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(…) Nous voici réunis, deux ans après l’irruption dans nos vies du sinistre évènement qui a modifié le cours régulier de nos existences.

Mon discours pourrait être un bilan ; il l’est, à maints égards. Mais cette allocution se conçoit, avant tout, comme un « point d’étape »  de notre reconstruction après Irma.

En ce 6 septembre, il s’agit d’évoquer nos progrès, pas à pas, vers la reconstruction, la construction et la prospérité, et souligner les efforts de la Collectivité et de l’ensemble des Saint-Martinois – malgré les difficultés, les obstacles, les entraves…

Mais en ce 6 septembre 2019, je ne peux aller plus loin dans mon discours, sans avoir une pensée sincère de compassion et de solidarité pour nos voisins caribéens de l’archipel des Bahamas qui viennent de subir le pire des cauchemars, et je suis sûr que vous tous ici, qui étiez là il y a deux ans, comprenez de quoi je parle quand j’utilise le terme de « Cauchemar »…

Dorian a laissé derrière lui un territoire dévasté, des hommes et des femmes traumatisées, qui, la nature est ainsi faite, finiront par faire preuve de résilience pour se relever, se reconstruire.

Mais, dans certains cas, un cauchemar peut en cacher un autre… 

Et je peux vous dire que mes élus, les agents de cette collectivité et moi-même, tout comme chacun des habitants de cette île, frappés par Irma ont, au cours de ces 24 derniers mois, traversé bien des épreuves pour en arriver ici, aujourd’hui.

En premier lieu, ce moment d’échanges entre nous, sous ce format de conférence de presse avec moi et les vice-présidents de cette collectivité est l’occasion de rappeler nos réalités, car les faits sont têtus : 

J’avoue qu’évoquer la situation de mon Territoire, deux ans jour pour jour après les ravages du cyclone le plus puissant, jamais connu dans notre zone géographique, suscite en moi des sentiments contrastés.

Dois-je rappeler l’ampleur des destructions ? Au risque de ressasser notre martyre et de donner l’impression de se complaire dans ce statut de victime ?

Dois-je, à l’inverse, cesser d’en parler ? Au risque de faire croire que tout est réparé, que tout est rétabli, que tout est oublié ? Business as usual ?…

NON !… Je refuse cette vision « révisionniste », qui tend à se propager chez nos prétendus partenaires depuis un an : d’après certains fonctionnaires « IRMA n’existe pas »,  et le cyclone n’aurait été que le révélateur de nos insuffisances !

C’est faux, méprisant et blessant !…

En effet, nous vivons encore, aujourd’hui, dans un contexte dégradé et post-traumatique.

Et il est de mon devoir, en tant que Président, de relayer à l’extérieur, avec l’appui des élus du Territoire, les attentes des Saint-Martinois, leurs souffrances récurrentes, mais aussi et surtout leur courage, leur volonté d’aller de l’avant. 

Nos sentiments, ici, sont pour le moins partagés. Mélange de résilience, d’espérances mais aussi d’inquiétudes légitimes d’être, moins que jamais, considérés comme une priorité de la Nation qui est la nôtre.

Saint-Martin ne doit donc pas « sortir du radar » des priorités de la France et de l’Union européenne. Car certains oublient vite !

Quelques rappels pour remettre notre situation dans son contexte pour le moins inédit :

  • à l’échelle nationale, IRMA a représenté pour nous l’équivalent d’un exode de 12 millions de personnes, pire qu’en 1940 !
  • Nous avons également subi, on tend à l’avoir oublié, des destructions de plus de 2,2 milliards d’euros, pour un PIB estimé à 600 millions. 

Dégâts, hélas, invisibles dans la comptabilité nationale, car le PIB de Saint-Martin n’est toujours pas inclus dans le PIB français : comme si nous n’existions pas ! comme si nous étions, pour de bon, rayés de la carte !

Donc, nous regardons, ensemble, vers l’avenir. Mais nous n’oublions pas. Car comment pourrions-nous oublier ?

Faute de statistiques suffisantes de l’INSEE, malgré nos demandes répétées, la Collectivité de Saint-Martin, est peu connue, et peu reconnue. 

Il en résulte de nombreux clichés, parfois vexants, et beaucoup d’idées reçues qui nous empêchent d’avancer autant que nous le souhaitons.

