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Mesdames et messieurs en vos grades et qualités respectives, 

En tout premier lieu et avant de débuter mon propos, permettez-moi de vous transmettre les salutations de monsieur Daniel GIBBS, président de la Collectivité de Saint-Martin, qui ne peut être parmi nous aujourd’hui, mais qui sera présent pour la deuxième partie de la conférence.

Mon président m’a chargée de vous adresser le message de notre Collectivité. Et c’est avec fierté et conviction – en ma qualité de conseillère territoriale en charge de l’Environnement – que je m’attache à cet exercice. 

Madame la Présidente, chers présidents,

Bonjour à tous et merci pour votre accueil. 

En tant que Caribéens, nous avons la chance unique, et le privilège, de vivre dans la région du monde qui abrite les écosystèmes les plus riches de la planète. La mer des Antilles est un habitat privilégié pour des milliers d’espèces et nous aimons tous à le rappeler : 

80% de la biodiversité française provient des Outre-mer pour 4 % de la population nationale. 

Pourtant, sauvegarder cette richesse est devenu un enjeu vital : cette mission constitue une impérieuse nécessité, et nous oblige à agir. 

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La problématique des algues Sargasses et des pollutions marines provient directement du réchauffement climatique et du comportement de l’homme. 

L’île de Saint-Martin est un petit territoire : 90 km2 de superficie pour une population globale de 75 000 habitants ; des sites naturels d’exception servant d’habitat et de lieu de reproduction à 170 espèces ; 16 lagons protégés par un arrêté de biotope ; une faune et une flore marines particulièrement riches.  

Saint-Martin, plus qu’ailleurs, a beaucoup souffert ces dernières années. 

  • Souffert d’avoir subi l’ouragan IRMA qui a détruit 95% du bâti terrestre, sans pouvoir évaluer l’impact du cyclone sur la faune et la flore marine. 
  • Souffert, car nous subissons, en quelque sorte, une « triple peine ». 

D’abord parce qu’il est difficile voire impossible de réaliser une évaluation fiable du phénomène sargasses. 

Carcomment évaluer l’impact des échouements massifs de ces algues, au niveau économique et social, quand Saint-Martin ne dispose d’aucun outil statistique, notamment en termes de développement durable ! 

Le Président Bruno MAGRAS le sait, nous partageons ce handicap avec nos voisins de Saint-Barth : Pas d’antenne INSEE dans les îles du Nord, ce qui nous confine dans un angle mort statistique et nous pénalise au quotidien. 

La deuxième peine est « budgétaire » car ce fléau vient aggraver l’état de nos finances déjà sinistrées.

Pourtant, alors que la Collectivité de Saint-Martin ne dispose pas de la compétence « Environnement » dévolue à l’Etat, elle n’est pas restée sans rien faire. Loin de là !

Notre Collectivité a intégré dans son plan territorial de sauvegarde tout un volet destiné à la gestion des algues sargasses. 

  • La procédure de ramassage décrite dans ce plan a été discutée en amont avec la Réserve Naturelle de Saint-Martin, la DEAL et la Direction de la mer.

Cet investissement fait l’objet d’un cofinancement avec l’Etat pour un montant global de 750 000 € pour Saint-Martin, dont la moitié doit être financée par la Collectivité. 

Pour vous donner quelques chiffres : 

Sur l’année 2018, la collectivité a dépensé 335 000 € pour le ramassage et le séchage des algues et 260 000 € pour leur traitement. 

En 2019, nous avons passé un nouveau marché public, et nous devons payer une facture de 300 000 € auprès des sociétés titulaires de ces marchés. 

Ces sommes peuvent paraître modestes à l’échelle des grandes collectivités et a fortiori pour le budget de l’Etat ; elles ne le sont pas pour un petit territoire comme Saint-Martin. 

N’oublions pas qu’à l’échelle nationale, cela représenterait un montant de 4 milliards d’euros, presque deux fois le budget du Ministère des Outre-Mer !

Vu l’ampleur du phénomène, nous avons besoin de la solidarité nationale et de l’implication effective de l’Etat : à travers notamment le Fonds exceptionnel de soutien aux collectivités territoriales du ministère des Outre-mer, mais aussi à travers un engagement accru de l’ADEME et de la Banque Publique d’investissement, sur notre Territoire…

Je pense aussi à une déclinaison du programme européen LIFE sur la question des sargasses, qui pourrait prévaloir sur la période 2021-2027.

Ou encore, dans une optique de coopération régionale résolument caribéenne, à la mobilisation du FED régional.

Nous disposons, à ce titre, d’une enveloppe de 40 Millions d’€ sur le programme 2014 – 2020, qui n’a que très peu été consommée, à ce jour. 

Sur ce point, j’en appelle à la coopération de l’île sœur St Barthélemy et à nos voisins de Sint Maarten pour avancer ensemble dans cette démarche.  

Nous avons eu la visite à Saint-Martin, pas plus tard que lundi dernier, du Délégué interministériel aux risques majeurs en outre-mer, monsieur Frédéric MORTIER, qui, après sa nomination en avril 2019, est venu rencontrer le Président GIBBS. 

Il est notamment chargé d’animer et de coordonner la mise en œuvre du plan d’actions interministériel pour la prévention et la lutte contre les algues sargasses. 

