Les tambours se sont tus et les spectateurs sont immobiles et atterrés. Après le défilé et les discours, ils se retrouvent face à eux-mêmes et au lourd bilan du cyclone.

Certes, nous avons eu le soutien et la solidarité nationale pendant la crise, et la visite du Président et du Premier ministre ainsi que de nombreux experts et voyants.

Nous avons entendu voire écouté la liste des promesses, conseils et recommandations, notamment sur notre incapacité à maîtriser notre territoire.

Merci pour ces mesurettes

Les autorités politiques ont réaffirmé leur engagement de faire jouer la solidarité nationale qui s’est traduite, outre les secours, par une dotation de 62 M€ au profit de la Collectivité, un report ou un moratoire des charges sociales à 2019, la mise en oeuvre d’une carte de crédit social au profit des plus démunis présents dans les fichiers de la trésorerie… et enfin, un examen au cas par cas des dossiers qui seront présentés par la Collectivité.

Saint Martin, aux yeux et dans la conception de la Haute administration  reste un territoire sous développé, incapable de bâtir son avenir ou sa reconstruction.

Savez vous qui nous sommes, d’où nous venons ?

Ce territoire abandonné en 1886 par toutes les autorités a cependant assuré son existence et sa gestion pendant ces siècles, par sa propre créativité.

Ces nouveaux experts en mission ont ils pris en compte, un instant, que ce territoire avait durant les 20 dernières années intégré deux tiers d’une population en migration ?

Cette intégration s’est effectuée par l’existence et le fonctionnement d’une économie souterraine  qui représente la moitié du PIB de l’île. Sans cette économie de proximité, nous aurions connu l’explosion sociale depuis fort longtemps.

Ce qui se relève en premier, c’est l’informel !

La crise d’Irma ne fait qu’accentuer cette tendance. Beaucoup de forces vives sont parties et restent celles et ceux qui n’ont guère le choix de leur avenir…

Les dispositifs d’aides et les mesures d’accompagnement ne prennent en compte qu’une population répertoriée, qui s’inscrit dans un cadre réglementaire.

Les entreprises sans bilans, les jobeurs et autres composantes de cette économie informelle sont totalement absents des dispositifs.

Solidarité Nationale à vitesse variable

Il reste que cette solidarité nationale est plus que sélective : quand l’état s’engage à recapitaliser les sociétés nationales comme AREVA à 4,5 Md€, il s’agit d’éviter une catastrophe nationale et de sauver l’emploi.

Quand sur Saint-Martin, des centaines d’entreprises vont au dépôt de bilan et que des milliers de chômeurs vont s’inscrire ou pas à Pôle Emploi, il s’agit d’un évènement mineur.

J’ai entendu depuis deux mois le grand refrain réglementaire, sur la nécessité de reconstruire différemment, en respectant le cadre… Car nous étions et nous sommes une île de contrebandiers… et que, désormais, il faudra se conformer à la loi. Il faudra produire bilans et études statistiques, produire des éléments chiffrés pour espérer un engagement de l’état.

Curieuse méthode qui ne s’applique guère dans d’autres cas, d’autres catastrophes ou évènements majeurs sur le territoire national.

Il convient de nous expliquer comment les multiples experts et autres messieurs qui sillonnent nos ruines depuis 2 mois n’ont-ils pas été en capacité de définir un cadre d’aide ou une enveloppe de reconstruction sur la base des rapports existants.

Ce qu’il nous faut est identifié

Les chiffres des besoins sont connus, pour la construction ou la reconstruction des bâtiments publics, l’AEP, l’assainissement, voire même la signalétique… Que faut-il d’autre ?

Quant aux entreprises, pourquoi ne pas créer un comité d’experts susceptibles de valider les besoins en reconstruction pour les différents secteurs  de l’économie si l’on considère que les éléments disponibles ne sont pas suffisants ?

Et nous restons immobiles, observateurs, en attente d’un éventuel secours.

La Collectivité et sa gouvernance ne peuvent et ne doivent se contenter du rythme que l’Etat impose. Elle doit être plus offensive et plus pragmatique. La reconstruction de Saint Martin n’est pas l’affaire de l’Etat, mais en premier lieu celle de la Collectivité.

Quant aux différentes associations locales, anciennes ou nouvelles, elles s’enferment dans le discours de la représentation, ce qui finit par décourager l’ensemble des socio-professionnels.

