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De temps en temps, au détour de pérégrinations internautiques, apparaissent sur la toile des perles et/ou des sujets qui nous interpellent inévitablement, certains nous inspirent, d’autres nous tordent les tripes.

Il en est ainsi, par exemple depuis septembre 2017, des articles nationaux qui prétendent peindre une réalité à peine effleurée par leurs rédacteurs et négligeant généralement une part historique, notamment celle liée à l’absence et au laxisme de l’Etat, qui mettrait à mal notre opportune image de pirates réfractaires au Droit, friands de soutien national.

Même pas mal !

Porté par des médias dont on sait que le sensationnalisme est une source de revenus, ce type de prose agace mais ne pénètre pas trop profondément nos consciences d’ailleurs bien trop accaparées par notre quotidien et l’avenir de ce territoire pour faire trop de cas des buzzeurs et autres charognards. 

Même lorsqu’un Collectif se crée spontanément et fédère largement même par-delà nos frontières suite à la diffusion d’un “reportage” sur la chaîne M6, celui-ci éprouve rapidement les limites d’une telle démarche ciblée face au caractère éphémère de l’objet du délit : 1h15 d’amalgames, approximations, contre-vérités… mais que personne n’a été contraint de regarder !

Enfin un peu de sérieux ?

Par contre, lorsque l’académie de Paris s’empare du sujet Irma pour en faire une étude de cas destinée aux élèves de Seconde, on aurait dans un premier temps presqu’envie de s’enorgueillir, nous qui regrettons régulièrement de ne pas être suffisamment pris en compte et intégrés dans les dispositifs et bases de données nationaux. Alors que les manuels scolaires font encore l’impasse sur des pans entiers de l’Histoire ultramarine, voilà Saint-Martin sous la loupe de l’Education nationale, garante de l’accès aux savoirs et de l’instruction et de la qualité de ceux-ci…  

C’est donc, avouons-le, le torse un peu bombé et l’esprit empreint de satisfaction de voir quelque chose de positif émerger de cette expérience, que nous prenons connaissance du support pédagogique mis à disposition des enseignants de l’académie de Paris “pour analyser un territoire en crise et dégager les dynamiques passées et récentes liées à l’aléa, à la vulnérabilité, à l’aménagement et à sa résilience” et intitulé “Saint-Martin, reconstruire après Irma, 2de.” 

On n’aurait pas dû… 

La démarche s’appuie en effet essentiellement sur des extraits d’articles de presse en ligne, aucun local (!) et l’on peut ainsi lire notamment (accrochez vous !) : 

  • L’isolement dû à l’insularité, ajouté à l’éloignement de la France (distante de 9h de vol), nourrit l’auto-administration et l’autogestion des populations majoritairement pauvres. (NDLR : Vous qui pensiez être à Saint-Martin en France, l’académie de Paris vous salue…)
  • 8 000 personnes décident de quitter l’île – “métros” ou métropolitains. (NDLR : les autres n’auraient donc pas été comptabilisés ?)
  • le PPRN est en voie d’actualisation, avec application en mai-juin 2019 et vise à inscrire la reconstruction pour renforcer la résilience. Le code de l’urbanisme de Saint-Martin, supervisé par la Préfecture de Guadeloupe, annonce déjà les mesures : reconstruction littorale non autorisée dans les quartiers sur cordon littoral : Sandy Ground, par exemple, quartier illégalement bâti à 1 ou 2 mètres d’altitude. Les populations pauvres y résidant n’étaient déjà pas assurées et doivent désormais quitter leurs habitations (voire la pièce qui demeure intacte après le cyclone). 
  • Les “métros” qui ont rapidement quitté l’île en septembre 2017, occupaient des emplois qui ne sont pas encore tous remplacés. 
  • Après Irma (en 2018), le traitement des eaux n’a fonctionné qu’à seulement 50 % de ses capacités, entrainant la prolifération d’algues vertes. L’enfouissement des réseaux électrique et de télécommunication est financé par l’État français et l’Union européenne (FEDER) finance l’accessibilité à l’eau potable. 

Deuxième effet Kiss Cool

Nous ne prendrons pas le temps, et vous épargnerons ainsi un supplice trop récurrent, de commenter ce qui illustre encore une fois la perception de Saint-Martin à Paris.

Mais nous ne pouvons nous empêcher de partager avec vous les schémas accompagnateurs et leurs légendes de ce qui est transmis par “l’école de la confiance” à nos chères têtes blondes et/ou crépues…

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Lorsque la désinformation, le communautarisme, les clichés voire une certaine condescendance sont nourris par ceux-là même qui sont censés former et ouvrir l’esprit, les mots nous manquent… espérons que cette étude de cas n’a pas fait l’objet d’un travail collaboratif avec l’Académie de Guadeloupe …

Carton rouge pour l’Académie, a minima…

De notre côté, nous nous ferons un plaisir de faire suivre nos propos à l’Académie de Paris et à toute autre forme d’autorité compétente en la matière puisque l’on frise de très près la ségrégation sur les croquis et légendes et que la majeure partie des informations est erronée ou tronquée… et du votre, un petit message à envoyer à l’Académie ?

https://www.ac-paris.fr/portail/jcms/p1_1887550/saint-martin-reconstruire-apres-irma-2de

Contact (et nous ne doutons pas que vous saurez en faire bon usage) : Rectorat de Paris – 12 boulevard d’Indochine 75019 Paris – Tél : 01.44.62.40.40

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