“Ce protocole d’investissement est signé pour une durée de trois ans. Les conditions de mise en œuvre relèvent des décisions d’un comité de suivi réunissant mensuellement le délégué interministériel pour la reconstruction de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, le préfet délégué pour Saint-Barthélemy et Saint-Martin, le président de la Collectivité, ainsi qu’un membre désigné par la CCISM représentant des professionnels concernés par la reconstruction.”

“Le rapport du délégué interministériel propose des préconisations concrètes visant à garantir une reconstruction réussie et durable sur les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy.” C’est en ces termes que débute la synthèse dudit rapport, attendu, très attendu… Comme toujours, il est nécessaire d’en porter une relative traduction pour que son contenu soit démocratique d’accès et que nous, résidents saint-martinois, ayons bien conscience de ce que le post-Irma signifie pour l’état, ce qui en terme de position ne colle que rarement avec ce que nous attendons, espérons, vivons…

“Ce protocole d’investissement est signé pour une durée de trois ans. Les conditions de mise en œuvre relèvent des décisions d’un comité de suivi réunissant mensuellement le délégué interministériel pour la reconstruction de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, le préfet délégué pour Saint-Barthélemy et Saint-Martin, le président de la Collectivité, ainsi qu’un membre désigné par la CCISM représentant des professionnels concernés par la reconstruction.”

Renforcer les moyens d’action de l’État sur place pour assurer un contrôle de légalité et des politiques publiques plus efficaces

“Pour que Saint-Martin soit fort, nous avons besoin d’un Etat fort et d’une Collectivité forte” Daniel Gibbs, Président de la Collectivité
Sur ce point, il sera compliqué de se poser en désaccord avec le Préfet puisque depuis l’évolution statutaire de 2007, toutes les gouvernances ont réclamé à corps et à cris que l’état renforce localement ses services et notamment ceux qui sont restés dramatiquement vissés en Guadeloupe. Par contre, si la liste de ces services qui trouveront comme point de chute Saint-Martin ne semble pas définitivement fixée, la priorité est donnée au renforcement des services en charge du Contrôle de Légalité… Certains y verront une volonté de “plus de contrôle” de nos décisions sur les domaines de notre compétence, d’autres eux y verront une volonté d’un “meilleur” contrôle pour des compétences mieux assumées.

Structurellement et au regard de l’état de la Préfecture et de la volonté de renforcement des effectifs et services, une “cité administrative’ devrait rapidement voir le jour et nous ne doutons quelle saura traduire architecturalement parlant à la fois l’âme d’Ali Tur et la volonté de l’Etat à intégrer les contraintes sismiques et cycloniques notamment, un modèle en la matière peut être. Et pour pallier la carence en ingénierie locale, une batterie de chefs de projets ou en tous cas un accompagnement sera aussi porté par l’état dans des “domaines déterminés” pour nous permettre de prétendre localement accéder à l’excellence dans cette longue reconstruction.

Gérer au mieux la période de transition post-crise en assurant une sécurité optimale et en soutenant les entreprises 

Clef du retour de la confiance des investisseurs, des entrepreneurs, des commerçants et de la population plus globalement quand on sait la criminalité avant Irma et la folie collective des “pillages” : la sécurité !

Qu’on se le dise, la nation a bien l’intention de maintenir le niveau sécuritaire qui est le nôtre actuellement même s’il n’y a pas encore d’échéance au terme de la présence de ces renforts nombreux.

Pour nos entreprises, les dispositifs existants pourraient encore subir quelques modifications avec une volonté de simplification et de pérennisation de l’existant, souhaitons que cela ne participe pas à épaissir la nébuleuse déjà existante et qui décourage bon nombre d’entrepreneurs. Parallèlement, sans que cela soit accompagné de mesures claires, l’Etat affiche bien la volonté de favoriser les entreprises locales durant cette phase de reconstruction.

Lancer une vraie réflexion sur le modèle économique des deux îles et soutenir un tourisme durable 

Puisqu’un rapport en chasse un autre, une mission d’audit de notre situation économique et sociale a été lancée et sera assurée par l’Inspection Générale des Finances (IGF) et l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS)… cet audit de l’État viendra grossir le rang des documents qui ont couché sur le papier ce que nous sommes, un peu comme si nous n’en savions rien, documents dont certains n’ont ici existé que le temps des visites des fonctionnaires qui en avaient la charge. Quoiqu’il en soit, le rendu de cet audit est attendu pour la fin mars avec un point intermédiaire en janvier.

Clairement, et même si cela ne ferme pas la porte à la présence de grands complexes de type resort, le rapport de la délégation préconise qu’un tourisme durable vienne appuyer ce qu’il reste de l’existant en mettant en valeur nos caractéristiques naturelles et en tirant vers le haut l’offre de façon à pouvoir accueillir un tourisme haut de gamme, garant d’une valeur ajoutée réelle et pas réellement concurrencé par le segment exploité par nos voisins du Sud. Les besoins des acteurs seront sondés, pour définir une véritable stratégie touristique à long terme. L’état compte aussi se pencher sur la question des locations non classées…

L’œil de Paris se portera enfin sur les accès aériens vers Saint-Martin avec la volonté de faire de l’île un hub fort à l’échelle de la Caraïbe.

