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Claire Javois n’est pas une femme politique à user à tort et à travers des médias. Elle se définit elle-même comme une femme de terrain avant tout et s’il lui est parfois reproché de ne pas être assez “politique”, elle aime à rappeler que pour elle, la politique se résume aux périodes de campagne, après, ce qui prime c’est le travail pour son île et pour sa population…

Son œil sur l’actualité…

Accueillie par Youth radio dans l’ultra-écoutée émission du Sandbox Tree la semaine dernière, son intervention avait motivé de la part du Saint-Martin’s Week une prise de rendez-vous… oui mais depuis, il y a eu les gardes à vue et le sujet s’impose donc !

“L’urgence impérieuse ne peut pas s’arrêter au 10 octobre 2017, à cette date les saint-martinois ne savaient même pas ce qu’ils mangeraient le lendemain ! (…)
Comment la plus haute autorité de l’Etat peut elle nous dire que l’on va bousculer
les procédures pour aujourd’hui nous faire le procès de les avoir bousculées ?”

Attachée à son identité, à son île, la Députée qui insiste sur le fait que le fond du dossier concerne la justice, prend un peu de hauteur et s’interroge sur la méthode :

“Je ne comprends pas la démarche globale (…) Certains de ces marchés, de ces prestataires existent depuis le temps de la commune. Que certaines choses nécessitent d’être régularisées, c’est une évidence mais cela peut se faire autrement. Saint-Martin a une histoire et un rapport avec la Nation qui n’est pas forcément la même qu’ailleurs. (…) L’Etat a affiché pendant des mois sa volonté de “nous aider”, mais est ce que l’on nous aide vraiment en niant le passé ?
Je suis obligée de me poser la question même si je n’ai pas de réponse claire.
(…) Quand on veut aider, on soutient, on encadre. Là, j’ai l’impression qu’on veut mettre Saint-Martin à genoux”

La compétence locale, sujet d’agacement et objectif permanent

Claire Javois a une certaine expérience de l’encadrement, son statut de directrice adjointe au Radisson, devenu Riu et maintenant The Secret, l’a rompu au management, à la gestion des ressources humaines. Des carrières, elle en a accompagnées beaucoup, amenant un jeune salarié à progresser et trouver son chemin dans le monde de l’entreprise. En tant qu’ex-Vice Présidente en charge du Pôle social, elle a aussi dû se remettre en question sur un sujet qui n’était pas forcément le sien et obtenir la confiance des personnels… Cette expérience la pose en bute avec une image qui selon elle s’installe bien trop lourdement à Paris :

“On nous fait croire que Saint-Martin ne produit pas d’élite, que nous sommes incapables d’assumer nos compétences… mais moi, des jeunes brillants, diplômés et compétents, j’en connais beaucoup. Je ne sais pas quelle est la politique du Président Daniel Gibbs et de son équipe en la matière, mais je crois que nous éviterions bien des écueils si les responsabilités locales étaient effectivement assumées par des personnels qui connaissent Saint-Martin.”

La division, autre point d’inquiétude de la Députée

C’est un sujet récurrent depuis Irma, il était déjà bien présent au cœur des mandatures précédentes : lorsque la politique prend ou reprend le dessus au détriment des urgences et de l’intérêt public, le premier objectif est de créer la division pour offrir des espaces d’existence en préparation des échances à venir…

“Je suis affligée, on peut faire ce que l’on veut, malgré les sujets déterminants pour l’avenir de Saint-Martin, chaque personne met finalement son énergie à briller dans son coin plutôt qu’à chercher le moyen de travailler ensemble. Je ne veux pas que l’on dise un jour que la Députée travaille seule mais je ne peux pas non plus contraindre tous les acteurs à travailler ensemble. J’ouvre des portes, je tends des mains mais je ne peux forcer personne à travailler dans cet esprit là, celui où on met Saint-Martin en avant, où l’on fait le bien pour l’île et sa population avant de faire les choses pour soi. Il faut aujourd’hui des propositions concrètes pour le territoire, des propositions qui relèvent du bon sens et pas de l’action partisane.”

Un sujet qui s’impose régulièrement depuis 2007, les relations internes au Conseil Territorial entre la majorité et l’opposition, mais aussi entre le Conseil Territorial et les parlementaires comme entre nos parlementaires… cette stratification politique, entre Marigot et Paris a complexifié les choses et sait aussi provoquer plus de dissensions qu’au temps de la commune.