Parfois, je me demande si, encore plus que d’autres concitoyens ultramarins, nous ne serions pas « punis », et perçus, à travers les tableaux EXCEL des ministères, comme des Français entièrement à part -et non à part entière. 

Alors que nous sommes aux avant-postes de la France face au monde américain, caribéen et anglo-saxon, nous avons dorénavant l’impression d’être punis pour ce que nous sommes : un petit territoire deux fois moins grand que Paris, cosmopolite, anglophone et métissé, dépourvu de nickel et d’industrie spatiale. 

Et, peut-être pire !Un territoire respectueux des institutions de la République, encore peu enclin à lever le poing, brandir la menace du chaos et distiller le mythe de l’indépendance salvatrice !

S’il s’agit d’un « calcul » de la part du Gouvernement, il risque de se révéler erroné et dangereux. 

Et l’épisode du PPRN a attisé les tensions sociétales sous-jacentes : dit autrement, deux ans après IRMA, un ouragan social nous menace… TOUS…. Si la voix du peuple et de ses représentants reste dédaignée, Alors, nous -Collectivité, Etat, élus, fonctionnaires, socio-professionnels…- risquons d’être TOUS perdants.

Les Saint-Martinois ont peur de cette nouvelle couche de réglementation qui touche un des fondements de la propriété, et je parle ici du PPRN…

Pour ma part, après avoir vécu Irma, j’ai conscience que nous devons, pour le futur de nos enfants, nous adapter et diminuer nos vulnérabilités, je le répète, je suis pour une révision du PPRN. Mais pas de cette manière, avec cette application par anticipation.

Une fois encore, je tends la main à l’État pour qu’ensemble nous sortions par le haut de cette situation de blocage. 

Les Saint-Martinoises et Saint-Martinois ont le droit de dire comment ils veulent vivre sur leur terre, et surtout d’être entendus. 

Nous ne demandons qu’un délai supplémentaire, court de surcroit, pour que la démarche de consultation des forces vives de la collectivité et de la population puisse aboutir à notre proposition de PPRN, afin qu’en concertation il puisse être confronté à celui de l’Etat, pris, je le redis, dans une trop grande précipitation.

En deuxième lieu, je voudrais rappeler aujourd’hui, contrairement aux clichés parfois véhiculés, que notre démarche est crédible, « positive » et responsable :

L’illustre Félix EBOUE exhortait la jeunesse ultra-marine à « jouer le jeu ». C’est ce que nous avons fait. C’est ce que nous faisons.

La COM a toujours « joué le jeu », prévu par les Protocoles de Novembre 2017 :  D’abord, et avant tout, elle n’a pas attendu pour lancer le chantier titanesque de la reconstruction du Territoire. C’est notre priorité, notre bataille, mon obsession !

Beaucoup a été fait en deux ans, souvent dans l’urgence et parfois dans le dénuement : je le martèle, la Collectivité porte, avec les moyens qui sont les siens, des projets de proximité visant à améliorer le cadre et la qualité de vie des Saint-Martinois. 

Ainsi, la COM a prévu d’investir, cette année, 120 M. € en équipements structurels. 

Je ne vais pas vous infliger ici leur recensement, et vous imposer un « catalogue ». Mais je souhaiterais insister ce matin sur quelques chantiers :

  • La reconstruction des établissements scolaires, avec 11 chantiers ouverts, pour un montant de 14 M. €, a bien avancé ces derniers mois. Depuis 2 ans, cette reconstruction nous aura couté au total 24 M€. Elle est d’ailleurs aujourd’hui en voie d’achèvement, avec une rentrée 2019 quasiment  « normale » : Quel chemin parcouru, depuis la rentrée du 6 Novembre 2017 !

C’est un chantier prioritaire pour l’avenir de nos enfants, sur lequel nous avons concentré nos efforts, avec le soutien constant et sans réserve du ministère de l’Éducation Nationale et du recteur de Région Académique -que je souhaiterais remercier.

 Parmi les réalisations les plus emblématiques, je citerai le confortement parasismique du lycée de Marigot, l’installation de la fibre optique dans les écoles, la rénovation des cantines scolaires…

Je connais les efforts fournis par l’ensemble de la communauté scolaire pendant cette longue période de reconstruction, et je tiens à remercier, celles et ceux qui ont compris les enjeux auxquels la Collectivité a été confrontée -et qui ont pris leur mal en patience.

