Des mois maintenant que s’enchaînent les expertises contradictoires tant dans le secteur public que privé. Des mois qu’un bras de fer s’opère entre l’Etat et la COM pour chiffrer nos dommages. Des mois qu’un autre s’installe entre les assurés, les experts d’assurances et les experts d’assurés…

Et l’homme pendant ce temps ?

J’aime la Corse quand elle est Corse, J’aime la Bretagne quand elle est Bretonne, J’aime l’Auvergne quand elle est Auvergnate, J’aime Saint-Martin quand elle est Saint-Martinoise… Pourtant, je ne suis ni Corse, ni Breton, ni Auvergnat, ni Saint-Martinois…
L’homme… un concept qui aujourd’hui semble complètement désuet puisqu’il n’est plus au centre de nos sociétés dites modernes dont le destin n’est plus piloté que par l’intérêt, la monnaie, le profit etc… Sans doute l’une des basiques raisons du désintérêt de celui-ci pour la chose publique d’ailleurs et qui se traduit vertement dans les urnes.

Il n’est à ce point plus le centre de nos sociétés que même ce qui est identifié comme néfaste à sa vie fait l’objet de prolongation de commercialisation sans autre raison que celle de la “profitation”. Des doutes ? Offrez-vous le luxe d’ouvrir les yeux sur le cas du Glyphosate, cas parmi d’autres mais qui occupe ou a occupé un peu de l’actualité nationale voire européenne.

Cet Homme là semble avoir été oublié des rapports qui n’ont eu d’autre motivation que de pouvoir poser un chiffre, celui du coût de la reconstruction ou du montant de vos dégâts qui sera pris en considération par votre assurance si vous faites partie de ceux qui ont la culture de l’assurance, et, soyez en certain, ce n’est pas le cas de tout le monde. Bref, la reconstruction ne concernera pas l’Homme, mais l’Etat et la Collectivité ainsi que la poignée de ceux qui gravitent à proximité.

La Famille…

Cette étrange valeur… pourtant le noyau familial constitue le socle aujourd’hui discret de l’élévation de nos sociétés. Naturellement, ce socle est déjà largement battu en brèche dans sa stabilité et depuis des décennies… le monde change ! Les couples se font et se défont aujourd’hui avec une facilité qui ne cesse de croître…

Mais pour nous, à Saint-Martin, cela a pris depuis le boom démographique une dimension autre puisqu’il nous faut composer avec cette “fierté” multiculturelle qui accorde au noyau familial des rôles et un poids aussi variés que l’est notre société.

Depuis Irma… les choses se sont encore largement compliquées et pour beaucoup de celles et ceux qui ont culturellement la famille vissée en haut de leur schéma de vie, il faut aujourd’hui faire face à l’éclatement de celle-ci… Si le chiffre des départs quasi immédiats annoncé a pu être de 7000 personnes, celui des retours est moins facile à évaluer tout comme celui des départs plus tardifs et qui risquent de se poursuivre faute de conditions de vies restaurées ou de confiance en une trajectoire qui pour le moment brille par son inexistence.

Mais ce qui est certain, c’est que beaucoup de noyaux familiaux ont explosé, sur la base du principe vieux comme le monde qui veut que la priorité soit donnée aux femmes et aux enfants. C’est ainsi que nombreux sont les foyers dispersés, les adultes seuls ou les couples ayant considéré que Saint-Martin ne réunit plus les conditions de vie suffisantes pour y voir s’épanouir leur marmaille.

Cet élément de société aura des conséquences réelles et il nous tarde déjà de disposer de données fiables quant à l’impact d’Irma sur la population, sur la démographie, sur la natalité, sur la pyramide des âges…

La culture…

Sujet scabreux s’il en est puisque par essence maintenant, Saint-Martin présente une culture multi-facette où certaines tendent à s’imposer et d’autres à s’effacer. De façon complètement arbitraire, nous avions envie de focaliser quelques minutes, le temps de la lecture de ces mots, sur la culture Saint-Martinoise… celle dont Daniella Jeffry nous disait encore récemment qu’il y a urgence à la “conceptualiser” pour éviter qu’elle ne s’éteigne bien malgré elle.

