Les architectes saint-martinois sont des gens bien élevés… Une corporation plutôt discrète qui œuvre dans un contexte peut être un peu moins carré ou “contrôlé” qu’ailleurs et ce n’est pas simplement parce que l’urbanisme relève de la compétence locale. Point de critique ici, simplement une évidence, celle qui veut qu’il est plus difficile de travailler dans un contexte à l’historique hors cadre et en évolution permanente plutôt que dans un cadre fiable, stable, installé de façon séculaire.

Nous avions évoqué que viendrait le temps de la recherche de responsabilité et, pour certains, ce moment est apparu très tôt.

Les Architectes de l’urgence…

Ainsi, les Architectes de l’Urgence, pourtant parrainés par Denis Brognard lui-même, n’ont ils pas hésité à annoncer que nous étions un tantinet catastrophistes, nous, localement, (sans doute par manque de compétence ?), et que selon leurs estimations, seuls 5% du bâti serait réellement détruits. Franchement une belle nouvelle, qui a su de plus tomber à point nommé puisque l’annonce fut faite du bon état général de notre territoire juste avant la venue du Président Macron…

Finalement, les archis de l’urgence ont su réorienter leur action vers un territoire qui aura peut être moins le sens de la contradiction et annoncer le 10 octobre qu’ils n’interviendraient pas sur la reconstruction à Saint Martin, concentrant leur action sur la Dominique… Néanmoins, le territoire est reconnaissant aux Architectes de l’Urgence de s’être donnés les moyens de faire acheminer “un premier stock de 12 000 m² de bâches le 16/09.”

Le rapport des réunionnais…

Cet autre rapport à lui fait réagir l’association des architectes de Saint-Martin puisqu’il pointe du doigt d’éventuelles malfaçons, des chantiers conduits de façon hasardeuse ou un habitat traditionnel par trop inadapté…

Menée à partir du 20 septembre 2017 par un tandem d’architectes réunionnais et commanditée par la Direction de l’Aménagement, du Logement et de la Nature et la Direction de l’Habitat, de l’Urbanisme et des Paysages, le rapport final, de 25 pages et disponible depuis le 25 septembre, a amené par son contenu nos architectes locaux à se fendre d’un courrier circonstancié puisque, au delà de n’avoir eu aucun contact avec ces professionnels, ils estiment eux que “d’une manière générale les constructions réalisées par les entreprises connues, contrôlées et surveillées par les Architectes, BET ou autres ont plutôt bien résisté à l’ouragan IRMA. (…) Dans l’analyse qui a été faite par l’équipe en charge du rapport, nous adhérons totalement au problème des dégâts, liés aux projectiles. Ceux-ci sont essentiellement dûs, soit à l’habitat précaire, qui par essence même peut difficilement résister à un ouragan et d’autre part dans le cas d’habitations de “standing moyen ou ordinaire” à des ajouts et extensions successifs, non contrôlés et ne faisant pas, pour la plupart, l’objet de demande de PC ou de DP. Cet état de fait implique de la part des autorités d’assurer un contrôle effectif dans les zones d’habitat précaire et d’accompagner les populations concernées dans la reconstruction sous forme d’assistance technique ou autre.”

Le rapport du CEREMA

Missionnés par le ministère de la transition énergétique et solidaire avec pour objectifs de conduire un premier diagnostic sur l’état des infrastructures, de proposer les premiers éléments d’aide à la décision et d’aide à la priorisation des actions et d’identifier les expertises qu’il serait nécessaire de mener pour éclairer les décideurs, le CEREMA a effectué 3 journées de mission à Saint-Martin, du 13 au 15 septembre. Ce rapport de 25 pages lui aussi est venu nourrir le comité interministériel créé par le conseil des ministres au lendemain d’Irma. Un rapport pragmatique et efficace dont on peut simplement regretter qu’il ne soit pas appuyé sur les compétences locales qui étaient simultanément à pied d’œuvre sur le terrain.

Le Rapport de la collectivité

Nourri notamment par la mission d’expertise menée conjointement par le Conseil d’Architecture, de l’Urbanisme et de l’Environnement de Guadeloupe appuyé sur les professionnels locaux, ce rapport est issu de deux semaines de terrain et de l’expertise de 40 spécialistes. Toutes les infrastructures relevant de la responsabilité de la Collectivité y ont été expertisées et une évaluation des dommages subis par l’habitat privé a été menée. Au terme d’une bonne centaine de pages, le rapport conclut notamment comme ceci :
“Loin de certaines déclarations empiriques et/ou arbitraires, le présent rapport est issu d’un travail collaboratif et engagé reposant sur des expertises et des compétences avérées guidées par une volonté partagée de transformer l’horreur vécue et subie en un modèle de résilience et de rayonnement au sein de la République.  Les chiffres indiqués portent sur une évaluation réelle et pertinente, réalisée par des experts, professionnels ayant une connaissance véritable du milieu et de l’environnement. ”

Puisque conclure il faut

Sans avoir la prétention d’être dûment qualifiés pour juger de la pertinence d’un rapport plutôt que d’un autre (quoique..), et puisqu’il est avéré que quelle que soit la nature du commanditaire les objectifs sous-jacents restent forcément économiques, il subsiste néanmoins que la multiplicité des missions et l’absence de contact entre elles n’est peut être pas favorable à l’économie d’échelle, au respect du territoire, de ses compétences intrinsèques et à la volonté d’un travail synergétique appuyé sur le socle de ceux qui ont l’expérience avérée de cet ici que nous assumons tous aujourd’hui et tentons de reconstruire autrement.

IR

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