  • Plusieurs chantiers de reconstruction des infrastructures publiques ont également été lancés depuis le début de l’année, je pense ici à la reconstruction de la place du marché de Marigot, des Carbets d’Orient Bay, de la rue de Hollande, à l’aménagement des routes d’accès à Hameau du Pont et au Centre commercial d’Howell Center, et à l’enfouissement des réseaux électriques et Internet. 

D’autres chantiers ont, ou vont, démarrer : 

je citerai la future Maison des associations de Grand-Case, l’aménagement de la place du Tribunal de Marigot, la réalisation des réseaux d’eau et d’assainissement, la rénovation du pont de Sandy Ground, la réparation de la Marina Port la Royale, ou encore la réhabilitation de l’éclairage public et des équipements de vidéo-surveillance. 

La construction du nouveau collège 900 est prévue de débuter, quant à elle, en 2020, je viens d’ailleurs de signer la convention de financement de cet équipement essentiel.

Notre collectivité a parallèlement renforcé ses Services « stratégiques » :  

  • Urbanisme, Ressources humaines, marchés publics, 
  • ses contrôles (sur le RSA notamment) et ses capacités d’encadrement, y compris par la promotion interne via un partenariat avec le CNFPT que nous entendons approfondir. 

Nous continuons dans cette voie. 

Une nouvelle Directrice générale des Services, expérimentée et dynamique, vient d’arriver ; mon Cabinet, parallèlement, a été réorganisé, densifié et renforcé – ici et à Paris. 

Certes, tout n’est pas parfait, mais je ne laisserai pas dire que l’État se substitue aux défaillances de la collectivité en matière d’urbanisme (cf. Journal Le Pelican). C’est bien méconnaître la libre administration des collectivités locales, y compris outre-mer. 

J’appelle de mes vœux un État conseiller et non un État seulement accusateur.

Et j’apporte mon plein soutien et ma confiance aux agents de ma collectivité.

Nous sommes bel et bien en ordre de marche !… Mais, mon équipe en est bien consciente, soyez-en sûrs ! : le processus de régularisation et de sécurisation juridique de la gestion du personnel est un travail de long terme, amorcé dès 2017, et qui doit prendre en compte la dimension « post-IRMA », qui a substantiellement impacté les agents de la COM – lesquels ont fait preuve d’un courage et d’une endurance dignes d’éloges et de respect. 

La gouvernance de notre outil majeur en termes d’aménagement du territoire, la SEMSAMAR a, par ailleurs, été réformée, tel que je m’y étais engagée depuis ma campagne électorale de 2017. 

On pensait que c’était impossible ! Nous l’avons fait, en décembre dernier, dans des conditions parfois menaçantes !

La COM, qui a dû renoncer à la perception des dividendes de sa SEM pour 3 années : 2017, 2018 et 2019, attend toujours le déblocage par l’Etat de l’intégralité des 6M€ de crédits prévus pour la réhabilitation des logements sociaux.

Un effort supplémentaire de l’Etat, en termes de Rénovation de l’Habitat Insalubre à Quartier d’Orléans et à Sandy Ground, s’avèrera, toutefois, nécessaire dans les deux années qui viennent… Je serai vigilant sur ce point, Saint-Martin en a besoin.

Un plan d’économies, destiné à optimiser les dépenses de fonctionnement, a, en outre, été présenté le 10 octobre 2018. 

Des gisements d’économie, mentionnés dans le rapport de la Cour territoriale des Comptes portant sur la gestion 2007-2016, sont ciblés : procédures d’achat, études, honoraires, renégociation des taux d’emprunts anciens, subventions aux associations et aux satellites…

Je viens par exemple de procéder, comme je m’y étais engagé dans notre programme, au déménagement de la Maison de Saint-Martin à Paris pour une réduction de ¾ du loyer… 

Cet effort de rationalisation et de « bon sens » se poursuit, tout en veillant, c’est important !, à ce qu’il n’impacte pas négativement la croissance économique et le pouvoir d’achat des Saint-Martinois.