“Au moment où se déroulent les Assises des Outre-mer, le message de la Corse est une leçon à retenir.” Manuel Marchal, rédacteur pour le magazine “Témoignage” à la Réunion
Si l’on devait faire un parallèle avec l’actualité et en s’offrant une courte digression, on ne peut éviter celui de la victoire des nationalistes Corses. Les listes de Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni sont ressorties largement victorieuses à l’issue du premier tour des élections territoriales de Corse, dimanche 3 décembre, une grande victoire pour les nationalistes ternie par une abstention de près de 50% et qui permet aujourd’hui à la Corse de réclamer sa part d’autonomie à horizon 2020. Cela ne vous rappelle rien ?

Pour nous, qui avons maintenant sur le choix du 74 près de 15 ans de recul, nous ne pouvons que souhaiter aux Corses de le rester, de parvenir à ce que ce scrutin du week end devienne l’affirmation d’une identité sans avoir à vivre les débordements identitaires pervers qui brident le dialogue entre ceux qui n’ont pas la même identité.

Toujours est-il que localement, après une évolution statutaire qui n’a pas été bénéfique au territoire et à son identité, après le traumatisme profond et qui va perdurer du désastre climatique, le moment de la reconstruction a su réveiller chez certains l’envie de voir une identité préservée, d’espérer même la voire reconnue dans les rapports nationaux à moins que ce ne soit la peur de vivre le dernier soupir d’un mode de vie…

Mais la culture est complètement absente des rapports du moment qui, dans le mot “reconstruction”, n’intègrent ni les hommes dans leur diversité, ni la culture dans ce qu’elle porte encore d’identitaire. Pire… le retour en force de l’État et la volonté de ne pas permettre ou réitérer les erreurs du passé peuvent être aujourd’hui vécus par cette minorité trop silencieuse comme une menace supplémentaire. Cette minorité aujourd’hui, qui portait l’unité du territoire hier, pense que Saint-martin ne peut être Saint-Martin sans que l’identité de ceux qui au fil des siècles en ont façonné les us et coutumes persiste …

“Tu es toi et je suis moi. Accepte-moi tel que je suis. Ne cherche pas à dénaturer mon identité et ma civilisation.” Aimé Césaire, Un volcan nommé poésie

La Saint-Martinitude avait déjà pris un sérieux plomb dans l’aile lorsque le cadre républicain avait dû et su s’imposer pour répondre notamment au peuplement soudain de l’île de Saint-Martin, peuplement tel que le “Welcome” a glissé rapidement vers le “Go home”, ce cadre qui ne sait faire de l’espace à ce que fût Saint-Martin et sa population avant les années 80, au point de provoquer la naissance de mouvements “autonomistes” voire “nationalistes”.

Un outil extraordinaire, durable et unique du développement individuel et économique

On se prend effectivement à rêver du retour d’un Musée patrimonial & historique, d’un Museum d’Histoire Naturelle, d’autres lieux publics où l’art pourrait trouver place puisque Saint-Martin brille d’artistes locaux ou d’adoption… Un panel de lieux qui offrirait des moments culturels à nos enfants (puisqu’en termes d’infrastructures sportives, les gouvernances successives ont su se donner les moyens) et viendrait surtout élargir l’offre touristique quelque peu aseptisée… une offre qui répondrait à l’interrogation du Préfet Gustin : “Qu’est ce qui fera demain que l’on chosira la destination Saint-Martin plutôt qu’une autre ?” Car de toute évidence, le concept “big resort all inclusive” n’a rien d’original à l’échelle de l’arc antillais, pas plus que le “all AirBnB”… Par contre, faire briller cette identité qui revêt de multiples facettes est une garantie d’originalité et puisque nous sommes sur l’ouverture, pourquoi ne pas étendre les pôles d’attraction à ces cultures qui aujourd’hui composent la diversité locale ? On se souvient de la petite échoppe, Kaly Boutik, qui avait mis à l’honneur l’art haïtien rue de Hollande et que les passants fréquentaient autant pour le plaisir des yeux et de l’ambiance que pour y acheter une toile …