Le volet de la coopération régionale et internationale sur la lutte contre cette pollution figure d’ailleurs au programme de ce plan, sans oublier la mobilisation des outils de soutien et d’accompagnement pour les citoyens et les entreprises. 

Voilà un plan important pour nous tous ! Nous comptons donc sur l’implication dynamique, loyale et constructive du délégué, à nos côtés, car il est nommé pour deux petites années : or, les mois vont défiler très vite, et avec eux le retour potentiel de cette pollution marine. 

Troisième « peine », évidemment, l’impact sur notre économie touristique renaissante.

Les plages du nord-est de Saint-Martin, parmi lesquelles les plus touristiques– l’Ilet Pinel et Orient Bay – subissent des échouements massifs d’algues sargasses depuis 2011, avec un pic inédit en 2018. 

L’année 2018 a été éprouvante pour notre population à bien des égards compte tenu du contexte post Irma, mais aussi parce que nous avons assisté à un échouage quasi-permanent des algues sargasses.

Nos entreprises du secteur touristique ont payé un lourd tribut alors qu’elles étaient déjà fortement fragilisées.
Je pense aussi aux habitants des quartiers de Cul de Sac, de Mont Vernon, Orient Bay et Oyster Pond, qui ont supporté, plusieurs mois durant, ce fléau. 

Les secteurs traditionnels, tels que la pêche et les métiers de la mer en général, subissent de plein fouet l’échouage des algues, alors même que nous disposons de la ZEE la plus petite des Outre-mer, avec près de 1000 Km². 

Nous avons des projets ambitieux pour le développement de la pêche saint-martinoise, avec par exemple la création de points de débarquement. Mais ces projets ont été retardés par l’irruption de ce funeste phénomène….  

Autre point de vigilance : la question des assurances pour les dommages subis : elle doit être prise en considération, au regard de la perte d’activité pour les socioprofessionnels, mais aussi pour les particuliers qui rachètent chaque année des équipements électroménagers à cause de l’oxydation émise par les gaz émanant de la putréfaction des algues.

J’en profite pour rappeler que, selon les dernières statistiques fournies par la Fédération Française de l’Assurance, il reste encore près de 200 Millions d’€ à verser sur l’indemnisation post IRMA à Saint-Martin, soit un tiers du PIB de notre territoire. 

Avant de terminer mon propos, je voudrais aborder un point crucial dans la mobilisation collective qui nous anime aujourd’hui. 

La notion d’espoir !

Espoir en matière de valorisation des sargasses, et tout simplement en ce qui concerne les techniques de ramassage… 

Car il est, en réalité, question de renforcer l’effort national de Recherche et Développement (R&D), comme nous le ferions pour n’importe quelle partie du territoire hexagonal… Par exemple pour les « algues vertes » en Bretagne…

Espoir aussi en matière de financements 

Les fonds européens vont nous permettre de lutter contre ce phénomène : le FEDER pour les Régions Ultrapériphériques, et le Plan Sargasses du Gouvernement qui prévoit des crédits pour le cofinancement de matériels en faveur des collectivités. Je pense aussi au « Fonds vert » porté par l’AFD.

Pourquoi, dès lors, ne pas envisager une coopération accrue entre les dispositifs, sur ces thématiques qui nous rassemblent tous : résilience face au changement climatique, lutte contre les pollutions, préservation de la biodiversité ultra-marine… 

C’est l’un des chantiers du Président Daniel GIBBS, qui préside, jusqu’à février 2020, la Conférence des Présidents des RUP. 

En résumé, les sargasses ont : 

  • Un impact économique dévastateur !
  • Un impact sanitaire à prendre très au sérieux !
  • Un impact environnemental plus qu’inquiétant !

Des enjeux majeurs, dont nous devons nous saisir collectivement pour trouver des solutions, nationales, régionales et internationales. Des solutions ambitieuses, concrètes et durables. 

Cela nécessitera, et il faudra bien aborder ce sujet et ne pas se contenter de déclarations générales et de « tweet » auto-satisfaits, des moyens supplémentaires, budgétaires et humains. 

Nous devons ainsi avancer, ensemble, pour mieux comprendre ce phénomène, et lutter efficacement contre ses effets dramatiques…

Je formule le vœu qu’une déclaration commune vienne clôturer cette conférence ; et que des accords et des objectifs de travail conjoints soient élaborés à partir d’un calendrier et d’une feuille de route suivie par tous. 

Feuille de route assortie, je l’espère, nous l’espérons tous, d’une programmation concrète de financements pluriannuels…

Financements à la hauteur de l’enjeu qui nous réunit aujourd’hui…

Car notre avenir se joue maintenant : le développement de nos économies, la santé de nos populations, la préservation de la biodiversité locale -et in fine de notre environnement. 

Et, au-delà, la survie de nos peuples, qui ne sauraient, dans quelques décennies, être contraints de choisir entre l’exil et une existence invivable sur des terres moribondes…

A l’heure du dérèglement climatique et des menaces d’effondrement systémique de nos sociétés, nous ne pouvons plus ignorer que notre liberté et notre pérennité dépendent directement de l’équilibre de la nature qui nous entoure : on fait la politique de sa géographie, de son environnement et de son climat…

Je vous remercie.

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