La COM prévoit, de surcroît, l’élaboration d’une PPE (Programmation Pluriannuelle de l’Energie), co-élaborée avec l’Etat, et consécutive à la signature d’une convention Etat / COM / EDF en cours d’arbitrage ;  Nous veillerons à sécuriser juridiquement l’indispensable péréquation tarifaire en matière d’électricité, qui existe depuis 1975. 

Concrètement, je veux que les Saint-Martinois ne payent pas plus cher leur électricité.

Cette convention a également vocation à prévoir l’application, à Saint-Martin, des dispositifs de droit commun : chèque énergie, certificats d’économie d’énergie, aide de la CRE pour l’isolation thermique… 

Enfin, et j’insisterai sur ce point : depuis le 23 Novembre 2018, Saint-Martin assume pleinement ses responsabilités de Présidente de la Conférence des Présidents des Régions Ultraperiphériques et de l’Association des RUP.

L’année prochaine, Saint-Martin accueillera pour la 1ere fois la  Conférence de la CP-RUP, les 6 et 7 Février.

  • Ce sera le moment de montrer au monde que la reconstruction de Saint-Martin, et notamment de ses infrastructures touristiques, est bel et bien une réalité.
  • Ce sera aussi l’occasion, et j’y veillerai !, de faire passer des messages forts, au plus haut niveau de l’Etat et de la Commission européenne.

En troisième lieu, il est opportun de rappeler nos revendications : elles ne sont pas le fruit de récriminations d’une population « d’enfants gâtés », mais en appellent tout simplement à la nécessaire solidarité nationale :

Car la solidarité nationale, n’en déplaise à certains, n’est pas « un gros mot », mais, en ce qui nous concerne, et dans le contexte que nous connaissons, une nécessité vitale.

Rechercher des aides publiques tous azimuts, obtenir tout simplement ce à quoi nous avons droit, n’est pas « malsain », mais indispensable pour réussir notre rattrapage en termes d’investissements structurants… et donc consolider les conditions favorables à la venue d’investisseurs privés et à l’émergence d’un développement plus endogène.  

Dit autrement, pour reconstruire Saint-Martin, et au-delà, il faudra « marcher sur nos deux jambes » : 

  • utiliser optimalement les crédits publics, pour rattraper des décennies de sous-investissement (je pense par exemple au réseau routier, conçu lorsque le Territoire était six fois moins peuplé que maintenant ou encore aux indispensables chantiers de la formation) ;
  • et en même temps attirer efficacement les investisseurs privés, pour pouvoir, à l’avenir, être en mesure, en Collectivité autonome et responsable, de compter davantage sur nous-mêmes. Cela implique le retour du goût du risque, de l’envie d’entreprendre… 

Mais force est de constater que la réglementation, et l’interprétation punitive de celle-ci, découragent bien des volontés et bien des talents. En d’autres termes, on ne peut pas, décemment, nous faire perdre sur les deux tableaux :

  • nous priver des investissements publics, au nom de considérations budgétaires et comptables, 
  • et faire fuir les investisseurs privés, au nom d’une réglementation moralisatrice, tatillonne et inadaptée.

Les défis de notre Territoire, aujourd’hui et plus que jamais, demeurent en effet multiples et pressants. 

Le rattrapage social et économique doit se poursuivre à Saint-Martin, où le PIB par habitant atteint à peine 50,5 % de la moyenne hexagonale : Saint-Martin demeure encore la 3ème collectivité la plus pauvre de France : après Mayotte, Wallis et Futuna ; ex-aequo avec la Guyane.

Il convient de souligner, avec force, que des écarts par rapport à la situation métropolitaine sont des retards ayant, comme tels, vocation à être comblés : il ne saurait, en l’occurrence, s’agir de « spécificités » devant être tolérées au nom d’une interprétation tendancieuse de notre statut d’autonomie.

Dans ce contexte, les Saint-Martinois, de mieux en mieux informés, dénoncent les contradictions de notre Etat : 

  • Autoritaire lorsqu’il s’agit d’appliquer, ici, la loi qui punit
  • Mais hésitant et parcimonieux, dès lors qu’il convient d’appliquer, au même endroit, la loi qui protège.