En terme d’intérêt… les artistes locaux sont les grands oubliés de l’évolution statutaire…

En effet, là où le statut de commune de Guadeloupe leur permettait d’exister administrativement par le biais de l’Agessa (Association pour la gestion de la sécurité sociale des auteurs) ou la Maison des artistes (MDA) qui vérifie les conditions d’affiliation à la sécurité sociale et assure le recouvrement des cotisations, notre évolution statutaire ne leur permet plus cette reconnaissance par l’un des deux organismes… et donc nos artistes locaux, qui relèvent du régime des artistes auteurs, rattachés au régime général de la sécurité sociale ne sont plus à même d’effectuer leur démarches administratives ou de s’affilier depuis notre évolution statutaire… sauf erreur, l’artiste saint-martinois, s’il veut avoir accès aux prestations de la sécurité sociale n’a qu’à trouver un autre biais que celui de son activité.


Pour reprendre encore l’idée du haut fonctionnaire en charge de notre reconstruction, il est temps pour la strate décisionnaire locale de cesser de considérer le territoire comme une petite commune de Guadeloupe, de s’émanciper et de considérer par là la culture comme plus vaste que l’organisation de la fête du poisson ou des fêtes de quartier (même si elles sont culturellement nécessaires).

La richesse culturelle à Saint-Martin permet largement de penser à une offre touristique qui s’appuierait sur elle pour peu que l’on lui consacre quelques subsides et un peu d’intérêt.

Si la France est une et indivisible, si le droit à l’autodétermination est une réalité, si les gouvernements successifs ont su affirmer leur fierté que de voir la nation briller sur tous les continents de feux différents… la culture et l’identité saint-martinoise auraient pu trouver un espace dans cet effort de reconstruction.


Horace Whit, les Grass Roots & le St Martin’s Week

Loin de nous l’idée ici de faire la promotion de quoi que ce soit ou de nous “mêler” de ce qui nous regarde pas mais il est grand temps en cette période de “page blanche” que certains tabous tombent. Notre relation avec les Grass Roots en tant que journal “métro” (ce que nous nous défendons de vouloir être d’ailleurs…) avait mal débuté puisqu’arbitrairement, nos positions ne pouvaient qu’être drastiquement différentes, le dialogue et l’écoute impossibles.

Pourtant… il aura suffi d’une rencontre avec Horace Whit à la faveur des élections de mars 2017 pour que la volonté de se comprendre prenne le dessus sur le réactionnel, le communautarisme, l’identitaire, etc… La culture ne survit que si l’on parvient à la faire partager, comprendre… cela nourrit plus largement encore l’envie de la préserver, qu’elle soit ancrée en nous ou une belle découverte.


La naïveté a été d’y croire, la réalité ne laisse que peu d’espace aux naïfs

Au lieu de cela, la sensation que laissent nos 15 dernières années, est qu’au titre du 74, la nation a réalisé de belles économies sur le dos d’un territoire qui en avait choisi le principe pour pouvoir mieux exister au sein de la République, sans prendre la mesure que les protocoles ne servent in fine que celui qui a le plus gros stylo et surtout sans penser qu’un jour, faute d’avoir su user avec brio des outils concédés, l’Etat laisserait planer le doute de la confiscation de ceux-ci.

La reconstruction ne reposera vraisemblablement ni sur l’homme, ni sur la famille, ni sur la culture mais bien évidemment sur ce qui fait tourner le monde et ceux qui y président, l’appât du gain.

IR

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