pragmatisme législatif qui ne laisse que peu d’espace au dérogatoire même lorsqu’il s’agit d’un contexte d’urgence..

Monsieur le Premier Ministre, notre volonté est de construire l’île, non de nous enferrer dans l’assistanat.
Nous sommes, Monsieur le Premier ministre, dans l’attente d’un projet, de mesures effectives, d’engagements fermes qui s’inscrivent dans le temps et se traduisent par des ressources.

Monsieur le Premier ministre, notre volonté est de construire l’île, non de nous enferrer dans l’assistanat. L’Etat a consenti un plan de rattrapage pour la Guyane, Saint Martin a connu et connaît les mêmes problématiques : immigration, chômage, insécurité, insalubrité… et les cyclones !

Pourrons-nous construire un plan de relance prenant en compte l’histoire et les handicaps de notre île ? Pourrons-nous bâtir une nouvelle économie forte de nos particularités ?

Monsieur le Premier ministre, il faut agir vite, renforcer le tissu social, activer le tissu économique et construire l’avenir de notre communauté.

Monsieur le Premier ministre, ces quelques lignes ne sont qu’une prière, avant qu’elles ne deviennent un cri d’alarme mais aussi, dans un temps court, un cri de colère.

Jean-Paul FISCHER

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