Un mur de soutien construit en un temps où la parcelle du dessus n’était pas bâtie, elle l’est aujourd’hui sans pour autant que le cadastre puisse en témoigner, justifiant cette poutre béton pour sécuriser la maison voisine et assumée par obligation sécuritaire par ce dernier… et l’opportunité d’Irma qui va voir un nouveau bâtiment émerger, puisque personne ne s’y opposera à part le propriétaire voisin, historique et “en règle” qui seul n’empêchera pas plus aujourd’hui les constructions illégales qu’elle n’y est parvenue par le passé…

La reconstruction… pilier central qui vient nourrir ou réduire à néant la volonté individuelle… entre ceux qui sont bien assurés, ce qui ne le sont pas, ceux qui respectent les règles, ceux qui ne savent pas ce qu’elles sont ou qu’elles existent et ceux encore qui attendent de savoir ce que seront les nouvelles… quoiqu’il en soit, il n’y aura pas d’avenir supportable localement sans reconstruction qu’elle soit privée ou publique.

En attendant l’assurance…

“nous ne pouvons pas reconstruire en faisant comme s’il ne s’était rien passé.” Edouard Philippe à Saint Martin le 6 novembre 2017
Pour bien des sinistrés, la réponse de leur assurance après le passage tant attendu de l’expert est une clef de décision. Bien remboursé, ou mal remboursé, réinvestir ou pas. Beaucoup d’entrepreneurs ou de propriétaires fonciers (mais pas tous) sont en attente des fruits de cette police d’assurance pour décider de leur reconstruction locale ou d’une migration stratégique tant le devenir économique de notre île est incertain et tant l’on sait que le retour sur un investissement réalisé actuellement sera au mieux à appréhender à moyen terme, au pire à long terme. C’est sur cette base que l’immobilier et l’économie sont à la merci de la volonté de l’individu qui, en dehors de l’aspect strictement économique des choses, prendra aussi ses décisions en fonction d’une ambiance plus globale, d’un mouvement collectif, de petites balises positives posées pour l’orienter vers une nouvelle prise de risque locale…

Pour le non-assuré

De manière générale, pour le petit propriétaire foncier historique, il n’est pas d’autre choix que la reconstruction rapide, celle qui permet de bénéficier à nouveau d’un toit ou des subsides d’un loyer. Pour lui, pas de dossier, pas d’expert… Sa reconstruction n’est conditionnée que par sa trésorerie propre, son bas de laine et par la disponibilité des matériaux clef, T1/11 et zinc. Il n’y aura dans cette reconstruction là pas de prise en considération d’Irma, pas de mise aux normes, pas de prise en compte des aléas, au mieux, un toit “béton” se substituera à la toiture en tôles disparue.

Pour d’autres, ceux que l’histoire ne retient pas, ce sera un départ “définitif” vers des horizons jugés plus favorables à la reconstitution d’un patrimoine personnel.


Le NOUVEAU PPRN EN URGENCE S’IL VOUS PLAÎT

Sans nouveau PPRN, sans modification effective du POS ou naissance d’un document d’urbanisme local, la reconstruction du moment ne peut se faire qu’en concordance avec l’existant… un frein réel à la prise en considération des aléas. La seule mesure que la Collectivité peut s’autoriser en l’état actuel des choses est d’autoriser une reconstruction à l’identique sans avoir à solliciter un permis de construire pour peu que la construction d’origine soit “régulière” et que la reconstruction respecte les contraintes du PPRN de 2011… une mesure qui ne peut qu’accélérer la reconstruction mais qui malheureusement, ne permet en rien une éventuelle mise aux normes… le risque est de voir des constructions réapparaître sur des secteurs que le PPRN à venir classera comme dangereuses… kafkaïen.


Pour l’opportuniste

“Moi, je ne reconstruirais pas, d’abord parce que quoique je reconstruise, ce ne sera jamais suffisamment robuste pour résister à ce que l’on a vécu et qui risque de se reproduire plus fréquemment si l’on écoute les prévisionnistes… la faute au réchauffement. Et ensuite, parce que je ne vois vraiment pas comment notre territoire va sortir de ce bourbier dans des délais humainement supportables.” Vince, propriétaire d’une résidence secondaire en front de mer
Lui, comme toujours, ne perd pas le Nord. Puisque les règles étaient déjà plus que perméables avant le sinistre, on devine qu’elles sont déjà largement enfreintes depuis et qu’elles le seront encore pendant des mois faute de contrôles suffisants et de verbalisation réelle. C’est comme cela que l’on voit pousser de petites extensions commerciales, une cuisine supplémentaire, une chambre, de petits bâtiments qui en l’espace de 4 ou 5 jours sont venus prendre la place d’un BBQ dont la présence échappait déjà à tout ou presque : tgca, contrôle sanitaire, CFE, etc… Il n’y aura pas plus de prise en compte de l’aléa sur ces constructions là, bien évidemment. Peut-être y aura-t-il un contrôle à un moment donné, peut être même qu’une infraction sera mise en lumière mais l’on sait de longue date que l’on ne défait pas facilement ce qui a été fait et que ces bâtiments là viendront grossir le nombre de bâtiments illégaux et hors normes sur le territoire. Cette reconstruction à la marge est pourtant bien là et bien visible, il n’est pas nécessaire de s’éloigner de l’axe principal pour visuellement constater sa réalité.

Et pourtant, nous en avions bien rêvé

Au lendemain de ce qui a couché notre territoire, les volontés, notamment politiques ou issues de la gouvernance au sens large, que de voir ce moment permettre une vaste élévation, l’émergence d’une vision politique était bien là. Construire ou reconstruire mieux, repenser les infrastructures, l’urbanisme, retrouver la maîtrise du foncier, notamment public, avant que le droit trentenaire ne fixe définitivement les squatteurs, travailler sur les entrées de ville pour éviter par exemple que le temps ne permette à certains de transformer les abords du rond point d’Agrément en centre de tri de gravats ou dépôt de carcasses masquant à peine les élevages sauvages de porcs …

Bref, pourquoi ne pas faire d’Irma le point de départ d’un renouveau et d’un retour à l’ordre sur bien des plans, surtout lorsque cet ordre peut grâce à notre partielle autonomie être pensé et fixé localement ? Le Plan Phœnix du Président Gibbs et pour lequel il se bat même si plutôt qu’une renaissance à l’identique depuis son lit de cendres, nous aimerions un oiseau d’une autre envergure.

Ce rêve là s’efface peu à peu, la faute à une inertie trop importante en décalage complet avec l’urgence de l’individu, cette inertie qui aurait voulu que l’on laisse nos habitations “en l’état” pour que l’expert soit convaincu de notre bonne foi, que l’on attende de savoir quelle sera la nature de ce nouveau contexte normatif anti-aléas que l’on nous a promis ou le nouveau PPRN qui fixera à l’urbaniste l’intelligence de la reconstruction ou encore que l’on sache à quelle sauce nous serons accommodés par les aides de l’Etat et l’Europe.

En attendant… on fait comme avant, et même parfois pire puisque le cadre contraignant n’est pas là pas plus que les moyens pour les faire respecter…

IR

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