Après un accueil vécu de façon assez âpre par la presse locale et le manque de considération qu’elle a du essuyer, le lundi fût un peu plus souple et nous a permis “d’exister” et de faire notre job… Merci Stéphanie pour ta contribution photographique !
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C’est une sacrée expérience pour un gratte papier local que de vivre la venue du Premier Ministre, un moment fort instructif d’autant que le mode survie nous avait interdit la possibilité d’accompagner le Président Macron dans sa visite. Nous sommes en général peu soumis aux protocoles, aux grosses machines chargées de gérer l’image des puissants, aux accréditations en bonne et due forme tamponnées trois fois. Nous, journalistes locaux, bénéficions de cette proximité naturelle et toute saint-martinoise avec nos interlocuteurs habituels et les dérapages sont rares.

Chacun sa place, chacun son rang

La venue du Premier Ministre, c’est avant tout pour nous une belle remise à notre place et sans douceur.

Si par un mystérieux levier l’une d’entre nous a pu faire partie du troupeau des médias nationaux fraîchement débarqués et inféodés au “PM” selon leur jargon, les autres, les confrères d’ici, n’ont obtenu qu’un badge “low cost” et une considération vraiment très relative de la part du staff de Philippe Edouard lors de son arrivée en ce dimanche soir à l’aéroport de Grand-Case.

Considération à ce point rugueuse que la question de notre présence le lendemain dans le sillage du chef du gouvernement s’est posée : pourquoi s’imposer ou faire acte de présence là où l’on n’est pas réellement désiré et la formule est faible ?

Une cohorte de pro babysittés

Ravalant notre orgueil blessé, nous nous sommes néanmoins prêtés au jeu en respectant les consignes toutes exotiques pour nous, “le micro ici, vous là, la caméra plus à droite, ne dépassez pas la ligne” etc etc…

Voir les médias nationaux se plier aux règles du protocole poussées à l’extrême, accepter sans broncher de rejoindre leur bus lorsque leur garde chiourme le leur signifie en tapant dans les mains a su nous rappeler aussi que notre condition et notre liberté d’action au quotidien sont assez confortables.

Après un accueil vécu de façon assez âpre par la presse locale et le manque de considération qu’elle a du essuyer, le lundi fût un peu plus souple et nous a permis “d’exister” et de faire notre job… Merci Stéphanie pour ta contribution photographique !

Le summum fut sans doute ce beau moment où la presse locale fût invitée à se regrouper sur une place de parking réservée aux personnes handicapées. Un gendarme de la place, qui lui nous considère et a partagé l’hérésie du moment nous lançait d’ailleurs avec humour et compassion “Alors les gueux, on est relégué au second rang ?”.

La liberté de la presse s’en porte-t-elle mieux sans nous ?

Ce qui est certain, c’est que de ces moments passés à humer de loin l’odeur de celui qui n’est pas le sbire du père noël, il nous reste à nous journalistes locaux bien plus que 40 secondes d’antenne insipides et approximatives à vous offrir.

Car, aussi minuscules et insignifiants que nous soyons, le fait est que ce territoire nous est connu et que nous aurions sans doute eu d’autres questions à poser à Edouard Philippe à son arrivée à l’aéroport que celle brillamment posée par un confrère au rayonnement national “Monsieur le Premier Ministre, comment vivez-vous l’accueil de la population locale ?”… question aussi sotte que grenue puisqu’au regard de l’heure de l’atterrissage à Grand-Case et du dispositif de sécurité, la population n’était pas vraiment au rendez-vous.

On est bien ici…

Alors, face à cela, nous avions envie de remercier tous ceux d’ici que nous croisons au fil des conférences de presse et autre moments, pour avoir encore la capacité de laisser vivre une part d’humanité au cœur de nos relations, humanité qui elle sert réellement la cause de la liberté de la presse puisqu’elle permet aussi de ne pas être d’accord ! Nous vous le promettons ici, vous qui faites l’objet de toute notre attention, jamais nous ne vous résumerons à une poignée de mots ou à quelques secondes.

IR pour JMC


Le Président, le Gouvernement et sa relation à la Presse

«Les journalistes ne m’intéressent pas, ce sont les Français qui m’intéressent, c’est ça qu’il faut comprendre, rétorque Emmanuel Macron. Quand les journalistes passent leur temps à s’interroger sur la communication, ils ne parlent pas des Français, ils parlent d’eux! C’est ce que vous êtes en train de faire.(…) Les journalistes ont un problème. Ils s’intéressent trop à eux-mêmes et pas assez au pays. Parlez-moi des Français!”

Ces mots du Président de la République, que l’on soit en phase ou non avec le fond, illustrent sans doute la relation qu’entretiennent l’Elysée et Matignon avec la presse nationale. A notre niveau, nous avons le plaisir de ne pas appartenir à cette strate d’ultra-communicants pour qui la forme prime bien trop souvent sur le fond. Notre statut de média de province doublé de celui de presse d’outremer et notre volonté à nourrir nos écrits nous met sans doute un peu à l’abri d’une forme de narcissisme qui nuit à l’objectif du métier : l’information.

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