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C’est une ritournelle que l’on connaît forcément puisqu’elle anime régulièrement les débats, autour des marchés publics notamment : pourquoi faire venir d’ailleurs des compétences et des entreprises quand celles-ci existent localement ?

Nouvelle Calédonie : “les emplois seront prioritairement occupés par des citoyens de la Nouvelle-Calédonie et, à défaut, par des personnes justifiant d’une durée de résidence suffisante” La Réunion dispose d’une charte de l’emploi local, charte de bonne conduite pour inciter les entreprises du secteur privé à embaucher, à compétences égales, un emploi local afin de régler, en partie, la question du chômage A Paris, il existe aussi une charte pour l’emploi local dont Pauline Véron, adjointe d’Anne Hidalgo dit : “Dans cette charte, nous aidons les entreprises à satisfaire leurs besoins en organisant des sessions de recrutement. Nous avons également ciblé des populations comme les jeunes, les chômeurs longue durée, les femmes en situation de monoparentalité ou encore les seniors. En échange de notre aide, les entreprises s’engagent à prendre des Parisiens”
Si le sujet sait s’imposer dans l’actualité ordinaire, il est aujourd’hui devenu une question quasiment de survie pour nos entreprises, en tous cas pour celles qui ont la possibilité de travailler.

Naturellement, le droit ne contraint absolument pas à cette “préférence locale” qui relève simplement et plus que jamais du bon sens lorsque l’on a le territoire, ses emplois, son avenir à cœur et que l’on est relativement au fait des difficultés qui s’annoncent. Il n’y a là pas matière à ouvrir ou nourrir de tensions avec les îles périphériques ou la métropole, il s’agit juste d’un nécessaire rappel qui pourrait être illustré par ce bon vieil adage qui veut que charité bien ordonnée commence par soi-même.

La petite boîte locale qui ne demande qu’à monter

C’est dans ce contexte que nous avons rencontré un représentant d’une petite société locale, toute jeune et versée dans la technologie, et qui exploite les extraordinaires capacités des drones civils pour produire des outils d’aide à la décision sur la base de prises de vues aériennes à vocation technique. Le cas de DRONE eurl n’est qu’une illustration de ce que vivent aujourd’hui beaucoup d’autres petites entreprises locales.

Combien de ces objets volants non identifiés avons nous déjà vu passer au dessus de nos tête, le regard suspicieux ? Après Irma, énormément de drones ont fréquenté nos cieux, la sécurité civile elle-même les utilisant pour rapidement disposer de diagnostics de l’état des toitures et planifier leurs interventions.

Bien venu chez nous…

Depuis que nous sommes sortis de la zone d’urgence absolue, ce sont les assureurs, les couvreurs, les architectes, les professionnels de l’aménagement du territoire, les médias et bien d’autres encore qui font appel à ces étranges engins bourrés d’électronique et soumis à une réglementation très particulière.

Notre petite société locale, elle, a essentiellement regardé passer les engins fraîchement arrivés de métropole en s’étonnant de n’avoir pas même été consultée pour ces missions qui exigent pourtant une excellente connaissance du territoire… alors que le moment impose une solidarité hors du commun, est-il responsable lorsque l’on est implanté à Saint-Martin de participer à la fuite des capitaux déjà maigres et bientôt en voie de disparition vers des territoires autres ? Et, même si au titre de notre légendaire Friendly caractéristique, nous sommes habitués à accueillir le tout venant sans mot dire, la situation n’imposait-elle pas un recentrage sur les ressources locales ?

Vos papiers s’il vous plaît ?

Sur un autre plan, tout en étant parfaitement au fait que la loi du marché est aujourd’hui impitoyable, ces sociétés extérieures, fortes de leur assise plus large que celle de nos PME/TPE locales, s’autorisent un dumping violent, à grand coup d’effet d’annonces, de campagnes publicitaires et de lobbying ciblé, n’hésitant pas dénigrer les compétences ou le respect de la législation de nos entreprises. Ainsi, notre petite boîte de captation technique par drone ne serait elle pas dans les clous… Si l’on ne se réfère qu’aux démarches imposées par la Loi et dont une part est à réaliser en Préfecture, la petite boîte locale est la seule à avoir déposé les Cerfa dédiés avant de s’autoriser à voler et pourrait bien s’autoriser la voie du référé pour que cette concurrence déloyale venue d’ailleurs apprenne à prendre aussi en considération le tissu sur lequel elle souhaite s’implanter, même si c’est avec la bénédiction de décideurs locaux peu versés vers la solidarité ou animés par des principes circoncis à la grandeur de leur portefeuille.

Le malheur des uns, le bonheurs des autres

En vérité, il ne faut pas se leurrer, une large partie du temps de nos dirigeants est actuellement consommée à écouter à quel point notre marché local, gonflé par une reconstruction obligatoire en devenir, sait capter l’intérêt extérieur. Certaines aides providentielles, apparues dans les premiers jours comme des mains tendues, révèlent aujourd’hui une facette de leurs intentions différente et beaucoup moins dictée par l’entraide. L’après Irma et l’argent qui ne manquera pas d’être mobilisé pour la reconstruction, même si l’on n’en maîtrise pas encore le volume, ont transformé le territoire en aubaine pour les chasseurs de marchés publics ou privés, un territoire de chasse, un filon intéressant mais qu’il va falloir exploiter vite.

Entrepreneurs locaux & solidaires

Plus que jamais, les sociétés saint-martinoises, de naissance et d’adoption, ont l’obligation de se serrer les coudes et d’adhérer un minimum à certains principes relevant de l’intelligence économique pour ne pas être purement et simplement rayées de la carte sous la poussée de structures bien plus puissantes et invasives.

Plus que jamais, l’entreprenariat local et son esprit doivent être nourris, appuyés, accompagnés car sans le pilier touristique, notre économie locale, nos emplois, la paix sociale dépendront de notre propre capacité à répondre à nos besoins, à faire émerger des outils de soutien qui nous mettront un peu à l’abri du “tout tourisme” dont on explore aujourd’hui les limites. Certes, il apparaît évident que nous ne pouvons nous prévaloir de l’omniscience et que le recours à des compétences extérieures restera de mise, mais ces recours doivent aussi servir de révélateurs de nos carences et donc des filières que nous pourrions soutenir et développer demain.

IR


L’utilisation en extérieur d’engins volants, même de petite taille et non habités, est considérée comme une activité aérienne et relève donc de la réglementation applicable à l’aviation civile.

L’utilisation d’un drone dans des conditions d’utilisation non conformes aux règles édictées pour assurer la sécurité est passible d’un an d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende en vertu de l’article L. 6232-4 du code des transports.

Faire survoler par un drone une portion du territoire français en violation d’une interdiction de survol est passible de 45 000 euros d’amende, 1 an de prison, et de la confiscation du drone en vertu des articles L. 6232-12 et L 6232-13 du code des transports.

Petit point de détail mais qui fera peut être réfléchir les commanditaires : en cas de pépin, la responsabilités de ces derniers peut être engagées…

Deuxième point : si les pouvoirs publics pouvaient montrer l’exemple en ne faisant pas voler leur engin et surtout en milieu urbain, en marge de la législation, sans dépôt en préfecture et sans pilote certifié… ce serait sans doute un bon début !!!

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