“Je crois vraiment que l’on peut remonter la pente, l’espoir est en train de renaître à Saint-Martin. Mais il faut que nous soyons ensemble (…) Tant que l’on n’aura pas compris cela, l’État ne nous considérera pas, notre image ne changera pas et l’on continuera à nous mépriser.”

Le PPRn, il existe des solutions

L’actualité,c’est évidemment aussi le PPRn et si la Députée n’a pas souhaité s’inscrire dans le conflit Etat/COM ni poser de qualificatif sur le projet actuellement soumis à enquête publique, elle est claire à dire qu’il est impossible de demander aux populations concernées de partir. En raison de l’histoire, de l’attachement des familles à ces terres mais pas seulement. “Où les mettrait-on ? On parle de centaines de personnes” s’interroge ainsi la Députée.

Selon elle, la solution tient à l’aménagement et elle appelle de ses voeux un travail collaboratif.

“Pourquoi ne pas trouver ENSEMBLE les moyens d’aménager différemment ? Des solutions existent et pas très loin, en Martinique, en Guadeloupe…”

Consciente des limites de son rôle, Claire Javois se tient à la disposition de tous ceux qui la solliciteront pour partager son savoir et son expérience mais aussi pour relayer la voix de Saint-Martin à Paris mais sait qu’elle ne peut être à l’initiative  d’une telle concertation.

L’immigration, la maîtriser aurait dû être une priorité

Autre sujet qui aurait selon la Députée mérité des prises de décisions concertées, la porosité de nos frontières.

“J’ai pensé qu’au moins après Irma, on aurait pris des mesures de limitation, au travers d’un accord bipartite entre Sint Maarten et Saint Martin par exemple, que l’on aurait levé le pied sur la délivrance des titres de séjour. Mais rien n’a été fait en ce sens.”

Élue à l’origine des contrôles croisés entre les deux parties de l’île vis-à-vis des prestations sociales lorsqu’elle était  Vice-Présidente en charge du social, Claire Javois sait de quoi elle parle et connaît le poids de l’immigration non seulement sur le budget de la Collectivité et de l’Etat mais également en termes de cohésion sociétale. Profiter d’Irma pour gérer la problématique aurait, selon elle, permis de “faire une pause, le temps de remettre les choses à plat avant d’ouvrir à nouveau les portes.”    

Saint-Martin… hors des radars de la nation ?

Son action parisienne, Claire Javois la mène en corrélation avec les besoins du territoire. Récemment et parce que la date butoir des 2 ans après sinistres approchait, elle a obtenu du Président de La Fédération française de l’assurance un report de 6 mois supplémentaires pour les assurés saint-martinois.

“Je saisis les ministères, j’envoie des courriers, je demande des rendez-vous, mais aujourd’hui Saint-Martin n’est plus une priorité nationale. Alors je vais au contact direct des interlocuteurs, c’est comme cela que j’ai pu m’entretenir avec le Président Bernard Spitz.”

Un autre sujet la préoccupe, celui de la fin du dispositif exceptionnel d’activité partielle pour les entreprises saint-martinoise :

“On le sait tous ici, certaines entreprises et je pense beaucoup au secteur hôtelier, n’ont pas terminé leur reconstruction. Il faut que le dispositif lié à l’activité partielle puisse être reconduit, même au cas par cas pour ces sociétés qui n’ont pas abandonné Saint-Martin et qui emploient énormément de monde. On m’a récemment répondu que “l’on ne pouvait pas tout prolonger éternellement à Saint-Martin”, mais je ne lâcherai pas ce sujet.”

Quinze jours à Paris, quinze jours à Saint-Martin, la Députée ne fait pas partie de ceux qui enchaînent les allers et retours pour justifier de leur présence aux frais du contribuable. Elle partage son temps et son énergie à se mettre au service du territoire d’un côté et à défendre une image trop altérée de l’autre. Elle est aussi très attentive à toutes les problématiques ultramarines qui se présentent à l’Assemblée.

Confiante mais inquiète pour l’avenir, la Députée de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin souhaite que les crispations du moment s’effacent au profit d’attitudes plus consensuelles avec un objectif unique : permettre à Saint-Martin et au Saint-Martinois de sortir la tête de l’eau, 2 ans après la pire catastrophe qu’ils aient eu à affronter.

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