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Dans le fil des informations publiées, il y a deux semaines, il m’a paru nécessaire et salutaire de poursuivre et d’illustrer l’analyse et les causes de la dérive de certaines opérations de reconstruction.

Il me paraît plus que jamais nécessaire de porter à la connaissance de la population les mécanismes, la stratégie, les méthodes qui s’inscrivent dans une logique de profit  au détriment du territoire, des copropriétaires, et surtout au détriment du tissu économique local, des entreprises locales qui contribuent au développement de la vie économique, à l’emploi… et qui auraient dû être soutenues dans cette période.

L’arrivée des prédateurs investisseurs,  leurs méthodes ont fortement changé le cadre de la reconstruction avec un seul objectif, faire main basse sur les marchés de travaux, en dehors de toute règle, réalité locale et sans vision de l’avenir.

Un seul objectif : des bénéfices rapides et conséquents

Le dispositif qui prévaut dans ce schéma est simple, efficace, pyramidal et se décline de la manière suivante :

  • La société OMNIGATE INTERNATIONAL LTD domiciliée aux Iles Turques et Caïques  rachète les parts de la Société DELDEVERT à l’euro symbolique, soit 80% de ladite société…
  • Le 18 avril 2018, OMNIGATE INTERNATIONAL LTD crèe une EURL OMNIGATE INTERNATIONAL dont le siège est à Hameau du Pont, à SAINT MARTIN et dont le dirigeant est Monsieur Mario DI PALMA qui réside officiellement à la Havane, CUBA… Cette société a pour objet le support administratif, financier et la mise à disposition de moyens logistiques aux autres filiales du groupe.
  • En mai 2018, la société saint-martinoise BETON WORKS devient OMNIGATE CONSTRUCTION
  • En aout 2018 est créée une SARL OMNIGATE DISTRIBUTION.
  • En octobre 2018, la société OMNIGATE  DISTRIBUTION devient TCM, signifiant   Tropical Construction Materials.

Il apparaît, à travers ces différentes cessions, créations ou transformations de sociétés, que l’actionnariat reste le même et que les sociétés créées, notamment en logistique ne sont que des intermédiaires  dans la fourniture de services ou de matériaux, de matériels pour les sociétés du groupe…

Notons aussi que le rachat des actions s’effectue à l’euro symbolique. Certes, l’entreprise DELDEVERT se trouvait en redressement judiciaire mais cela ne justifie pas cette “faible” valorisation officielle. L’explication est différente : l’acheteur leur promet  à travers les marchés qu’il va réaliser une valorisation rapide, pour les actions restantes et des dividendes à court terme.


Petite chronologie illustrée…

A propos de Yann Carel, extrait de “LA PRESSE MONTRÉAL” SAMEDI 10 AVRIL 2010

30 Mai 2013 : mise en redressement judiciaire du Groupe Deldevert

13 février 2014 : Plan de continuation et de redressement du Groupe Deldevert

17 Novembre 2017 : la société BetonWork devient Omnigate Construction

16 décembre 2017 : Omnigate International LTD entre au capital du Groupe Deldevert à concurrence de 100 parts sur les 125 qui constituent la société

18 Janvier 2018 : Guy DELDEVERT quitte la gérance du groupe éponyme au profit d’Alexandre Koenig

18 avril 2018 : création de l’EURL Omnigate International à Saint-Martin par la société Omnigate International Inc. sise à Montréal et dirigée par Mario Di Palma

12 Juin 2018 : Création de la SAS Deldevert Construction présidée par Guy Deldevert, présidence transférée à Yann Carel le 26 février 2019

18 juin 2018 : Yann Carel entre au capital de la société Omnigate Construction à concurrence de 1350 parts des 1500 qui constituent la société saint-martinoise

17 août 2018 : création de la SARL Omnigate Distribution, Yann Carel est nommé gérant

05 octobre 2018 : Omnigate Distribution devient Tropical Construction Materials

Cette petite chronologie n’intègre pas le suivi des entreprises créées autour de problématiques liées à Anse Marcel ou à Saint-Barthélemy et leur éventuelle prise de participation dans des entreprises locales…


Il reste à maîtriser et à obtenir les marchés…

Qu`y a-t-il de plus simple pour obtenir les marchés ? Il suffit de se porter acquéreur potentiel, des agences immobilières qui assurent la mission de syndic, dont une des plus importantes, SPRIMBARTH. 

Les négociations traînent, l’achat ne se fait finalement pas malgré des engagements fermes, mais qu’importe, dans intervalle l’investisseur canadien  a su imposer le recrutement en qualité de directrice de l’agence, une responsable de son groupe, une proche, une fidèle.

Il et elle ont alors accès à l’ensemble des dossiers traités par l’agence,  connaissent le montant de l’indemnisation pour chaque opération. Les consultations d’entreprise sont organisées par le syndic et sont totalement transparentes pour les sociétés qu’il maîtrise.

Tous les documents, offres des entreprises, courriers, mails, tableaux de comparaison sont immédiatement transmis aux entreprises DELDEVERT et OMNIGATE…

Malgré les observations, voire courriers des professionnels qui interpellent le syndic ou l’entreprise en soulignant les éléments suivants :

  • les prix de l’entreprise DELDEVERT sont totalement hors marché sur la charpente/couverture, par exemple, que les entreprises refusent toute négociation sur les prix et les quantitatifs ! etc…
  • mieux, l’entreprise impose le versement d’une avance de 50% sans le visa de la maîtrise d’œuvre et sans caution, ce qui ne se pratique jamais dans le monde de la construction.

