Vous nous excuserez ce piètre jeu de mots qui masque un moment historique dans l’histoire de l’eau à Saint-Martin, celui du changement de délégataire de ce service public puisque la SAUR vient se substituer à la Générale des Eaux pour ce qui concerne l’adduction d’eau et l’assainissement et à l’UCDEM pour ce qui relève de la production.

C’est une success story qu’il s’agit de ne pas bouder dans un contexte général plutôt ultra-tendu.

Un seul acteur et des reins solides

Un seul acteur donc pour tout ce qui concerne la problématique et les enjeux de l’eau à Saint-Martin, fruit de longues négociations avec les “sortants” et avec “l’entrant” avec la volonté à la fois de réduire le prix de l’eau, d’en améliorer la qualité et d’accroître la performance des services.

Certains y verront un risque, celui qui consiste à mettre tous ses œufs dans le même panier, mais pragmatiquement, ce choix du délégataire unique s’appuie sur des arguments forts : permettre à ce dernier de bénéficier de la rentabilité du seul secteur qui puisse l’être, la production, de façon à lisser le coût de l’adduction et de l’assainissement, et disposer à Saint-Martin de la compétence d’un groupe suffisamment puissant et implanté aux antilles comme en métropole pour pouvoir bénéficier de bases arrière solides en cas de soucis climatiques et de soutien technique, logistique, technologiques, humains voire même financiers.

“La SAUR ne fait que de la DSP et est implantée dans tous les territoires d’outremer. (…) Président Gibbs, sachez que vous avez toute la SAUR derrière vous pour la réussite de ce projet. Nous sommes à la fois très confiants et très engagés” annonce Louis Roch Burgard, énarque et Président exécutif du groupe SAUR.

Petit coup de pouce au pouvoir d’achat…

Pour le consommateur lambda, en premier lieu, c’est une très bonne nouvelle puisque la facture va vivre une vraie révolution dans un monde où tout augmente : -13% environ !
Ça, c’est du pouvoir d’achat en plus.

Pour les pros, les gros consommateurs, la nouvelle est encore meilleure puisque la facture sera elle allégée de 30 % ! Un argument de choc pour voir les établissements hôteliers qui avaient fait le choix de l’autonomie en eau au travers de stations de production privées revenir sur le réseau de service public.

En termes pratiques, l’agence de la SAUR se situe au même endroit que l’historique agence de la GDE, les horaires d’ouverture sont inchangés, le personnel reste le même. Petite cerise sur le gâteau, le prix de l’abonnement annuel au service d’adduction d’eau est diminué de moitié, passant de 65 à 32€ par an et le service d’assainissement collectif qui concerne 11000 des 15000 abonnés (les autres relevant de l’assainissement non collectif) passe lui de 80 à 64 €.

Des investissements fléchés, des financements identifiés

C’est naturellement le début d’une nouvelle “aventure” pour le service public de l’eau à Saint-Martin, qui, s’il n’est pas dans la dramatique situation guadeloupéenne doit néanmoins faire face à de vrais défis : la poursuite de la rénovation des réseaux d’adduction et d’eaux usées, le développement des unités de traitement, et autres investissements à la charge de l’EEASM.

“Nous disposons d’un nouveau schéma directeur de l’eau et de l’assainissement depuis Irma qui a imposé un diagnostic très précis. Nous avons encore besoin d’améliorer les plans de recollement des réseaux qui représentent 160 km de canalisation hors raccordement compteurs, 200 km en intégrant ces branchements. Depuis 8 ans, 45 km ont déjà été remis à neuf. Les besoins en investissement sont identifiés tout comme les sources de financement au travers du Plan Progrès, du FEDER et autres. 9 M€ sont déjà engagés sur les trois ans à venir avec un effort de la collectivité à hauteur de 50%.” affirme Patrick Lentz, Directeur de l’EEASM.

Savoir accueillir la nouvelle quand elle est bonne !

Le Président Gibbs ne boudait pas son plaisir durant cette conférence de presse, n’oubliant pas de remercier la GDE et Monsieur Frérot directeur général de Veolia ainsi que Yawo Nyuiadzi et Marie Dominique Ramphort pour leur implication dans les négociations. “Monsieur le Président, vous êtes représentés par un exécutif exigeant !” lançait d’ailleurs à ce sujet et avec humour Louis Roch Burgard.

Enfin, le Président Gibbs a su reconnaître le travail accompli par Dominique Riboud, membre de la majorité et Président de l’EEASM en le gratifiant d’un “Job Well Done Président Riboud !”. Ce dernier, courageusement présent malgré de sévères problèmes de santé et particulièrement ému de voir cette aboutissement livrait ces quelques mots : “Je vois ici la concrétisation d’une promesse que j’avais faite, qui m’avait valu des critiques virulentes par voie de presse. Beaucoup n’y croyaient pas, je suis heureux que nous y soyons parvenus et que le prix de l’eau soit aujourd’hui plus accessible aux saint-martinois qu’hier.”

Un enjeu stratégique, les réseaux privés

Le rendement du réseau d’adduction d’eau est actuellement d’environ 60%, ce qui signifie pragmatiquement que 40% de l’eau produite se perd dans la nature.

Yawo Nyuiadzi pose le cadre de cette problématique :“Les réseaux privés nous posent problème, l’obligation n’est pas toujours respectée mais nous travaillons à des solutions.”

Sur le sujet, il existe une vraie volonté de la part des gestionnaires d’ASL, de l’EEASM et de la SAUR nouveau délégataire de sortir de l’impasse qui existait avec la GDE pour que les fuites soient résorbées au bénéfice du prix de l’eau qui malheureusement pour le consommateur final est lui calculé sur le volume produit !

Second enjeu : le recouvrement !

Autre point noir du long process lié à l’eau : le recouvrement des factures émises. Si les chiffres étaient historiquement globalement bons à Saint-Martin, le défaut de facturation qui a perduré pendant une période trop longue a créé un précédent chez le consommateur. Aujourd’hui, les impayés représentent 20 % des factures émises.

Deux axes forts de travail donc : fuites d’eau et impayés qui représentent l’essentiel de la marge de manœuvre de la SAUR pour magnifier cette DSP multiservices au bénéfice de sa rentabilité pour le délégataire mais aussi du prix et de la qualité de l’eau pour le consommateur !

Igor REMBOTTE

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