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Les informations qui figurent dans les deux précédents actes traduisent des éléments vérifiés et réels, entre montages financiers et ingénierie d’entreprises qui trouvent leurs issues financières dans des paradis fiscaux. Les faits qui sont développés ci dessous se fondent sur des documents existants. 

Pour celles et ceux qui voudraient mettre en cause nos investigations, nous leurs rappelons qu’ils ont la possibilité d’utiliser leur droit de réponse, voire de nous assigner en justice.

Prise de conscience toute partielle…

Il semble que nos révélations aient en tous cas permis une prise de conscience et la mise en œuvre de règles plus transparentes dans l’attribution des marchés voire impulsé une dynamique nouvelle dans la reprise de certains chantiers…Cependant, certains auteurs de cet exercice de spoliation n’ont pas compris les risques liés à ces agissements. 

Méthodes à la marge…

Intervenant par voie d’avocats, ils veulent imposer les règlements de situation de travaux non validés par le maître d’œuvre. Ils veulent imposer le versement de l’indemnité différée de l’assurance sur un compte bloqué qui sera géré par l’entreprise ! 

Mieux, ils veulent contraindre la copropriété à changer la maîtrise d’œuvre au profit d’un bureau d’études qu’ils maîtrisent… Le même bureau d’études, expert en consultation qui a réalisé et proposé l’appel d’offres dont je vous propose de suivre le cheminement.

Etude de cas

Je ne citerai pas pour l’opération en cause le bureau d’études, cela viendra peut être ultérieurement, cependant l’ensemble des faits relatés est parfaitement exact. 

Pour arranger et maîtriser l’attribution d’un marché, il existe un certain nombre de procédures, à savoir la coopération volontaire ou involontaire du syndic qui organise la consultation et choisit la maîtrise d’œuvre (sans mise en concurrence). 

Le Bureau d’études travaille sur les documents d’évaluation établis par l’expert d’assuré, ou mieux, les reprend sans grande vérification dans un dossier de consultation. 

Ce dossier sera transmis en priorité aux entreprises“ amies”, en évitant la publication ou une information trop large. Il  convient  alors, et cela constitue le point d’orgue de la manipulation, de définir les critères d’attribution du marché. 

Cette définition des critères peut paraître un peu compliquée pour les non initiés, mais il s’agit d’une procédure simple. Le maître d’œuvre détermine des paramètres de choix généralement au nombre de trois. Exemples dans le cas présent :

  • La présentation de l’entreprise et ses capacités techniques
  • Les prix
  • Les délais de réalisation

Ces trois facteurs ont été retenus dans le marché qui nous intéresse. 

Chaque paramètre fait l’objet d’une pondération et d’une note. 

Le critère “présentation” comme le critère “prix” ou autre peuvent être fixés à  40 ou 50% de la note finale, plus ou moins ; cette valorisation est librement fixée par la maîtrise d’œuvre. 

La valorisation de ces critères subjectifs permet de manipuler la consultation, car certains critères sont objectifs, le prix est souvent un élément déterminant ;
or dans le cas présent, il a été minoré et ramené à 20% de la pondération, alors que la présentation de l’entreprise et les délais ont été respectivement fixés à 40%  !

Nous avons donc défini les paramètres du choix en soulignant que le premier élément reste totalement aléatoire, l’appréciation de l’entreprise, sa capacité technique, son expertise, comme la note méthodologique sont des données totalement subjectives.

Le second critère, à savoir, le prix, est minoré et ramené à 20% dans la pondération finale alors que dans toute consultation ce paramètre représente 40 à 50% de la note finale. 

Enfin, le dernier élément à savoir, le délai, il suffit de visiter les chantiers en cours pour savoir qu’il s’agit d’une notion très extensible et non maîtrisée. 

Pour parfaire cette œuvre de manipulation, vous faites concourir des entreprises qui ont le même actionnariat et qui se couvrent de manière systématique dans les différentes consultations. 

Et mieux, ces entreprises sont parfaitement informées par l’intermédiaire d’un personnel du syndic des offres des autres candidats, rien n’étant réellement étanche. 

