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Il n’y a pas de doute sur le fait que les opérateurs doivent investir sur l’optimisation de leur réseau ! Il suffit d’essayer de communiquer à St Martin : entre les échecs d’appels sortants, les coupures de communication en roulant (en mains libres bien entendu), le manque de couverture de certaines zones, le roaming intempestif alors que nous ne sommes pas sortis du territoire de St Martin…

Les technologies sans fil ont leurs limites : la physique ! 

D’un point de vue technique (en essayant de rester compréhensible), on sait que la 4G demande un maillage du réseau plus fin (un nombre de sites supérieur) et plus proche de la population pour obtenir des performances intra bâtiments meilleures. Or, il n’y a pas beaucoup plus de sites déclarés sur la carte ANFR (Agence Nationale des Fréquences Radios)… Il faut savoir que la 5G demandera un maillage encore plus fin à cause des fréquences qui seront beaucoup plus hautes. Des points d’accès tous les 100 à 500 m, voire 1000 m suivant la densité et le type de bâtiments ! Je vous passe les explications techniques de propagation des ondes dans un milieu urbain dense en béton ou en bois… Je passe rapidement le passage technique soporifique sur les modulations qui permettent de passer plus de données (Mbps) par Megahertz en un temps donné mais qui demandent plus de ressources et surtout demandent un signal irréprochable donc sans interférences, atténuation, etc… Pour résumer, plus on est derrière des obstacles (mur béton, vitre en double vitrage, etc.), moins on peut moduler, moins de données peuvent passer etc… C’est un peu comme si vous parliez à votre ami à travers un mur en béton, vous parlez forcément plus fort (plus de ressources) et plus lentement (vitesse réduite) en articulant (modulation minimum) pour vous faire comprendre par votre ami (le récepteur)!

Le secteur de St Martin est très difficile à gérer pour les opérateurs mobiles car du point de vue des fréquences radios (et interférences/brouillage) l’île est prise en sandwich entre plusieurs pays (Anguilla, St Maarten et la Hollande pour Saba et St Eustache) qui ont eux aussi leurs propres challenges. Même s’il existe un traité entre ces pays (nouvel accord conclu en 2016 pour réguler tout ça), en cas de brouillage/interférence, il n’est pas toujours facile de se faire entendre !

Du point de vue des infrastructures, le fait que certains opérateurs continuent de croire que des pylônes en haut des mornes (attention à l’effet venturi en cas de cyclone), toujours plus chargés (car plus de nouvelles technologies donc plus d’antennes) est la meilleure solution dans une zone où les cyclones sont désormais une menace croissante pour nous est une grosse erreur. Devons-nous leur remémorer, 2 ans après l’ouragan IRMA, que pratiquement toutes les infrastructures de téléphonie mobiles ont été soufflées (détruites) par ce phénomène ?! Ah IRMA est une exception ? Alors parlons de GONZALO ouragan de CAT1 qui a dépointé plus d’une antenne télécom.

Quels sont nos besoins réels ?

En effet, il faut bien comprendre qu’à l’époque (Vous souvenez vous de St Martin Mobile, Ameris, les années 2000 ?) ces pylônes suffisaient pour les besoins de couverture lorsque nous n’avions que la 2G (900MHz), le GSM, les SMS et éventuellement les MMS sans la data, fréquence basse qui allait loin et surtout passait bien à l’intérieur des bâtiments, encore utilisé aujourd’hui pour la voix ! Peu de sites, grosse couverture, peu de maintenance. 

Aujourd’hui nos besoins ont évolué avec l’apparition des smartphones, tablettes, phablettes, nouveaux fils à la patte, besoin d’accès permanent à internet, Facebook, Instagram, Tweeter, WhatsApp, Youtube, (Meetic ? 🙂 )…

C’est désormais une guerre commerciale de la vitesse qui se déroule dans nos journaux : 10, 30, 50, 100, 500 Mbps, enfin je veux dire 3G, UMTS, 3G+, 4G, 4G+, LTE, on s’y perd, et bientôt de la quantité de data… 

Où s’arrêtera-t-on ? Avons-nous réellement besoin de tout ça ? Est-ce un besoin professionnel ou un besoin dicté par des services commerciaux qui sont très performants ?

