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Chaque 6 septembre, il ne s’agit pas de célébrer un anniversaire mais juste de se souvenir du passage d’Irma en 2017.

Au hasard de nos rencontres, nous avons recueilli le sentiment de ceux qui l’ont vécu de près ou de loin. Nous leur avons tous posé la même question : “2 ans après, qu’est-ce que cela vous inspire ?”, voici leurs réponses :

Katy (masseuse) : Le mot qui me vient à l’esprit c’est : renouveau ! Les plages sont belles, les structures sont neuves, l’île repart doucement mais sûrement. Mais beaucoup de familles sont parties à cause des problèmes de scolarisation, et beaucoup de nouvelles sont arrivées pour la reconstruction, ce qui entraîne un gros problème de logement car les prix des loyers ont flambé.

Audrey (enseignante) : 2 ans après, je suis plutôt déçue après avoir été agréablement surprise par la réactivité de la COM au niveau du déblaiement général de l’île, et heureuse de voir que la résilience avait uni toute la population. Malheureusement cela a été de courte durée. C’est dommage.

Sue (entrepreneur) : Après 2 ans, place au dynamisme et à l’inspiration ! Beaucoup d’envies et d’idées sont nées pendant ces 2 années difficiles à surmonter, mais Saint-Martin est une île forte de ses communautés et de son histoire.

Rebecca (touriste américaine) : Lorsque nous sommes revenus à Saint-Martin en Février 2018, c’était comme un coup de poing à l’estomac et nous avons envisagé de quitter l’île dès le lendemain de notre arrivée . Nous pensions que les choses ne pourraient plus jamais être comme avant, puis au fil des jours, nous avons commencé à voir que tout n’était pas perdu, et nous sommes finalement restés 2 semaines et nous voilà encore de retour.

Anna : Je ne l’ai pas vécu car j’ai quitté Saint-Martin après Luis et je suis revenue juste après Irma, du coup lors de mon retour, l’île m’a parue identique à celle que j’avais laissée en partant 20 ans plus tôt, c’est-à-dire toute cassée.

Manoua (créatrice de bijoux) : Ma première réaction est plutôt positive car 2 ans plus tard l’île est bientôt rétablie et apte à accueillir de nouveau les touristes grâce aux hôtels qui se rénovent petit à petit, grâce aux nouveaux restaurants, etc… mais d’un autre côté j’ai toujours un peu peur qu’un autre cyclone pointe le bout de son nez.

Marco (touriste français) :  Je suis venu en Mars 2019 et j’avoue que j’ai été choqué car il y avait partout les stigmates de cette journée d’horreur. Je pense qu’il faudra encore pas mal de temps pour redonner à Saint-Martin l’image que nous avions avant cette catastrophe. Mais bon, nous nous y croyons.

Stéphanie (photographe) : Je n’en veux pas à Irma, c’est la nature, mais j’en veux énormément aux humains de ce qu’ils ont fait, ce qu’ils font et feront encore à cette île, à sa nature et à son économie, bref c’était mieux avant mais Irma y est pour très peu. Tout n’est pas de sa faute.

Joe (de St-Barth) : Si je devais retenir une chose concernant cette expérience, je dirais ceci : que l’union fait la force et qu’il vaut mieux se la jouer solidaire dans la vie sinon c’est foutu. Alors accroche-toi à l’essentiel ! Car en cas de pénurie de superflus, tu seras bien plus riche et beaucoup plus fort.

Kristin (touriste américaine) : Quand je pense à Irma, je pense à la persévérance, au courage, à la détermination dont font preuve tous les habitants de l’île. Cela a été bouleversant de regarder tous ces gens contraints de trouver de nouvelles voies, de nouvelles forces, de nouvelles façons de vivre.

Barbara (sirène) : Au départ une grande tristesse de voir notre rocher défiguré, ensuite j’ai été déçue comme d’habitude de constater que les hommes politiques ne sont pas à la hauteur pour prendre les bonnes décisions. Mais je vois qu’un renouveau est en cours. Il faut quelquefois savoir tourner des pages pour mieux redémarrer.

David (sportif) : Je n’étais pas sur place mais j’ai ressenti beaucoup de peine et de souffrance, j’ai vu des vies changées à jamais, des emplois et des entreprises perdus, puis une lente reconstruction. J’ai eu hâte de revenir car j’aime mon île.

Emma (enseignante) : Il ya un côté positif : la reconstruction bien plus rapide que ce que beaucoup imaginaient même s’il s’agit parfois de rafistolage, et puis un côté négatif : les prix qui ont augmenté et surtout le manque de propreté car le nettoyage n’a pas été fait sérieusement et dans la durée.

Gérard (touriste) : Nous venons souvent à Saint-Martin. Nous y sommes retournés début 2018 et on a pu constater toute la force et la puissance de Irma 5 mois après son passage. La réalité est beaucoup plus impressionnante que les images des journaux télévisés, mais la métropole a déjà oublié car d’autres événements “majeurs” sont intervenus depuis….

Sonia (jardinière) : Malheureusement et très tristement, certains vivent encore dans des conditions précaires et redoutent chaque alerte. D’autres reconstruisent et se reconstruisent au fil des jours. Il faut rester positif et avancer en restant humble.

Bruno (vendeur) : Irma a causé l’enrichissement des “déjà riches” et l’appauvrissement des “déjà pauvres” ainsi qu’une modification profonde de notre mentalité et de nos plans de vie et ça ne sera plus jamais pareil. Avant c’était simple, aujourd’hui c’est très difficile d’y vivre par manque de logements ou à cause des tarifs complètements délirants.

Hubert (agent administratif) : Dès le lendemain on nous a laissé entrevoir un avenir rempli d’espoir et de jours meilleurs, force est de constater que cela était utopique. Nous sommes partis de trop loin, sans fil conducteur, sans commandement clairement défini, sans itinéraire matérialisé et sans méthodologie. Mon île se meurt.

Patsy (restauratrice) : Quand j’ai vu revenir les premiers touristes, je n’ai pu qu’éprouver de la honte… honte de l’image qu’ils emporteraient avec eux. C’est une blessure violente de constater que l’endroit où j’ai mes racines est défiguré, brisé. Les choses reprennent forme depuis mais je ne comprends plus notre société, je ne sais pas où on va. On voit tous ces gens nouveaux que l’argent des assurances attire, on sait que cet argent ne ruisselle pas et que l’essentiel ne servira pas à Saint-Martin. Si je regarde Sint Maarten, je crois que Saint-Martin a perdu le Nord.

Sam (Business man) : Franchement, cette période est géniale pour le business, en plus Saint-Martin reste un territoire français à la porosité financière légendaire avec toutes ces îles autour et l’expression du droit laisse beaucoup de liberté. Y’a moyen de faire de l’argent très vite si on a les bons contacts, trop vite pour que l’administration réagisse en tous cas. Dans 6 mois je m’en irai mais je reviendrais après le prochain cyclone.

Si dans ce dernier témoignage Sam “n’existe pas”, il n’a rien de fictif.

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