Car on ne saurait avoir, dans un cadre républicain, l’un sans l’autre : 

  • la répression sans la protection,
  • la rigueur sans la générosité, 
  • l’exigence sans la bienveillance…

L’épisode de la concertation autour du PPRN le montre bien : les Saint-Martinois redoutent cet étrange renoncement qui aboutit, in fine, à un dirigisme qui ne dirige rien et à un libéralisme qui ne libère personne. 

Plus que jamais, il nous faut donc être vigilants ; sans a priori, sans préjugés, certes ! Mais sans faiblesse face aux donneurs de leçons, d’où qu’ils viennent, d’ici ou d’ailleurs, des Terres-Basses, ou de Basse-Terre.. 

Alors, comme disaient certains personnages célèbres de l’Histoire : « Que faire » ?

J’esquisserais ici une stratégie en trois points.

Dans l’immédiat : surmonter les entraves bureaucratiques…

      • S’agissant de l’instruction des dossiers du FSUE, qui est aujourd’hui LA priorité de mes équipes : 

La France a obtenu 46 M. € de l’Union Européenne, disponibles seulement depuis Août 2018. A ce jour, nous avons fait remonter 33,2 M. € de factures et bénéficié, de la part de l’Etat, de seulement 11,9 M. € de remboursements.

Notre effort est entravé par des difficultés administratives que nous avons peut-être, je le reconnais, sous-estimées. 

Notre effort est également compromis par des interprétations « hors-sol », de textes déjà rigides et de procédures exigeantes, que l’on nous avait pourtant promis, ici même, de simplifier ! 

Rappelez-vous des déclarations du Président de la République, le 12 septembre 2017 : Je cite « Il faut bousculer les procédures et je m’engage à ce que Saint-Martin renaisse…« 

Figurez-vous que, pour certains Services de l’Etat censés nous « accompagner », nous n’étions plus en situation d’urgence impérieuse dès le 10 Octobre 2017  !! Alors, je vous le demande : qui donc, parmi vous, alors présents à Saint-Martin et qui êtes restés, a repris une vie, une activité « normale » un mois après le passage d’IRMA ?!

      • Un mot sur la question de l’avenant au Protocole du 6 Novembre 2017, qui devrait être finalisé lors d’un prochain Comité interministériel…

Il nous manque, à ce jour, 50 M€ par rapport aux engagements, signés ici même… Cette relance d’un partenariat loyal et équilibré avec le Ministère des Outre-mer constitue, pour le Président de Saint-Martin que je suis, une priorité pour les prochains mois…

      • Il en est de même en ce qui concerne le Contrat de convergence 2019-2022, voué à être signé dans les semaines à venir ; l’élaboration corrélative d’un Plan de convergence, prévu par la Loi « Egalité Réelle Outre-mer », ne saurait être occultée, de même que la dimension « rattrapage » de ces documents partenariaux. Nous serons vigilants sur ces deux points, a priori techniques mais qui ont leur importance symbolique, politique et opérationnelle !

Mais ce que nous voulons aujourd’hui, en envisageant notre avenir à moyen et long termes, C’est de Passer de la reconstruction au développement.

Je l’avais dit, ici, devant le Premier ministre en 2017, et je le répète : nous voulons reconstruire plus vite, mais aussi mieux, en valorisant notre jeunesse et en promouvant l’innovation.

Saint-Martin, avec les outils dédiés, a ainsi vocation à devenir une terre d’excellence, en développant par exemple la Recherche & le développement, en matière de bâti tropical et de matériaux anti-sismiques et anti-cycloniques. 

C’est une question de survie pour nous, de même que l’amélioration de nos règles d’urbanisme, dans le dialogue avec la population et les élus, et dans le strict respect des compétences qui nous sont dévolues par la loi organique de 2007, et qu’il n’y a pas lieu de discuter, sauf à vouloir nous imposer une tutelle…

Pour cela, nous ne saurions nous contenter de déclarations compassionnelles ou de jugements arbitraires … 

Les Saint-Martinois doivent donc bénéficier, comme tous les autres citoyens français, des politiques publiques mises à disposition de tous les Territoires français…

Bénéficier pleinement des dispositions des 57,1 Mds. € du Grand Plan d’Investissement : je pense ici au numérique, aux énergies renouvelables, à la valorisation des déchets, et à la Santé avec le financement de dispositifs de télémédecine ;

