Christian et Joséphine Germyn dans leur maison sinistrée

Sandy Ground est sans conteste l’un des quartiers le plus impacté par Irma. Deux mois après la catastrophe, comment les habitants vivent-ils leur quotidien? C’est ce que nous sommes allés demander à Georges Richardson, qui nous a conduits à la rencontre des plus sinistrés.

Georges Richardson, président de l’association Sandy Ground on the Move et Marjorie Antoine, directrice de l’association

Pour Georges Richardson, président de l’association Sandy Ground on the Move et représentant du conseil de quartier n°6, la question de l’avenir de son quartier reste pour le moment sans réponse. «En temps normal, 95% des habitants de Sandy Ground ont de gros problèmes au quotidien et il est évident qu’Irma n’a fait qu’empirer cette situation. Les gens n’ont pas d’argent, pas d’emploi, leurs logements ne sont pas assurés… Comment vont-ils pouvoir reconstruire?» demande-t-il, en ajoutant que la question des 50 pas géométriques n’a pas été réglée pour le plus grand nombre et que beaucoup d’habitants ont construit leur maison sur des terrains qu’ils louent à leur propriétaire, pas forcément en règle. «Les gens sont dans une grande détresse et la Collectivité ne devrait plus exiger 100 euros pour délivrer les avis de non-imposition,» estime-t-il, tout comme il considère que les élus locaux devraient systématiquement faire visiter Sandy Ground à tous les émissaires parisiens, afin que ces derniers prennent vraiment en compte la gravité de la situation. Et d’ajouter : «Il y a deux mois qu’Irma est passé et rien n’a vraiment évolué ici. Les gens deviennent fous, et auraient besoin d’un soutien psychologique.»

«On vit comme des bêtes»

La maison d’Henri Demant, qu’il a construite lui-même le long du rivage il y a 30 ans, n’est plus qu’un tas de ruines. Ce Guadeloupéen de 70 ans et sa compagne, Jeanne, ont dormi deux semaines dans leur voiture après le passage d’Irma, puis sous une tente à Grand-Case. Ils passent aujourd’hui la nuit sur des matelas gonflables à l’école Nina Duverly, comme une centaine d’autres sinistrés, et sont nourris par Sandy Ground on the Move. Ils vont chercher de l’eau au réservoir mis en place près de la Croix-Rouge, sur le parking du centre culturel, se lavent dans les ruines de leur maison et utilisent les toilettes de l’école où ils sont hébergés la nuit. Pas encore retraité, il était barman jusqu’en 1995, avait perdu son emploi lors du cyclone Luis, et «jobbait» jusqu’à la veille du cyclone.

Henri Demant et sa compagne dans les ruines de leur maison

Il se trouve actuellement sans ressources, ne sait pas comment il va s’en sortir, ni s’il pourra retrouver une vie normale. Installé sans titre de propriété sur les 50 pas géométriques, sa maison n’était bien sûr pas assurée. «Si on était jeunes, les choses seraient différentes, mais là on vit comme des bêtes et personne ne nous aide» termine-t-il avec amertume.

Ils ont construit leur maison en 1985

Christian et Joséphine Germyn, respectivement âgés de 66 et 69 ans, passent depuis deux mois leur journée à nettoyer et réparer ce qu’ils peuvent de leur domicile, ouvert à tous vents. Hier, Christian s’affairait à essayer de réparer un coin de la maison pour dormir. Le couple a la chance d’avoir de la famille sur l’île et dort chez une cousine, avec laquelle ils partagent leurs repas.

Christian et Joséphine Germyn dans leur maison sinistrée

Ils louent depuis 1985 le terrain sur lequel ils ont construit leur maison, pour 530 euros par an. Ils sont tous les deux retraités, n’ont pas vraiment l’argent pour reconstruire, mais gardent l’espoir de pouvoir le faire. L’ennui est que Christian n’a pas une santé florissante et qu’ils auront besoin d’aide extérieure pour y arriver. Tous deux se soutiennent mutuellement, gardent le sourire en dépit de l’adversité et placent beaucoup d’espoir dans les actions de la Fondation de France.

Rose-Zélie a besoin que l’on répare son toit

À 84 ans, Rose-Zélie Dorville était hospitalisée pour un mois en Guadeloupe début septembre et a découvert à son retour avec émotion que la plus grande partie du toit de sa maison s’était envolé. Aujourd’hui, faute de bâche, la pluie continue de régulièrement inonder son logement et elle se cloître dans son salon, seule pièce encore protégée des éléments. «Personne n’est venu la voir pour l’aider, ni la Collectivité, ni la Protection civile, ni personne,» déplore sa fille, chez qui elle dort toutes les nuits, à Concordia.

«Je me débrouille comme je peux, mais j’ai besoin qu’on répare mon toit,» espère Rose-Zélie. Arrivée de Guadeloupe à Sandy Ground il y a 40 ans, elle et son mari ont construit eux-mêmes leur maison. Veuve depuis une dizaine d’années, elle est cardiaque, se déplace avec difficulté et a tout de même la chance de trouver du secours auprès de ses enfants, qui l’invite à tous les repas.

B.D.

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