Au lendemain d’Irma, nombreux étaient ceux qui se sont pris à rêver de transformer l’horreur du moment en opportunité unique d’une reconstruction d’une société “idéale”. Idéale en termes d’infrastructures d’abord, de résilience, d’adaptation à notre environnement qui, et il faudrait aujourd’hui être sot pour le taire, se durcit. L’idéal social lui est bien plus utopique puisqu’il faudrait que le communautarisme se taise au profit d’un vivre ensemble, d’un réfléchir ensemble, d’une envie commune d’un vivre mieux les uns avec les autres dans le respect des règles de la République amendées par nos décisions locales… là où nous sommes compétents.

Du rêve à la réalité

On en a rêvé mais trois mois et demi plus tard, force est de constater que la société se reconstruit spontanément, sans axe global, par nécessité avant tout puisque les grands plans des grands penseurs ont un problème majeur : ils ne sont pas pensés en termes de temps à l’échelle humaine, ils nécessitent si l’on en croit le Préfet Gustin des “arrêts sur image”. Et bien ces arrêts sur images, les habitants en mal de logement, les commerçants en mal de réouverture, les élèves en mal d’école n’en ont pas le temps.

Alors, on reconstruit… hors tout, hors autorisations, hors règles et respect des normes… les murs flambant neufs de parpaings ou de béton fleurissent et certains ne sont pas érigés pour faire face à l’urgence mais bien par opportunisme. La réponse de l’Etat sur le sujet est simple : que la Collectivité se dote d’un service de Police de l’Urbanisme, eux se chargeront de la Police de l’Environnement …aussi simple que cela… 4 personnes tentent ainsi de faire face à cette urbanisation non contrôlée qui reprend un fil qui nous a pourtant mené à la catastrophe. 4 personnes qui dressent des procès verbaux lorsqu’ils osent aller se confronter aux contrevenants… mais, que vaut un procès verbal face au béton ? Il ne tombera pas à coup de procès verbaux. Un cran supplémentaire est nécessaire, celui de la justice qui impose la déconstruction de ce qui n’aurait jamais dû être construit.

Quoiqu’il en soit, rien ne semble vouloir donner corps à une volonté locale ou nationale dirigée en ce sens, partagée de plus par une part massive de la population qui a su intégrer les contraintes environnementales et de développement durable qui s’imposent.

Ces rêves des premières semaines laissent finalement place à cette étouffante obligation de gestion des affaires courantes même si actuellement, cette bureaucratie et technocratie d’ordinaire routinières laissent place à une obligation de créativité…

Pour autant, la lourdeur des process, l’inadéquation entre l’hexagone national et le triangulaire de notre territoire, l’écrasante suprématie de l’administration et son inertie semblent avoir su s’imposer une nouvelle fois et il n’y aura pas de grande reconstruction exemplaire, en tous cas pas à échéance supportable pour une bonne part des résidents et pas dans le respect de nos spécificités puisqu’il est plus facile de les nier que de les intégrer.

De quoi clouer le bec des climato-sceptiques

Alors, on va prendre un peu d’espace en ces colonnes pour rappeler ce qu’est la réalité de la catastrophe naturelle et cette réalité évolue, vite, très vite et sera encore plus insoutenable demain.

Les pertes économiques mondiales liées aux catastrophes naturelles et liées à l’activité humaine se sont fixées en 2017 à 306 mrd USD contre 188 mrd l’année dernière. Cela représente une envolée de l’ordre de 62% sur un an, selon les estimations publiées mercredi par Swiss Re, dans son étude Sigma. Mais l’on pourra toujours se réjouir du fait qu’en termes de bilans humain, 2017 affiche une certaine stabilité vis à vis de 2016 avec 11000 décès.

La part assurée de ces dommages atteindra le chiffre record de 136 mrd USD. Le deuxième trimestre de l’année 2017 a affolé les compteurs avec les passages de Harvey, Irma et Maria sur les Caraïbes et aux Etats Unis, une saison ultra-coûteuse, la plus coûteuse depuis 2005… en attendant la suivante.

Voilà donc sur la base d’une poignée de chiffres extraits de cette étude SIGMA la réalité sonnante et trébuchante du réchauffement et des dérèglements climatiques.

Alors… et maintenant ?

Ne pas savoir s’y adapter à l’échelle nationale comme à l’échelle locale, ne pas avoir cet état de fait comme premier élément de toute réflexion est d’une rare irresponsabilité, de celles qui nous amèneront dans un futur jamais assez lointain à faire le bilan des pertes humaines et des nouveaux dégâts, panel bien plus coûteux financièrement, juridiquement et politiquement que de se fendre des investissements adéquats maintenant.

Si personne ne peut présumer de ce que sera la saison cyclonique 2018, de la suivante, ou de celle d’après encore, le fait est que Saint-Martin a l’obligation de s’y préparer tout en acceptant un acte de contrition forcément court et certainement violent en terme de prise de décisions pour ce qui relève des manquements du passé ;
de ceux qui ont permis une explosion démographique sans précédent à l’échelle nationale, explosion nourrie par la perméabilité des frontières, le besoin de main d’œuvre, un système social appétent, la misère périphérique… et tout cela pour développer un modèle économique local qui, s’il a su enrichir une part certaine et transversale de la population, a aussi su sédentariser une autre part qui elle n’a pas vécu l’enrichissement tout en détruisant le lien social qui était si fort avant, garant d’une identité.

Soyons raisonnables, soyons responsables

Construire une société qui répondrait à ces éléments climatiques ou historiques imposerait avant tout un panel de décisions politiques incompatibles avec ce qu’est la nécessité de gestion des carrières politiques, le hiatus classique entre “La Politique” et “l’Homme Politique” : peut-on raisonnablement espérer de nos élus, qui n’ont d’autre activité que celle de l’être, d’assumer des décisions pourtant nécessaires si elles sont par ailleurs l’arrêt de mort d’une carrière bien lancée ?

Prendre certaines décisions ou se les voir imposer d’en haut supposerait localement de faire face à des problèmes majeurs :

– En premier lieu, où reloger ceux qui résident dans des logements construits illégalement ou non conformes aux normes anti-cycloniques ou parasismiques ?

– En second lieu, puisque l’on ne peut éradiquer l’économie informelle juste en la niant tout comme on ne peut nier que c’est elle qui, puisque non contrainte, a su se relever le plus rapidement, quels jobs “officiels” fournir demain à cette part de la population qui n’en aura plus ?

Nous n’évoquerons que ces deux là… à elles seules ces deux questions affirment que nous pouvons cesser de rêver, nous ne serons pas mieux préparés au prochain cyclone, séisme ou tsunami.

A moins que…

A moins que l’on ne nous gratifie d’une coûteuse visite ministérielle supplémentaire mais accompagnée d’un panel de mesures structurelles rééllement fortes.  Pourquoi pas Monsieur Environnement, l’autre multimillionnaire du gouvernement, qui, s’il jouit d’un capital sympathie évident, peine à justifier son Green et Historique Engagement tant sa déclaration de patrimoine le peint plus comme un accroc aux véhicules de grosses cylindrées et autres bricoles à grosse empreinte carbone…

IR

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire