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La crise du C.H.U de la Guadeloupe, comme la situation tendue du Centre Hospitalier de Saint Martin, nous amènent à réfléchir et à analyser les causes et les conséquences du marasme de l’hospitalisation publique.

Comme une insulte aux soins, aux malades, aux personnels…

Il faut, en introduction et de manière solennelle, souligner que les conditions d’hospitalisation, notamment au C.H.U. de Pointe à Pitre, sont inacceptables dans un pays dit développé : locaux dégradés, manque de médecins et de médicaments, absence d’examens médicaux, alimentation réduite…

Ces conditions insupportables ne sont pas la résultante de l’incendie. Le délabrement des structures d’hospitalisation comme leur gestion relèvent d’une évolution historique et d’une politique de démission.

Si je peux comprendre la nature et les causes des mouvements revendicatifs, il faut analyser avec lucidité la réalité de ces établissements, leur fonctionnement, leur activité et la charge budgétaire.

Changer de logiciel en urgence !

La comparaison des coûts de fonctionnement, les ratios de personnel par rapport à un établissement en Métropole démontrent une explosion des charges peu compatible avec une gestion maîtrisée. 

Il en est de même pour l’activité médicale. Une fois de plus, les arguments très classiques seront utilisés pour légitimer cet état de fait, l’insularité, les spécificités locales, les coûts d’approvisionnement, l’environnement… éléments développés pour effacer ou masquer une réalité beaucoup moins concluante.

En effet, il convient de souligner en premier lieu que la gestion des hôpitaux publics est assurée par le Ministère de la Santé, qui nomme les cadres  de direction hospitaliers, que les budgets, les états des effectifs, les options stratégiques sont soumis au contrôle  des ex D.A.S.S., D.S.D.S., A.R.H et maintenant A.R.S.

Les autorités anesthésiées ?

Il est donc manifeste que s’il a existé ou s’il existe une dérive en matière de gestion budgétaire, les autorités de contrôle, si elles ont assuré leur mission de contrôle, n’ont pas fait appliquer les mesures correctives qui s’imposaient.

Peut-être serait-il intéressant de reprendre les nombreux rapports de l’I.G.A.S. (Inspection Générale des Affaires Sociales) ou de la Chambre Régionale des Comptes, dossiers, reconstructions qui se sont  vraisemblablement évaporés sous le soleil des tropiques…

Peut-être les nominations parfois trop politiques de certains responsables sont-elles aussi un facteur  explicatif, la compétence n’étant pas le seul critère…

La planche à billets a fini de tourner

Les mouvements syndicaux se sont développés sur le terreau d’une gestion hasardeuse et parfois démagogique. 

Si ce système pouvait tenir dans un contexte budgétaire antérieur où les déficits successifs étaient compensés par des subventions publiques, soulignons qu’à ce titre, le C.H.U. de la Guadeloupe a perçu plus de 400 millions de subvention d’équilibre, parfois au détriment d’autres établissements ! – le contexte budgétaire a fortement changé et la raréfaction des ressources s’est imposée.

Il ne suffit plus de mettre en cause la tarification à l’acte ou l’environnement social pour connaître et obtenir de manière systématique les dotations nécessaires à l’équilibre de l’établissement alors que les causes réelles de ces différents surcoûts sont connues, identifiées, mais ne sont pas affichées :

  • Tout d’abord, un manque d’activité réelle. L’activité du C.H.U. de la Guadeloupe n’est pas supérieure à celle d’un établissement moyen hospitalier en Métropole 
  • Un ratio de personnel élevé supérieur de 30% à celui d’un établissement similaire en Métropole
  • Un absentéisme larvé et peu compatible avec une gestion rationnelle
  • Des cadres médicaux, administratifs et techniques qui ignorent ou veulent ignorer la réalité économique

Si la gestion des établissements d’hospitalisation privée était identique à celle de l’hospitalisation publique, la majorité des établissements seraient en voie de disparition, en sachant que l’hospitalisation publique a une obligation d’offre de soins et de services très onéreux…

La revendication portant sur la seule attribution de ressources complémentaires ne répond pas à la nature  des enjeux, car sans réforme radicale, l’impasse budgétaire continuera à se creuser.

Ce choix impose un changement culturel pour l’ensemble des acteurs du système, avec comme objectif une optimisation des moyens et une production de qualité.

L’Hôpital est une entreprise au service de la population qui devrait être géré selon les critères d’efficacité, d’opérationnalité et de résultats.

Or, l‘absence de volonté politique, l’absence de courage politique, l’absence de vision politique polluent la gestion des établissements.

Il faut encore rappeler cette notion basique et primaire, les coûts de fonctionnement des établissements hospitaliers, du système de                           Sécurité Sociale, sont assurés par les cotisations des salariés et des entreprises, la croissance des dépenses sociales pèsent lourdement sur le secteur actif, les travailleurs qui contribuent en premier à la solidarité  nationale. 

Il serait temps que les acteurs du système de santé intègrent cette notion  primaire qui peut paraître simpliste pour certains !

Le système hospitalier public ne pourra survivre que si intervient une réforme radicale du mode de gestion avec comme principes la rigueur, la rentabilité et la qualité de gestion.

Il ne s’agit pas de construire un système de santé au rabais, mais de répondre aux exigences des besoins sanitaires qui seront traités en fonction des critères de gestion et de qualité.

Affirmer que la santé n’a pas de prix et utiliser cet axiome comme justificatif du chaos hospitalier démontre le degré d’irresponsabilité de certains acteurs. Le fonctionnement d’un établissement hospitalier, comme d’ailleurs de toute structure, doit être soumis à une logique économique, à l’affectation équitable des moyens et à une gestion optimale des ressources pour assurer la qualité des soins et la prise en charge de la population.

La prise en compte de ce concept révoque totalement le mode de fonctionnement des établissements, voire leur statut.

La sortie du conflit par la seule attribution de moyens supplémentaires pour effacer les déficits ne pourra résoudre le mal endémique qui frappe nos hôpitaux.

Il faut, certes, rétablir l’équilibre budgétaire, rétablir un environnement compatible avec la dignité humaine, mais ces mesures n’auront aucun sens si ne s’engage pas une réforme volontaire de la gestion et du management. Mais quelle gouvernance politique aura le courage et la lucidité pour engager un tel chantier, pour afficher les  objectifs ?

Les responsables de cette crise ne sont pas simplement les organisations syndicales, mais en premier lieu, la gouvernance administrative et politique qui, d’année en année, a continué et accepté les dérives de gestion pour éviter le conflit, ou vouloir acheter la paix sociale.

“Il est plus que minuit, Docteur SCHWEITZER”

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