Territoire de faible inertie, le soutien immédiat est la bonne réponse

Alors comment coordonner l’aide, la prise en compte d’une population en état de choc, le soutien à l’économie ? Par un moyen simple : l’injection de flux financiers dans une économie îlienne où les temps de réaction sont courts, l’impact sur l’activité et l’emploi sont immédiats. Un apport en matière d’investissement aura des effets instantanés sur l’économie locale. Par rapport à ce principe et l’expérience antérieure sur les différents territoires domiens, la relance de l’économie locale s’organisera autour des prérogatives suivantes :

  • la coordination des ONG, Croix Rouge, Secours Populaire et autres, afin qu’elles interviennent sur des populations ciblées
  • le soutien et le financement des entreprises et associations d’insertion qui interviennent sur le nettoyage des quartiers, l’aide sur le logement des personnes âgées… Une dotation annuelle de 10 M€ permettant de créer 800 emplois, c’est peut être mieux que le chômage partiel ou le RSA !
  • l’affectation à la Collectivité d’une dotation de 100 M€ en subventions d’investissement, ce qui permettrait la réparation ou la construction de bâtiments publics, la rénovation des réseaux, avec une enveloppe d’urgence pour les bâtiments scolaires
  • la mobilisation des bailleurs sociaux afin qu’ils engagent immédiatement la remise en état de leurs parcs locatifs, ces sociétés disposent des ressources nécessaires.
  • l’injonction aux compagnies d’assurances d’accélérer les procédures d’indemnisation, de solder les dossiers dans un délai qui soit imposé.
  • l’élaboration d’un plan de reconstruction avec un positionnement des actions à six mois, à un an et sur la durée du mandat, avec un échéancier et la définition des ressources
  • la mise en oeuvre  d’un programme de construction de logements d’urgence pour répondre aux besoins des familles sinistrées et de celles qui ne manqueront pas d’être déplacées quand les contraintes d’urbanisme seront connues, les ressources sont partiellement disponibles.
  • la création d’un guichet unique pour l’accueil et l’examen de la situation des entreprises afin de définir les modalités d’aide ou de soutien

Ces propositions ne sont pas exhaustives, nous devons nous affranchir des longs discours sur les conditions de la reconstruction, du retour au cycle vertueux, etc…

Il faut agir pour que s’impose notre réalité, notre vérité, notre existence.

La communauté saint-martinoise est aussi respectable et responsable que n’importe quelle collectivité métropolitaine.

Rétablir la vérité aux yeux des parlementaires et de la presse

Et pour répondre à ces non dits, aux propos suspicieux sur l’incivilité, l’absence de régulation, je ferai établir un dossier destiné à l’ensemble des parlementaires, à l’ensemble de la presse nationale et internationale avec une présentation de Saint-Martin, par rapport à sa réalité, son histoire, par rapport aux responsabilités qu’il est indispensable de pointer aujourd’hui, à sa situation de concurrence dans son environnement caribéen.

J’organiserai ainsi un voyage de presse destiné aux journalistes nationaux et étrangers afin qu’ils puissent témoigner de la gestion du cyclone et de l’après cyclone en connaissance de cause.

Nous devons faire connaître notre vérité, la réalité sociale et économique de l’île.

Les éléments statistiques de la Guyane ne sont pas les déclencheurs du plan de rattrapage, ce déclencheur est malheureusement la confrontation sociale imposée par le peuple guyanais.

Réouvrez le dossier lié au transfert de charges !

Enfin, que cela plaise ou déplaise, et ces éléments sont confirmés par de nombreux rapports publics, le transfert des compétences s’est effectué au détriment de la Collectivité, avec une perte sèche évaluée à 80 M€ annuellement.

Ce dossier doit faire l’objet d’un nouvel examen dans le cadre de la reconstruction. Cette proposition s’inscrit dans un partenariat nouveau avec l’Etat.

Nous devons agir, pour que notre communauté et notre territoire connaissent un nouvel essor et soit reconnue non comme un territoire privilégié mais un territoire sinistré à reconstruire.

A Saint Barth, le dossier de la compensation n’a pas été rouvert mais la demande du Président Magras a été entendue puisque l’Assemblée nationale a voté, lors de l’examen du budget des collectivités, un soutien de près de 2,9 millions d’euros correspondant à l’exonération du paiement de la dotation globale de compensation (DGC) en 2018.

Rappelons qu’au terme des travaux de la commission paritaire missionnée pour évaluer les charges relatives au transfert de compétences sur St Barth, celle-ci avait conclu que la Collectivité de Saint-Barth était in fine…redevable à l’Etat.

Il en est de même pour la Collectivité de Saint-Martin dans une moindre mesure.

JPF

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