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Rares sont les quartiers de l’île qui ne possèdent pas une de ses désormais célèbres rosaces multicolores entourant bien souvent un cœur rempli d’espoir.

Les fresques murales fleurissent au gré des humeurs de l’artiste, tant et si bien que nous avons fini par le débusquer au détour d’une rue, armé de ses bombes, pinceaux et feutres, en train de redonner quelques couleurs à un vieux mur terne et défraîchi. 

(Images issues de la page facebook de l’artiste)

Jimmy Sabas alias “MaShin’art” est loin de ressembler à l’archétype du graffeur de cité masqué et bravant la loi pour crier sa haine par un tag symbolique et mystérieux. Bien au contraire, nous sommes en présence d’un artiste au vrai sens du terme aussi bien par la démarche graphique que par l’état d’esprit du garçon qui affiche un large sourire et un optimisme révélateur. 

Originaire de Guadeloupe, il y a fait ses premières armes dès l’âge de 12 ans à l’aide de stylos, crayons et autres outils aptes à laisser des traces calligraphiées sur le support choisi ; sa passion d’adolescent c’est l’écriture davantage pour son design que pour ce qu’elle signifie vraiment quoique l’importance des mots n’est pas le dernier de ses soucis.

Mash hit up !

L’univers du hip-hop dont s’imprègne Jimmy inclut forcément des codes inévitables. Ainsi, il se passionne pour le basket, la musique et découvre les techniques d’utilisation des bombes de peinture en se faufilant à l’extérieur de la maison familiale pour aller apposer sa signature et ses premiers motifs sur les palissades de son quartier. 

C’est à cette époque là qu’il adopte le pseudo de Mash qui peut avoir plusieurs significations : en créole où il a une connotation négative car c’est une expression que l’on adresse plutôt aux chiens et aux poules pour les éloigner sans ménagement, mais c’est aussi un élément du langage jamaïcain pour indiquer une chose bien faite ou un grand succès “Mash hit up”, et c’est bien sûr un mot courant dans le vocabulaire américain qui incite à aller toujours plus loin, plus fort, une confusion des genres qui n’est pas sans déplaire à Jimmy qui continue de dessiner sans relâche tout en poursuivant ses études, ses parents ayant décidé une bonne fois pour toute qu’une carrière de basketteur n’était pas la meilleure chose qui puisse lui arriver. 

Peu importe, il quitte le giron familial et s’exile en Martinique pour intégrer une école d’art où il reste 6 ans, découvrant et apprenant l’histoire au sens large du terme, ce qui l’amènera plus tard à voyager vers l’Afrique pour tenter d’y retrouver ses racines.

Going Back to the Roots

Le voyage coûte cher alors il donne des cours d’art plastique aux enfants mais ne réussit pas à trouver une entière satisfaction dans cette activité, sans doute à cause de la relation professeur/élève qui gâche la spontanéité nécessaire à l’expression du talent chez les jeunes. Une fois ses économies rassemblées, il parcourt le continent africain et s’imprègne de cette culture qui lui faisait tant défaut : art pictural, musique, poésie… Jimmy absorbe tout cela comme une éponge et reçoit le choc de sa vie en visitant la tristement célèbre île de Gorée d’où partaient les esclaves. 

La question identitaire remonte à la surface accompagnée de quelques questionnements, il tente de trouver la réponse pendant 1 an dans le sud de la France, mais en vain car la métropole lui offre un visage rempli de violence même au sein de la communauté antillaise qui s’est fondue dans un système de guerres des gangs défendant leur territoire à grand coups de “nique la police” et autres “F..k” inscrits sur le béton froid des grandes cités. 

Jimmy Sabas ne se reconnaît pas dans ce mouvement négatif, il a rangé au placard ses projets de fresques emplies de chaînes et de boulets datant de l’époque coloniale, selon lui c’est du passé… il ne faut surtout pas l’oublier mais il n’est pas nécessaire de le ressasser au risque de ne plus avancer, bien au contraire “Les blessures qu’on oublie ne peuvent pas être guéries” dit-il, mais selon lui il faut envisager l’avenir avec confiance et sérénité. 

Together We Stand

C’est pourquoi dès son arrivée à Saint-Martin après Irma, Jimmy a tenu à redonner quelques couleurs à l’île meurtrie pour finalement s’y installer un moment puisqu’ici on semble vraiment apprécier son talent.

Les écoles font appel à lui pour animer des ateliers et rapidement un climat de confiance s’installe et donne naissance à quelques belles réalisations comme la fresque des bouchons à Marigot et toutes ces fameuses rosaces aux relents psychédéliques qui font désormais partie de notre paysage et donnent envie de sourire aux gens lorsqu’on les aperçoit. 

Jimmy Sabas n’a pas fini de nous étonner et sa tête fourmille de projets qu’il réalisera demain, ou dans un mois, ou dans un an, au moment qu’il jugera opportun et sans aucune préparation car tout son art est basé sur l’instant présent afin de rester debout, aux aguets parmi les humains et avec eux quoiqu’il arrive, affirmant sans hésitation :
“Together We Stand”. 

Jimmy Sabas Art MaShin est sur Instagram et sur Facebook @mashinart

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