Amorcer la pompe…

Cette pratique ne s’applique pas sur un seul marché. Je peux citer plusieurs opérations qui ont été attribuées selon le même  dispositif et aux mêmes conditions financières. En outre, la rédaction des marchés reste très succincte.

Les contrats portant sur des sommes de 2 à 3 millions d’euros, sont établis sur un document de 4 pages où sont développées les obligations du maître d’ouvrage, sans référence aux documents légaux des marchés privés,  cahier des clauses administratives générales (CCAG AFNOR NF P 03-001) par exemple, et en écartant le cahier des charges établi par la maîtrise d’œuvre…   

Les chantiers en cause démarrent généralement avec beaucoup de retard mais pas les situations de travaux, si elles sont acceptées au début par le maître d’œuvre, à partir d’un certain degré de réalisation, elles sont notifiées ou rejetées  ensuite par le maître d’œuvre… et pour cause !

A souligner qu’entre l’avance de démarrage et les situations à régler, la situation de trésorerie de l’opération devient très tendue car l’indemnisation de l’assurance se décompose en deux temps :

  • une part versée immédiatement représentant habituellement 70% du montant accordé par l’assurance
  • une part différée qui sera liquidée sur présentation du marché et des justificatifs de réalisation…

Certaines opérations se trouvent ou vont se trouver en rupture de trésorerie.

L’analyse de différentes opérations démontre que les règlements des marchés sont intervenus entre  70% et 80% alors que les travaux réellement effectués sont à hauteur de 35 à 40%.

L’entreprise, en l’absence de règlement menace même de quitter le chantier, argumentant du fait qu’elle a signé un marché forfaitaire.

Ce tableau  reste incomplet et pourrait faire l’objet de développements complémentaires soulignant les multiples malfaçons, les travaux non réalisés, le rejet des observations de la maîtrise d’œuvre et du contrôle technique…

Une situation bien loin de l’exemplarité espérée…

Il en résulte une situation totalement absurde qu’on pourrait traduire de la façon suivante : les copropriétés sont en difficulté de trésorerie parce qu’elles ont versé des avances de démarrage en dehors de toute logique et qui ne sont pas cautionnées. Elles devront faire un appel de fonds aux propriétaires ou mobiliser l’indemnisation différée, mais cela suppose la production d’un dossier avec les justificatifs des travaux réalisés !

Les situations surévaluées produites par l’entreprise et qui ne correspondent pas aux travaux réalisés ne sont plus acceptées par le maître d’œuvre… ce qui pose problème car le maître d’ouvrage acceptera-t-il de solder des situations qui ne correspondent pas aux travaux effectifs ?

Les pénalités de retard seront-elles appliquées sur des chantiers en difficultés et partiellement abandonnés ?

Indemnisations des assurances : elles ne couvrent pas l’ensemble des frais !

Pire, pour certaines opérations, aucun bilan n’a été établi et lorsque l’on  prend en compte la totalité des charges de l’opération, l’indemnisation ne couvre pas les dépenses programmées. 

Il faut noter, et cela est assez général, que les postes suivants ne sont pas indemnisés :

  • Les honoraires de l’expert d’assuré   
  • Les honoraires du bureau de contrôle
  • Les assurances dommage/ouvrage
  • Les honoraires de maîtrise d’ouvrage déléguée (le syndic)

Ce qui représente au minimum 10% de charges supplémentaires qui devraient être couvertes par les copropriétaires.

Je passerai sous silence la valse des conducteurs de travaux, le recrutement des personnels, les problèmes de sécurité des chantiers… en soulignant qu’en matière de travaux, la responsabilité réglementaire est celle du maître d’ouvrage !

Ces éléments et leur énumération fortement épurée se  traduisent par une situation très compliquée pour les copropriétaires qui seront les victimes de ces processus, victimes des arrêts de chantier, des appels de fonds, de la hausse des charges de copropriété, et auxquels je donnerai la parole dans une prochaine édition… s’ils le souhaitent.

Jean-Paul FISCHER

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1 commentaire

  1. Bonjour Monsieur,
    Bravo pour cette enquête mais malheureusement ce n est pas la seule entreprise opportuniste qui est venue a saint Martin après ce terrible cyclone.
    Faite une enquête a la Baie orientale et vous découvrirez aussi ce genre de pratique .un jeune syndic (FCS) rafle toute les copropriétés en ce moment .
    Des paiements pour des mesures conservatoires sans aucun contrôle a une société saint martinoise amie ( la célèbre phrase :c est pris en charge par les assurances)
    Les travaux sont confies a une entreprise générale (CDC) qui a été crée pour l’occasion dont les gérants habitent Londres et qui a présenté des devis moins cher pour obtenir les marchés .
    On constate des travaux soit a l arrêt ou très très ralenti a ce jour et même configuration , on demande des rallonges donc a terme les copropriétaires vont en être pour leurs poches.
    de plus a 7000 km situation incontrôlable pour nos investissements.
    Apparemment c est toute l’île qui est gangrené.
    merci et continuez ce vrai travail de journalisme d’investigation.

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