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La “surprise” du dernier suffrage européen, comme si l’urgence climatique et environnementale n’était pas avérée, serait la progression des Verts qui sont arrivés à la troisième place du scrutin au niveau national et raflent tous pays confondus 78 sièges au Parlement européen. 

Vert comme espoir ?

“Les Françaises et les Français nous ont envoyé un signal très clair : ils veulent que l’écologie aussi soit au cœur du jeu politique et ce message a été lancé dans toute l’Europe“ a résumé Yannick Jadot, tête de liste d’Europe Écologie Les Verts (EELV) et considéré par 32% des français comme la personnalité politique la plus sympathique devant… Marine Le Pen (sondage Odoxa pour France Inter, la presse régionale et L’Express). 

Surfons donc sur cette vague, espérons et posons ainsi en préambule que, à l’aune du scrutin du week-end dernier, les questions écologique et environnementale sont au coeur des préoccupations des électeurs (a minima) qui, par conséquent, prient leurs gouvernements de bien vouloir teinter les politiques et les projets de plus de vert.

Ce ne devrait pourtant pas être une réelle surprise, cet élan écologiste était déjà palpable notamment au vu du succès des récentes marches pour le climat, en France comme ailleurs ; il a trouvé une traduction électorale au travers des européennes.

Et il devrait aussi logiquement trouver une nouvelle traduction, gouvernementale, dans le discours de politique générale que prononcera le Premier ministre, Edouard Philippe, le 12 juin prochain.

Avec un peu de volonté et la Compétence Environnement 

Heureusement, certains n’ont pas attendu les élections européennes ni la parole ministérielle pour monter dans le train du Développement durable. Et il n’est pas nécessaire de s’éloigner trop pour en observer quelques exemples concrets.

Alors que flotte en mer des Caraïbes une vaste étendue de déchets plastiques et de polystyrène, certains de nos voisins ont déjà pris des mesures pour limiter la prolifération de tels déchets : Haïti a interdit plateaux, barquettes, bouteilles, sachets, gobelets et assiettes en polystyrène dès 2013, suivie par Trinidad-et-Tobago, Sainte-Lucie, le Guyana, les Bahamas. A Antigua-et-Barbuda, l’importation de contenants en plastique a été bannie en 2017. A Saint Kitts, le ministre du tourisme a déclaré sous la forme d’un challenge posé sur une vaste campagne de communication : 2019, année sans plastique.

Encore plus proche, suite aux Assises de l’environnement qui se sont tenues en décembre dernier, Saint-Barthélemy a annoncé que son code de l’environnement révisé intégrera une interdiction du plastique à usage unique (sacs, pailles, gobelets, etc.). 

Exemplaire Dominique

Il est un autre territoire proche qui semble avoir bien compris les leçons du dernier phénomène climatique subi, Maria, et qui fait depuis un véritable effort de transition écologique qui de plus résonne dans sa fréquentation touristique. Il s’agit de la Dominique qui a depuis le mois de janvier interdit tous les objets en plastique à usage unique ainsi que les emballages en polystyrène, avec pour ambition affichée de devenir “la nation la plus résistante au changement climatique au monde”. L’importation de contenants non-biodégradables était déjà restreinte sur l’île afin de limiter leur distribution dans les magasins et leur fin dans les océans…

En outre, la Dominique et la Banque Mondiale ont signé ce mois-ci un accord visant au développement de l’énergie géothermique sur l’île, avec l’objectif de faire passer de 25 à 51% la proportion d’énergies renouvelable sur le territoire. Selon les études de la Banque Mondiale, à terme, la Dominique pourrait même exporter cette énergie, diversifiant par là les ressources économiques de l’île.

Et là, on se prend à rêver, en attendant que le projet de Hub d’interconnexion géothermique et numérique pour la zone Leeward Islands (mais sans Saint Barth qui ne souhaite pas s’y associer) acté par le Conseil exécutif en décembre 2017 prenne corps… dès que la couteuse phase d’étude sera terminée (ou pas !).

A l’échelle caribéenne

De manière plus large, les gouvernements de la région travaillent de manière régulière à des réflexions communes autour des enjeux environnementaux.