Dans le cas de cette copropriété, le résultat est sidérant, sur le premier critère, les deux entreprises comportant le même actionnariat obtiennent des notes hautes alors que l’une est en redressement judiciaire et que l’autre a été créée après le cyclone. Elles répondent enfin au “tout corps d’état”. Quelle polyvalence ! 

Pour le deuxième critère, qui est le prix, elles obtiennent chacune des notes importantes, sauf pour le lot “charpente / couverture” qui représente plus de 50% du marché. La meilleure note est pourtant obtenue par une entreprise locale, professionnelle et solide ! 

Enfin, pour le troisième paramètre, qui est le délai, il est parfaitement ajustable selon les réponses des autres sociétés consultées. 

Sur ce critère, les entreprises en cause obtiennent évidemment la meilleure note. 

Soulignons au passage et pour l’anecdote, que ces entreprises n’ont présenté ni justificatif social ou fiscal… Elles ont sûrement fourni ces pièces à la signature du marché ! 

En conclusion de cette démonstration, le marché a été attribué à l’entreprise OMNIGATE qui obtient la note la plus élevée sur la base de la pondération décrite ci-dessus, OMNIGATE qui n’a plus de local que le nom, tout comme le groupe Deldevert depuis la prise de participation ultra majoritaire de notre reconstructeur venu du froid. 

Le marché est attribué pour un montant supérieur à 2 millions d’euros à une entreprise sans référence, sans expertise, au détriment d’entreprises locales. 

Taire ces mécaniques, c’est aussi les cautionner !

Faut-il rappeler aux pouvoirs publics, à la population, que les entreprises locales  nourrissent le territoire,  qu’elles participent au développement de l’île, emploient et forment du personnel de l’île ? Est-il possible que les bienfaits de la reconstruction, supposés panser nos plaies et accompagner la société saint-martinoise vers des jours meilleurs, échappent à ce point au territoire sans qu’aucun ne s’émeuve ?

Cette manipulation s’est exercée de la même manière sur d’autres chantiers, avec la complicité du maître d’ouvrage délégué, du bureau d’études et de certaines entreprises dans des proportions parfois différentes. Ce cas d’école  “brille” par son montage tant en terme d’ingénierie d’entreprise, de petits arrangements, de liens maintenant historiques et connus, de point d’évasion potentiel vers Turks & Caïcos et d’un certain dédain pour le territoire.

Dans ce marché, comme sur d’autres, qui font l’objet de contrat forfaitaire, les quantités réalisées sont inférieures  aux quantités prévues et les prix excèdent toute normalité au détriment des copropriétaires et des assurances. 

On m’objectera, comme d’habitude, pour justifier ces comportements et se disculper, la crise post IRMA, l’insuffisance des ressources locales, voire l’incapacité des entreprises  locales à relever le défi… 

Je répondrai que la plupart des marchés ont été attribués entre six et huit mois après le cyclone,  ce qui laissait le temps de l’organisation. 

La reconstruction pouvait se faire en confortant le tissu économique du territoire et en intégrant largement la main d’œuvre locale, quitte à la former. 

Mais ces choix et cette volonté de construire une économie locale forte supposent une vision stratégique de notre île et de son avenir, concept qui n’aura pas résisté à l’appât du gain, au profit individuel et à une certaine collusion.

Jean-Paul FISCHER


Si vous avez manqué le début de la saga :

édito • Reconstruction, le dessous des cartes, ACTE II

édito • Reconstruction privée, le triste dessous des cartes, ACTE I

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1 commentaire

  1. une véritable enquête de journaliste mais cet exemple n est pas unique sur l’île de Saint Martin.
    Un syndic installé depuis quelques années sur la baie orientale a les mêmes pratiques ( entreprise amie crée après le cyclone ,tout corps d’état bien sur ,offre la plus basse pour récupérer le marché )avec a la clef récupération des montants faramineux des assurances et des chantiers qui se traînent a pas finir .
    cela a l’air d’une pratique courante depuis le passage du cyclone.
    Pour le journaliste qui a fait cet article , essayez d’ouvrir votre enquête a d’autres entreprises .

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