  • Bénéficier du soutien de la Caisse des Dépôts et Consignations et de son programme Action Cœur de Ville : il s’agit ici de se donner les moyens de rénover le centre de Marigot, y compris les marinas ; Le Directeur général de la CDC sera en visite prochainement à Saint-Martin et je lui présenterai directement nos projets d’investissement.
  • Faire financer, par le « Grand Emprunt » de 60 M € annoncé en Comité interministériel le 12 Mars 2018 notre Pôle Médico-Social, notre Établissement des Eaux, ainsi qu’une partie des travaux portuaires et aéroportuaires ;
  • Réussir la dématérialisation du RSA à partir de Janvier 2020, préalable à sa reprise par l’Etat, à l’instar de la Guyane, de Mayotte…et désormais de La Réunion. Avec la « carte COHESIA », mise en place à l’instigation de la COM, nous avons montré la voie.
  • Disposer, comme le prévoient la Loi organique de 2007 et les Protocoles de 2017 d’une Dotation exceptionnelle de Rattrapage, destinée notamment aux investissements routiers. 

Mais, je rappellerai aussi, cette fois plus brièvement, nos revendications structurelles pour une véritable autonomie :

        • Un Préfet de plein exercice ;
        • Un Vice-Recteur ;
        • Une Antenne INSEE, à tout le moins des équipes renforcées et dédiées provenant de la Direction interrégionale Antilles-Guyane. L’amélioration de l’appareil statistique est en effet indispensable pour accéder à la qualité d’autorité de gestion pour les fonds européens de la prochaine programmation 2021-2027 ;
        • Un renforcement, sur place, des services et Établissements de l’État déconcentré : 
          • Un agent de la DGAC à l’aéroport de Grand Case…comme avant 2015, 
          • Une implication de l’ANRU et de l’ANAH ; nous attendons beaucoup de la création de la nouvelle Agence nationale de cohésion des Territoires, qui pourra apporter les impulsions nécessaires, 
          • Un établissement pénitentiaire pour les courtes peines,
          • Une couverture Météo France complète. D’ailleurs, imaginez donc qu’après le récent passage de Dorian sur le territoire, personne ne peut renseigner la quantité d’eau tombée sur Saint-Martin.

Pour autant, et c’est mon troisième et dernier point, je suis, plus que jamais, demandeur d’un partenariat étroit, durable et loyal avec l’Etat…

Je souhaite donc m’inscrire dans le cadre de la « Stratégie 5.0 » du Ministère des Outre-mer, et vais vous exposer ici quelques pistes de progrès, quelques axes de coopération…

1. Zéro exclusion

Il convient de sensibiliser le Gouvernement sur le taux de non recours aux prestations sociales à Saint-Martin, territoire relevant du droit commun en matière de Sécurité sociale.

Contrairement aux idées reçues concernant les Outre-mer en général et Saint-Martin en particulier, la population ne se complait pas dans l’assistanat. Pire ! de nombreux habitants de ces territoires ne bénéficient même pas des aides auxquelles ils ont droit ! 

C’est particulièrement le cas à Saint-Martin, essentiellement par manque d’information et par absence d’accompagnement à la constitution de dossiers jugés trop complexes…

Alors que Saint-Martin est, je l’ai encore rappelé, l’un des territoires les plus pauvres de France, avec un PIB par habitant 15 % inférieur à la moyenne des DOM, on constate en effet que certaines prestations sociales ne sont pas autant distribuées qu’elles devraient l’être.

Cette situation est constatée pour l’ASPA (le « minimum vieillesse »). C’est encore davantage le cas pour la Prime d’activité. 

La lecture des statistiques de la CNAF au 31 Décembre 2018 laisse songeur : on comptabilise en effet 20 fois moins de foyers allocataires qu’en Guadeloupe…alors que la population saint-martinoise est 11 fois inférieure à la population guadeloupéenne…Manifestement, et comme le disait à son époque la préfète Laubiès, « il y a un sujet« , d’autant plus que les caractéristiques socio-démographiques des deux territoires sont comparables…

Une Stratégie « Zéro exclusion » reviendrait à faire en sorte que les Saint-Martinois puissent, comme tout citoyen français, bénéficier pleinement de ces deux prestations… au demeurant vouées à être significativement relevées durant ce quinquennat. 

