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On aurait presque tendance à l’oublier tant la voix des communautarismes s’affirme à la moindre tension et elles sont d’une redoutable récurrence : Saint-Martin comptait des habitants bien avant que Colomb n’escamote supposément son nom (Oualichi), bien avant que les populations importées n’évincent violemment les primo-occupants, bien avant que la defisc ne lui confère une densité de population record…

Baie de l’Embouchure

Les vestiges de ces communautés amérindiennes font l’objet de longue date de l’attention des archéologues amateurs, les professionnels n’apparaîtront que dans les années 80. Des découvertes passionnantes sont faites au fil du temps à Hope Estate, à la Pointe des Canonniers, à Grand Case, Orient Bay, Quartier d’Orléans, Baie Rouge, Cul de Sac, Anse des pères… partout des sites qui recèlent potentiellement des secrets que seul l’œil avisé peut traduire. La première présence humaine à Saint-Martin dont des vestiges ont pu témoigner est estimée entre 2445 et 1895 BC.

Le site précolombien de Baie Rouge est lui le seul site taïno des Antilles Françaises… il est aujourd’hui occupé par le parking qui permet l’accès du public à Baie Rouge.

Irma, par la force des vagues et l’importance de la submersion, a mis en péril un certain nombre de ces sites déjà identifiés et cela a justifié de la part du Ministère de la Culture la mise à disposition de moyens financiers exceptionnels. Le Service Régional de l’Archéologie de Guadeloupe en partenariat avec la Collectivité a dressé un bilan des effets de ces cyclones sur le patrimoine archéologique au sein d’un épais recueil de quelques 500 pages, nourri des relevés et constats faits par Christophe Henocq notamment.

Ces travaux ont pu être présentés à la Barbade à la fin du mois de juillet à l’occasion du 28ème congrès de l’Association Internationale pour l’Archéologie Caribéenne.

Sur les 182 sites référencés dans la base de données du SRA en 2015, 90 sont situés à proximité directe de la mer, des lagons ou des étangs. 18 de ces sites ont été directement et lourdement impactés par la submersion et la houle induites par Irma. 18 nouveaux sites, non référencés, ont malheureusement eux aussi subi l’impact d’Irma, mais aussi l’impact dévastateur de l’action humaine post-Irma, entre action des pouvoirs publics, déblaiement, stockage des déchets et actions privées de nettoyage, de renforcement des ouvrages à la côte…

Cela interroge forcément et justifie qu’une meilleure coordination comme un meilleur contrôle soient opérés à l’avenir pour prévenir ces impacts humains sur ce matériel archéologique rare. Cette grande campagne permettra certainement et de mettre à jour la base de données du SRA et de définir une politique de priorisation des sites à expertiser et à protéger.

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