Sur ce volet tourisme, l’histoire ne nous dit pas encore si la vision de l’Etat et celle de la gouvernance, qui a d’ailleurs compétence sur le sujet et dévoilé récemment sa stratégie touristique 2017-2020, sont parfaitement en phase… même si des points de convergence apparaissent clairement.

Rééquilibrer les relations entre les parties française et néerlandaise de Saint-Martin en relançant la coopération

“la COM tiendra son rang et jouera son rôle, avec un objectif phare : la création du United Congress pour une coopération optimale” Daniel Gibbs, Président de la Collectivité
On le sait, la coopération et les outils dédiés sont une véritable arlésienne qui trouve son point de départ en 1648. Deux territoires connexes, pas de réelle frontière, deux autonomies différentes, et deux mères patries qui n’ont pas forcément le même regard ou la même approche vis à vis de leur confettis respectifs. Toujours est-il qu’en la matière, le délégué interministériel à la reconstruction évoque une relance du Q4… un peu moins ambitieux que le G20, le Q4 a volonté de ramener autour d’une table commune Country Sint Maarten, la Collectivité, le Royaume de Hollande et la France, quatuor idéal pour porter haut la coopération, la lutte contre la corruption, la maîtrise des flux migratoires et voir naître enfin ces projets infrastructurels communs dont on nous parle tant depuis des années. Une vision qui diffère sans doute quelque peu du Saint-Martin United Congress porté par la gouvernance.

Lancer une politique de l’urbanisme responsable et contrôlée 

Le Rapport du Comité Interministériel n’aurait-il pas oublié de prendre un point en considération ? La Saison Cyclonique 2018 débutera dans… 6 MOIS !
L’urbanisme est naturellement un point central dans la reconstruction et “l’accompagnement” de l’état. Ainsi, découvre-t-on qu’un décret devrait être signé rapidement et border les dispositions pénales en matière de construction.

Encore une fois, dans ce domaine, les diagnostics vont aller bon train : diagnostic des aléas, diagnostic des dommages causés au bâti, diagnostic de l’impact sur les populations les plus défavorisées, diagnostic cartographique et topographique pour gérer raisonnablement les réseaux, et enfin, disposer d’un diagnostic des professionnels (architectes et ingénieurs) quant à la gestion de la crise. Autant de chantiers qui, même si Rome ne s’est pas faite en 1 jour, nécessiteront un temps évident, temps dont nous espérons tous, ici, pouvoir disposer avant la prochaine saison…

Plus pragmatiquement et pour que l’approximation ne soit pas de mise, la synthèse sur le plan de l’urbanisme annonce clairement :

“Fixer une doctrine pour une reconstruction préventive à partir de la carte des aléas mise à jour et du porter à connaissance qui l’accompagnera. Cette doctrine impliquerait notamment de :

– réviser les documents d’urbanisme locaux et prise en compte des nouvelles prescriptions (respect des normes et application du PPRN). Sur le plan de l’urbanisme se posera la question de l’urbanisation dans la zone côtière et de l’application stricte de la loi littorale, des nouvelles zones à urbaniser, et de la déconstruction à terme de certaines zones urbanisées 

– définir les conditions d’éventuelles reconstructions en terrains inondables

– réaliser un guide pratique et pédagogique pour la reconstruction 

– mettre en place une stratégie conjointe de lutte contre les implantations illégales et une police de l’urbanisme et de la construction”

Là encore, si nous ne disposions pas de l’ingénierie suffisante, l’Etat saurait y répondre.

Le dernier point ouvre la porte à l’international et au partage d’expériences et de compétences… pourquoi pas des architectes japonais pour nous enseigner l’art ancestral de la construction anti-sismique ?

Alors le Week’s, votre point de vue sur ce rapport ?

Nous nous contenterons cette semaine d’une réponse de normand, convaincus que, le sujet mûri, d’autres suivront.

Il est évident que le “Rapport Gustin” était particulièrement attendu, ne serait-ce que pour pouvoir le confronter aux deux rapports locaux en termes d’évaluation des dégâts et de coûts de reconstruction. Ce ne sera de fait pas possible puisque la version mise à disposition du public ne comporte aucun chiffre, même si l’on se doute que l’état a déjà évalué le coût du renforcement de ses services comme de celui de l’ingénierie qui nous serait concédée. Cependant, il apparaît évident que le protocole signé par le Président Gibbs ne l’a certainement pas été avec un quitus à 100%. Un retour en force de l’état ne saurait constituer un point porteur lorsqu’il s’agira de produire un bilan de mandature. On connaît suffisamment les habitudes du territoire pour savoir que la première réaction à ce rapport sera instinctive et pas forcément la plus médiatisée, elle concernera l’identité locale, le choix de l’autonomie, la peur d’une disparition d’une culture déjà battue en brèche sans oublier la crainte pour d’autres de perdre une certaine liberté frisant la permissivité, introuvable ailleurs…

Pour autant, ce rapport est plein d’un bon sens républicain, avec peut être l’écueil d’un calendrier opaque qui ne nous laisse d’autre choix que d’espérer que la saison cyclonique 2018 ne débutera pas trop tôt et qu’elle sera surtout très très calme… roulette russe.

IR


Le Rapport est ici…

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