On rappellera que le Protocole Etat / COM du 21 Novembre 2017 indiquait que : « l’Etat veillera, notamment par des actions adaptées de ses services déconcentrés, à ce qu’une amélioration du service assuré au public par les organismes relevant de la sphère sociale (notamment CAF, CGSS) soit constatée à brève échéance »…

2. Zéro carbone

Les PPE sont censées faire évoluer le mix énergétique pour intégrer davantage d’énergies renouvelables ; des projets existent à Saint-Martin, notamment dans le domaine du photovoltaïque et de la géothermie. 

Mais réduire la dépendance du Territoire aux ressources fossiles reviendra à se priver d’une part substantielle de nos recettes fiscales, dans un contexte budgétaire toujours difficile (nous subissons encore une décote de 20 % par rapport au niveau des recettes d’avant IRMA). 

Un accompagnement financier de l’Etat serait donc nécessaire, durant une période transitoire à négocier.

3. Zéro déchet

En termes de coopération régionale en matière de gestion et de valorisation des déchets, un projet saint-martinois (Préparation pour recyclage et transfert des flux recyclables vers la Guadeloupe) est soutenu par le Ministère des Outre-mer ; il est bien placé pour faire l’objet d’un « accompagnement » dans les semaines à venir : le financement d’un appui à l’accélération de projets serait bienvenu…

A moyen terme, le financement du projet stricto sensu (22 M. €) devrait pouvoir être assuré par des fonds FEDER, mais aussi par des crédits d’Etat, provenant du Grand Plan d’Investissement que je viens d’évoquer, avec le soutien de l’ADEME.

4. Zéro polluant 

La problématique actuelle, vous le savez tous, est la pollution aux bromates dans les réseaux d’adduction d’eau potable. 

D’où l’impérieuse nécessité d’accélérer le rythme de renouvellement des canalisations d’eau potable ; la mobilisation du « Grand Emprunt » susmentionné devrait y pourvoir, de même que l’affectation massive de crédits européens dès le tout début de la prochaine programmation, début 2021…

5. Zéro vulnérabilité

Sujet existentiel pour Saint-Martin, vous l’imaginez bien !! Mais le financement, par l’Etat, des structures de prévention et de protection demeure encore « virtuel » (la PPI validée au Comité interministériel de Mars 2018 avait prévu 17,8 M€ de crédits budgétaires sur un total de 29 M€).

Parallèlement, la mise en place et le financement, à Saint-Martin, d’un Programme d’Action de Prévention des Inondations (PAPI) est toujours d’actualité ; j’espère pouvoir avancer sur ce dossier dans les mois qui viennent.

En conclusion, je suis désolé d’avoir été si long, mais il y a tant à dire !… L’an prochain, mon intervention sera bien plus courte… tout simplement parce que la reconstruction aura encore bien avancé, et sera pratiquement parachevée : c’est ce que je nous souhaite, à nous tous !!!

Mon vœu le plus cher, pour le 6 Septembre 2020 ? évoquer les projets d’une destination touristique moderne, prospère et accueillante. Tournée vers l’avenir. Loin, très loin d’IRMA.

Nous devons donc continuer, en dépit des vents contraires, à adopter l’attitude responsable qui a toujours été la nôtre. Mais sans naïveté, sans « complexe du bon élève »…

Être constructifs, sans rien lâcher, sans jamais oublier l’impérieuse nécessité de préserver notre unité, notre identité saint-martinoise et nos cohésions sociales. 

Dit autrement, et toujours pour paraphraser Felix EBOUE : « ni tendre la main, ni lever le poing »…

Nous devons donc être unis, plus que jamais. Et je m’adresse là autant aux habitants de cette île, qu’à nos partenaires institutionnels et privés.

J’avais déjà insisté sur cet impératif, lors de mon intervention au Conseil Territorial du 17 Juillet dernier, et dans mes discours prononcés à l’occasion de la Fête Nationale et de l’hommage à Victor SCOELCHER. Je le redis à nouveau, ce 6 Septembre 2019…

Certains pensent, à tort, que nous coûtons, et ne comptons pas ! Démontrons-leur, en réussissant, ensemble, qu’ils se trompent !

Je vous remercie pour votre attention.

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