La Martinique a ainsi accueilli du 15 au 17 mai le 6ème Conseil des Ministres de l’Environnement des États membres de l’Organisation des États de la Caraïbe Orientale (OECO) sur le thème “Vers une société caribéenne plus soutenable”. Le thème retenu en 2018 était “Renforcer la résilience sur la ligne de front du changement climatique”, c’est dire à quel point le sujet préoccupe dans la région… Depuis le début du mois de mai, Sainte-Lucie et la Martinique ont dans ce cadre entamé une démarche pilote de coopération visant à la mise en œuvre d’une filière de collecte et de recyclage des déchets plastiques à l’échelle caribéenne, nommée Replast OECO.

Pendant ce temps se tenait en Guadeloupe la deuxième édition des Rencontres Pro du développement durable organisées par  la CCI des Îles de Guadeloupe avec le soutien de la Région Guadeloupe tandis que la CEM de Saint Barth prépare le Saint Barth Smart island qui se tiendra du 5 au 8 juin sous le thème “Écologie et Innovation.”

Sous la contrainte européenne

A la fin du mois de mars, la Commission européenne a voté, à une vaste majorité (571 voix pour, 53 contre et 34 abstentions), l’interdiction pour tous ses pays membres d’une dizaine de produits à usage unique responsable de ce nouveau fléau qu’est la pollution plastique : couverts, assiettes, pailles, cotons-tiges, touillettes à café, tiges à ballons, gobelets en polystyrène expansé… l’interdiction ou non de gobelets et autres contenants alimentaires en plastique devrait rester du ressort de chaque État membre. La mesure doit être totalement appliquée à l’échelle européenne d’ici 2021. 

Quant aux bouteilles en plastique, même si leur interdiction n’est pas envisagée à court terme, dès 2025, elles devront contenir au moins 25 % de plastique recyclé, une part qui serait portée à 30 % dès 2030.

La France souhaite devancer la réglementation européenne pour une mise en application en 2020. 

Il vaut mieux en effet accélérer la cadence, selon une étude de la fondation MacArthur, si rien ne change, en 2050, les océans contiendront plus de plastiques que de poissons…

Et localement ?

“Les écolos, c’est bien, mais ce n’est pas avec l’écologie que l’on va faire fonctionner la France et l’Europe. Elle ne peut être un programme. Il est indispensable d’intégrer l’écologie dans une politique globale, mais ce n’est pas une politique en soi.” Bruno Magras dans le Journal de Saint Barth

En dehors de quelques initiatives associatives émérites, on ne peut honnêtement prétendre que le sujet soit localement une priorité et que l’île soit sur la voie de l’exemplarité promise par le Président Macron après Irma… 

Au contraire, le développement durable demeure le parent pauvre depuis l’avènement de la COM et la tendance ne semble pas sur le point de s’inverser, à moins que la nouvelle organisation territoriale ne traduise une inflexion de l’action publique en ce sens, même si ce n’est a priori pas ce qui apparaît en première lecture du projet de nouvel organigramme. 

Celui-ci  prévoit en effet de faire du Développement durable une  “simple” direction opérationnelle, au même titre que les services techniques ou l’aménagement du territoire, sous une ombrelle dénommée “Délégation du Cadre de vie.”

Loin de la portée philosophique définie par l’ONU, le Développement durable serait dès lors circonscrit à la gestion des déchets, la mise en oeuvre de la compétence Énergie et la prévention des risques.

La COM et la préfecture lancent “une bouteille à la mer”

Dans l’attente du dévoilement de ce nouvel organigramme et des explications afférentes, les problématiques environnementales trouveront tout de même prochainement un espace d’expression local concret dans le cadre de la semaine européenne du Développement Durable qui vise à promouvoir le développement durable dans toute l’Europe du 30 mai au 5 juin. 

Pour la première fois, elle sera célébrée, certes avec un peu de retard, à Saint-Martin les 7 et 8 juin. A cette occasion, la Préfecture de Saint-Martin et St Barth et la Collectivité de Saint-Martin organisent une grande manifestation intitulée “une bouteille à la mer”, incluant un “village de stands qui mettra à l’honneur les actions et produits réalisés par les Saint-Martinois pour les Saint-Martinois pour sensibiliser le grand public à la protection environnementale”, la diffusion d’un film documentaire et un débat citoyen autour des problématiques environnementales.

Il reste à espérer que l’affluence à cette manifestation qui n’a pour d’autre but de préserver l’île ressemble à celle recueillie par les réunions publiques autour du PPRN…

Si chacun de nous fait le peu qu’il peut avec conviction et responsabilité, je vous assure que l’on fera énormément. Pierre Rabhi

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