C’est la question qui brûle les lèvres de tous ceux qui ont ici des attaches lorsqu’ils accueillent un proche de retour en métropole. Nous vous livrons ici un témoignage qui viendra nourrir le panel des visions post-irma ; chacun son expérience, chacun son histoire… cette diversité de moments, ayant pourtant la même origine, posée dans le creuset de notre conscience collective.

A peine revenu de ces deux semaines passées sur cette île qu’il faut répondre aux sollicitations familiales et amicales. Que dire que chacun ne sait déjà par les journaux télévisés ou la presse écrite ? 

Oui, cela a du être violent

Oui ! l’île est dévastée, beaucoup d’immeubles et de maisons particulières ont subi d’importants dégâts. Ici, des appartements sans toiture, là une école, une salle de sport, un restaurant inutilisables, plus loin un hôtel inondé aux chambres envahies par le sable.  Partout des poteaux électriques cassés, des voitures retournées, des arbres déracinés. Dans le port, des bateaux la quille en l’air, des conteneurs déplacés de plusieurs mètres comme des pièces de lego. Oui ! Irma était bien le plus violent ouragan qu’ait connu St Martin et le bilan est lourd. 

Des dommages transversaux, à tous les niveaux

D’abord, il y a ceux qui ont laissé leur vie. Onze personnes selon les autorités, beaucoup plus selon la rumeur. Et puis, il y a les dommages matériels. Bien sûr, comme dans l’histoire des trois petits cochons, si tout le monde a connu une nuit de terreur, au lever du jour tout le monde n’avait pas payé le même prix. Les plus vulnérables ont tout perdu, leur frêle habitation de planches et de tôles a été balayée et avec elle, le mobilier, la vaisselle, les vêtements. Les mieux lotis, le plus grand nombre, ont encore les murs de leur maison mais pour beaucoup le toit n’a pu résister à la violence des vents quand ce n’est pas  la vague provoquée par l’ouragan qui a inondé leur rez de chaussée. Seuls les plus chanceux, il y en a, n’ont à déplorer que des dégâts mineurs. 

Mais il y a l’invisible au premier regard. Il y a ce que l’on découvre en allant à la rencontre des habitants,  en les écoutant. Il y a le traumatisme de cette nuit d’épouvante au cours de laquelle beaucoup ont cru mourir.

Imaginez, ne serait-ce que quelques instants…

Imaginez des vents à plus de 350 km/h, la mer qui déferle avec des vagues de 5 mètres. Imaginez-vous enfermés durant des heures dans la salle de bain, la seule pièce sans grande ouverture sur l’extérieur, dans un grondement effroyable qui semble ne jamais devoir prendre fin ? Imaginez-vous le lendemain matin, le calme revenu, découvrant cette île meurtrie, ignorant ce qu’est devenu votre voisin, incapable de téléphoner, d’utiliser votre ordinateur, sans électricité, sans eau courante. Et dans les heures qui suivent, cette rumeur qui enfle, qui relate des faits de pillage, de groupes armés s’en prenant aux commerces et aux particuliers.

Deux mois après l’évènement, la population est encore traumatisée et Irma est toujours le sujet dominant des conversations.

Mais les choses bougent…

Pourtant durant ces deux mois, beaucoup de choses se sont passées. Les secours se sont organisés, d’abord localement autour des responsables de la collectivité et des associations, puis venus de Guadeloupe, de la Martinique et de la Métropole. De grands moyens ont été mobilisés pour soigner les blessés, venir en aide aux plus sinistrés, les approvisionner en vivre et en eau, pour bâcher les maisons, déblayer les routes mais aussi pour sécuriser les lieux et rétablir l’ordre républicain. Progressivement, la vie a repris son cours, l’électricité est revenue, puis l’eau courante, le téléphone. Les services publics, écoles, hôpital, postes….. ont été rétablis.

En attendant quoi ?

Aujourd’hui, du haut du pic Paradis, on découvre des dizaines de taches bleues, ce sont les bâches en plastique qui protègent les habitants sinistrés des pluies tropicales. Il s’agit bien sûr de solutions provisoires, trouvées dans l’urgence, en attendant… Mais en attendant quoi ? Là encore, les situations sont contrastées. Certains ont puisé dans leurs économies et attendent que l’entreprise intervienne, d’autres attendent l’expert de leur compagnie d’assurance, mais d’autres, sans économies et sans assurance, n’attendent rien et devront encore longtemps  se contenter de cette frêle protection.

Vers quel “demain” ?

Et pour tous la question se pose : de quoi sera fait demain ?
L’économie de St Martin repose essentiellement sur le tourisme et il faudra du temps avant que les gros porteurs et les navires de croisières ne déversent leur flot de voyageurs attirés par le soleil, la mer et le ti punch… Et pendant ce temps, combien de commerces auront fermé, combien d’hôtels, de restaurants, combien d’entreprises ? Mais combien auront surmonté cette épreuve ? Combien y auront vu une opportunité pour repenser leur activité, la moderniser, la diversifier ?
Combien sont déjà au travail, imaginant pour eux et pour leur île un avenir nouveau ?

L’humain mis à nu…

C’est que dans ce genre d’épreuve, les personnalités se révèlent, les caractères s’affirment. Certains, et pas toujours parmi les plus sinistrés, ont quitté l’île et ne reviendront peut-être jamais. D’autres, parce que c’était leur île, parce qu’ils pensaient que c’était leur devoir, sont restés. Ils sont restés en pensant d’abord à ceux qui avaient tout perdu, à ceux qui avaient besoin de leur aide, en se souvenant que St Martin avait donné la moitié de sa tunique à un pauvre. Ils sont restés parce qu’ils croient en l’avenir de leur île, parce qu’ils savent qu’il y a chez les St Martinois une capacité de résilience déjà maintes fois mise à l’épreuve. Ils sont restés parce que s’ils connaissent les inconvénients d’une vie insulaire sous les tropiques, ils en  connaissent aussi les incomparables atouts et de ce point de vue les Antilles ne sont pas en reste.

La vie continue, car il le faut !

Mais ils sont restés aussi parce qu’ils ont vu que, deux mois après Irma,  les résiniers  étaient verts et que les couples d’iguanes avaient confiance en l’avenir…

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