Johnny Hallyday sera inhumé lundi en fin de matinée à St Barth, au cimetière de Lorient…

Dans les jours et les semaines qui vont suivre, nous allons être abreuvés de chiffres plus astronomiques les uns que les autres à propos du roi Johnny  Hallyday, accompagnés d’hommages en tout genre et de rétrospectives présentées par ceux qui l’ont côtoyé et qui soudain vont s’autoproclamer “meilleur ami” de la star sans aucun complexe. Alors à quoi bon rappeler les millions de disques vendus, le millier de chansons enregistrées et le nombre incalculable de tournées marathons auxquelles ont assisté des  spectateurs en si grand nombre que cela serait proche de la moitié de la population française dit-on ?

L’instinct du rock

Qu’on le veuille ou non, depuis bientôt 60 ans, Johnny fait partie du paysage musical français (certains parleront même de patrimoine) et même les plus rébarbatifs à son art sont bien obligés d’admettre qu’un jour ou l’autre, ils ont fredonné un de ses titres tellement ceux-ci sont devenus des classiques intemporels. Chacun d’entre nous s’est forgé sa propre image de lui, et plusieurs générations l’ont vénéré sans modération, lui pardonnant toujours ses faux pas.

D’ailleurs, c’est en général ce qui ressort le plus souvent lorsque l’on parle de lui : “Johnny Hallyday a mangé un peu à tous les râteliers, n’hésitant pas à se compromettre dans des genres musicaux bien éloignés du rock de ses débuts”. Et bien pas tant que ça finalement : à part le twist dont il avouait encore dernièrement que c’était un mauvais choix, Johnny n’aura jamais cédé à la tentation du disco, ni même du hard rock malgré quelques sonorités proches dans les 70’s et encore moins des synthétiseurs à outrance pour se maintenir à flots car finalement c’est son instinct qui l’a guidé tout au long de sa vie.

Au bon endroit au bon moment

En effet, nous avons tous vu au moins une fois sa première apparition à la télévision en chemise lamée avec une guitare de piètre qualité et Line Renaud comme marraine qui ne cessera de répéter bien des années plus tard qu’il est devenu une vedette grâce à elle (désolé Line, mais tout laisse à croire qu’il y serait parvenu de toute façon). Tout comme Elvis Presley aux USA et les Beatles en Angleterre quelques années plus tard, on peut dire que Johnny est arrivé au bon endroit au bon moment et son ascension fulgurante s’est faite sans aucun plan de carrière. C’est l’époque qui voulait ca au détriment parfois d’une image de marque peu flatteuse notamment à cause de ce premier festival de rock en 1961 où le public de blousons noirs met à sac le palais des sports de Paris et gravant à jamais l’image classique : rock = violence.  C’est d’ailleurs un truc qui va longtemps lui coller à la peau en opposition aux artistes rive gauche (les bobos d’alors) d’autant plus que quelques années plus tard, le mouvement hippie va déferler sur toute la planète reléguant à jamais les rockers au rayons des ringards.

Son job, c’est chanteur interprète

Mais Johnny, il s’en fout de tout ça, il mène sa carrière comme bon lui semble avec une certaine dose d’impertinence et de provocation contrôlée chanter “souvenirs souvenirs” alors qu’il a à peine 18 ans, il fallait pas manquer de culot !) et dès le départ, les plus grands artistes ne s’y sont pas trompés comme Charles Aznavour qui lui écrira son premier vrai hit “Retiens la nuit”. Par la suite, il s’offrira les services des plus grandes plumes car il ne compose pas ou très peu et n’écrit pas non plus. Lui, son job c’est chanteur interprète et tout le monde s’accorde à dire que pour ce qui concerne l’interprétation, on n’a pas fait mieux depuis. S’appropriant tour à tour les plus grands morceaux de Chuck Berry, de Bob Seger, de Creedence ou encore de Stevie Wonder, il les transcende littéralement pour en faire des rocks français comme lui seul en a le secret.

Bête de Scène

Mais l’essence même de Johnny Hallyday, c’est la scène où très tôt, il saura s’entourer des meilleurs musiciens,  exigeant d’eux un jeu irréprochable (durant certaines répétitions, une fausse note récurrente était égale à un poing dans la gueule, dit-on). Des spectacles toujours plus grands, toujours plus impressionnants feront grandir la rumeur selon laquelle les ventes de billets du dernier ne servent qu’à rembourser le précédent. Il y a sûrement du vrai là dedans car Johnny est généreux, il veut toujours en offrir davantage à son public, comme ce soir de concert dans les 70’s où à cause d’une commission de sécurité trop pointilleuse, la salle est à moitié vide et les recettes loin de couvrir l’intégralité du cachet de l’artiste. Peu importe, il jouera quoiqu’il advienne…

Généreux et honnête aussi: lors des shows grandioses qu’il donne dans les plus grandes enceintes sportives pendant les années 90, on l’accuse de jouer de la guitare en play-back et de ne se souvenir des paroles de ses chansons que grâce au prompteur ; ni une ni deux : dès le lendemain il interprète un titre seul à la guitare et sans aucun pense bête.

Beaucoup de ses fans sont de la 2ème ou 3ème génération et ne le connaissent que grâce aux albums qu’il a réalisés avec Michel Berger, JJ Goldman ou son fils David où l’excellence côtoie la perfection. Jamais décalés, toujours dans l’air du temps avec cette inimitable griffe Hallyday, reconnaissable parmi toutes. La totalité des pages de ce journal ne suffirait pas à traiter le sujet. Aujourd’hui, la France pleure son icône. A St Barth, la tristesse a envahi l’île et Saint Martin regrette déjà ce voisin discret qui appréciait particulièrement l’ilet Pinel.

Nous aurions pu parler de ses nombreuses conquêtes féminines tout comme nous aurions pu nous attarder sur sa vie familiale parfois chaotique, mais quel intérêt ? Il aurait été facile d’égrener ses titres les plus célèbres en donnant un avis éclairé sur chacun d’entre eux, mais à quoi bon ? Johnny Hallyday n’est plus… Dommage, on s’était habitué à sa présence….

“A force de briser dans mes mains des guitares, sur des scènes violentes sous des lumières bizarres. J’ai oublié de vivre, j’ai oublié de vivre”.

T’inquiète Johnny, vu d’ici, nous avons franchement l’impression que tu n’as négligé aucun détail. Merci pour tout !

JMC 

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