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L’armée turque a poursuivi son offensive dans le territoire syrien malgré la condamnation des puissances occidentales et avec la complicité des Etats Unis durant toute la semaine. L’intervention du vice président américain Mike Pence à Ankara autorise un cessez-le-feu de 5 jours depuis hier pour que les populations kurdes évacuent une bande de 32 km de profondeur en Syrie le long de la frontière turque et Donald Trump se réjouit d’avoir par là sauvé des milliers de vies.

Plus de deux cent mille réfugiés, des centaines de morts, des exécutions  sommaires et des milliers d’enfants sur la route de l’exode…

Au nom de quelle cause, de quelle légitimité ? La lutte contre le terrorisme et les menaces de renaissance de DAECH ? Tous les arguments ne sont que balivernes, ou leurre. La véritable raison de l’offensive turque est liée aux difficultés internes, à la crise économique, alors que se lève, nous l’avons vu avec les élections municipales à Istanbul, une vague d‘opposition contre un régime corrompu, contre les atteintes aux libertés individuelles et l’arbitraire de la classe politique.

Il tente de mobiliser le peuple turque sur le thème de la guerre, de la lutte contre le terrorisme, alors que ce régime et la Turquie depuis la révolution syrienne, ont servi d’arrière-cuisine aux recrues djihadistes et aux mouvements extrémistes.

La réaction et les atermoiements de la communauté internationale et des pays occidentaux sont à la mesure de leurs renoncements

La France suspend ses ventes d’armes à la Turquie et son ministre des Affaires Etrangères boycotte un match de football,  France-Turquie !

Mais qui sont ces kurdes ? Un peuple apatride de plus de 42 millions d’âmes écartelé entre quatre pays, environ 17 millions en Turquie, 2 millions en Syrie, 10 millions en Irak, 8 millions en Iran.

L’identité de ce peuple se manifeste par sa langue et sa culture. 70% des kurdes sont de confession musulmane sunnite, qui diffère par ses références du soufisme de l’islam arabe et turc. Les kurdes chrétiens représentent une communauté de 1 million de personnes avec une communauté particulière, se réclamant du yézidisme, qui a été massacrée par DAECH.

L’écartèlement du peuple turc a été imposé par le Traité de Lausanne en 1923, imposé par les pays occidentaux avec une répartition frontalière arbitraire.

Dès lors se développe une vague d’insurrection dans  ces différents pays (Turquie, Syrie, Irak, Iran) et une longue et dure répression des mouvements nationalistes kurdes sans relater la légitimité des mouvements insurrectionnels. Il faut souligner la répression menée en 1980 par Saddam HUSSEIN avec la destruction de milliers de villages et la mort de 100 000 kurdes.

Le peuple kurde, en Turquie depuis ATATURK, a été soumis à une répression permanente de l’armée turque. En 1984, se crée le Parti des Travailleurs du Kurdistan mené par Abdullah OCALAN, d’orientation marxiste.

Ce mouvement mène une résistance intense contre l’état turc. OCALAN finit par être arrêté et se trouve toujours emprisonné en Turquie. Il faut, pour illustrer l’humanité du sultan ERDOGAN, dans la lutte contre le peuple kurde, rappeler qu’en 2016 le Parlement turc à majorité présidentielle a voté l’exemption de poursuites judiciaires pour l’ensemble des faits et actes accomplis par l’armée turque dans le cadre des opérations militaires au Kurdistan turc !

La guerre civile syrienne change les rapports de force et les données géo-politiques dans le nord de la Syrie, le Parti de l’Union Démocratique (PYD) émanant du PKK (parti d’OCALAN) proclame l’autonomie du Kurdistan syrien et crée une milice du peuple (YPG)

Le PKK, au titre de sa lutte contre l’État turc et le mouvement kurde syrien, sont déclarés par les U.S.A, organisations terroristes.

Sauf qu’ en 2014, à la naissance du Califat et de DAECH, les seuls mouvements qui résistent aux troupes djihadistes sont les kurdes d’IRAK et, plus combatifs, les troupes de l’YPG.

Les puissances occidentales ont besoin d’alliés, de combattants pour lutter contre les troupes de DAECH et le risque de basculement du Moyen Orient.  Elles fournissent des armes, un encadrement technique, l’appui logistique et aérien. Les forces kurdes reconquièrent le territoire du Califat et éliminent progressivement DAECH : 1 000 soldats kurdes perdus au combat contre DAECH.

En reconnaissance au sacrifice du sang, les U.S.A. retirent leurs troupes, donnent au sultan ERDOGAN l’autorisation de mettre en œuvre le génocide kurde et l’anexion d’une part de la Syrie. Nous sommes dans la logique de l’absurde, du cynisme où un mélange de décisions contradictoires et confuses démontrent encore, s’il en était besoin, l’inconséquence politique du Président des Etats Unis.

Il s’inscrit dans la ligne d’échecs de sa politique étrangère, en Afghanistan, en Corée du Nord, au Vénézuela, etc…

Certes, les kurdes ne sont pas venus en Normandie en 1944, mais les Etats Unis ont-ils participé aux Croisades ?

Les déclarations à l’emporte pièce du Président des Etats Unis démontrent son inculture totale de l’Histoire et de la lutte des peuples pour leurs libertés.

Il affirme dans une dernière déclaration, que les kurdes “sont une plus grande menace terroristes que l’Etat Islamique”.

Peut-être faudrait-il lui rappeler que le Kurdistan syrien est présidé par un kurde, que le premier vice-président est un arabe, que la deuxième vice-présidente est une femme chrétienne, que le vote des femmes existe, que les confessions s’expriment librement.

Il est vrai que ces valeurs et ces principes ne sont pas partagés par le régime turc et ses alliés…

Dans tous les pays occidentaux, la lutte contre le terrorisme et la radicalisation islamique sont devenus des thèmes aux priorités politiques, mais cette lutte se limite aux déclarations le temps d’une émission télévisée.

Quel exemple, pour l’image des banlieues que celle d’une armée turque triomphante, d’une déclaration turque qui défie l’Occident !

Quel symbole que celui d’un Occident lâche, qui nie et rejette un peuple kurde, celui qui sur les champs de bataille a sacrifié ses enfants pour sa cause, mais aussi pour la cause de l’Occident.

Rappelons cette belle citation d’Elie WIESEL :
“La neutralité aide l’oppresseur jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté.”

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