Des solutions intermédiaires existent

La solution à moyen terme serait de conserver ces sites hauts en redondance et de créer de nouveaux sites plus bas et moins hauts, proches des habitations avec moins de puissance d’émission et une pollution visuelle moindre car ces sites seraient plus discrets. Ils seront plus petits, donc moins de prise au vent, donc dans le cas d’un gros ouragan, plus de chances de garder des sites qui auront moins souffert et rétablir le service plus rapidement. Par expérience, ces petits sites sont beaucoup plus faciles à déployer après une catastrophe et moins énergivores. Certains peuvent fonctionner avec des panneaux solaires si la fourniture en énergie est dégradée.

Des solutions existent déjà, on en entend parler parfois à la Télévision : MicroCell, PicoCell, de petits sites pour la téléphonie mobile au dessus des immeubles, maisons, ou encore les FemtoCell qui se connectent directement à votre routeur pour une couverture cellulaire à la maison. Il ne reste plus qu’à l’adapter à nos spécificités…

Il faudrait aussi moins de liaison sans fil entre ces sites (Point à Point) pour éviter des gamelles (paraboles) qui se dépointent (se dérèglent) au moindre gros coup de vent, les remplacer par de la fibre optique enterrée correctement (bon là, certains opérateurs ont commencé à comprendre cette dernière partie).

Les idéaux résistent mal au réalisme économique

Tout cela a un coût, en sachant que le marché de St Martin/St Barth n’est pas très grand, avec l’entrée en vigueur de l’ouverture du roaming voix “gratuit” des opérateurs métropolitains sur les réseaux de nos opérateurs locaux (moins de revenus), la bataille des prix, toujours moins cher, toujours plus de services, donc toujours moins de revenus à injecter dans un réseau en constante évolution (ils viennent à peine de déployer la 4G qu’il faut déjà investir dans un futur réseau 5G! ). Un autre challenge se présentera à eux : le financement ! Toutes ces solutions ont un coût qui est en général exorbitant. 

Dans un monde idéal, le challenge des opérateurs dans les prochaines années serait certainement de fournir un service de qualité avec des sites plus discrets, une voilure réduite (moins de résistance au vent) et plus économique en énergie (réduction de l’empreinte carbone, chose assez difficile quand on sait que notre électricité est générée par une centrale au Diesel sur notre île, mais il est permis de rêver !). Tout cela à condition que le ROI (Return On Investment, retour sur investissement) soit viable dans un contexte concurrentiel agressif où les revenus diminuent en permanence.

Peut-on être connecté et en bonne santé ?

La 5G serait (dit-on) plus néfaste que la 4G, 3G ou encore 2G. Nous n’avons pas assez de recul pour vraiment savoir quelles sont les conséquences d’une exposition prolongée à ces réseaux… Tout ça est hélas bien trop récent !

Nous devons tout de même rappeler que le téléphone portable qui “dort” à côté de nous émet des ondes (2G, 3G, 4G, Wifi, Bluetooth) dans toutes les directions en permanence ! Nous devons aussi parler de la connexion internet et de son wifi qui est omniprésent dans nos vies ! Ou encore des micro-ondes pour réchauffer les aliments qui est d’ailleurs dans la même bande de fréquences que celle du wifi !? 

La vraie question santé est, si toutes ces radiofréquences/ondes électromagnétiques sont néfastes pour l’homme, sommes-nous prêts/capables d’abandonner notre “petit confort” au profit de notre santé ?

Sébastien Niclausse

Consultant Télécom,
St Martin

Existe-t-il des solutions au Wifi ? Oui la Li-Fi . Cette technologie qui consiste à transférer des données dans une pièce avec un émetteur qui utilise le spectre optique, pas encore assez répandu, excellente explication en ligne sur le site d’EDF : https://www.edf.fr/edf/accueil-magazine/le-lifi-accedez-a-internet-par-la-lumiere
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