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Saint-Martin est un endroit à part, avec ses contradictions et ses spécificités, de celles qui font que même si l’on passe du temps à critiquer voire dénigrer son prochain et le territoire, on reste tout de même, ou on revient, envers et contre tout.

Une certaine inclination à la division, peut-être…

Parmi ces spécificités, il y en a une, inébranlable, qui s’est dressée plus d’une fois sur la route du Droit, qui résiste à tous les conflits et à toutes les “tentatives d’intrusion” et qui participe sans doute de la résilience des Saint-Martinois face à l’Autre quand il prend l’aspect de l’adversité : une forme d’intouchable et inconditionnelle solidarité. 

En termes plus clairs, nous les Saint-Martinois pouvons nous déchirer sur des sujets divers et variés, parfois même anecdotiques et cela peut même se décliner sur plusieurs générations. We hate each other with a passion (On se hait passionnément) !  

Evidemment, comme dans toutes les micro-sociétés, ces petites (ou grandes) guerres intestines peuvent être alimentées par l’entourage, les “on dit”, les “il ou elle m’a dit que”, les dénonciations et autres mots doux, courriels anonymes, bashing, sur fond d’ambitions politiques et de trajectoires qu’il faudrait ne pas voir émerger… etc.

Unis dans l’adversité, toujours !

Par contre, lorsque l’un d’entre nous est “attaqué” par l’extérieur, à tort ou à raison, dans son bon droit ou pas, ce sont nos tripes qui nous unissent. La fibre devient protectionniste, la défense commune et la pomme de pin hier si disposée à laisser couler sa sève se referme et se durcit. 

Sur le plan judiciaire, le Tribunal de Saint-Martin en a fait l’expérience en septembre 2013 dans le cadre du procès Arnell, Carti, Luftman avec pour résultat la décrédibilisation du procureur.

En 2016, le collectif “Our land matters” parvient à rassembler avec succès des opposants politiques historiques autour de la défense du patrimoine foncier privé. Plus récemment, un promoteur immobilier a dû abandonner son projet de développement à Saint-Louis face à un front populaire uni et déterminé à préserver son entre-soi.

Encore plus récemment, le PPRN a provoqué une “belle” unanimité contre lui, au sein et hors de l’hémicycle territorial tandis que le désamour avec les outils et les représentants de la République se généralise de plus en plus au point d’en devenir très “tendance”.

Les ennemis de mes ennemis ne sont pas forcément mes amis

Alors… Certes, il n’y avait pas de comité de soutien à la sortie des élus de leurs gardes à vue. Et effectivement, la Team Gibbs ne remporte plus l’adhésion populaire qui l’a si largement portée au pouvoir. Oui, à l’usage, le groupe doute, le citoyen a perdu confiance et peut-être même espoir, et certains fourbissent leurs armes électorales, les sanctions venant traditionnellement des urnes. 

Mais là, c’est différent… Nos élus, nos représentants sont menacés par un danger qui ne vient pas de l’intérieur et loin de toute considération juridique, politique et/ou éthique, c’est tout un peuple qui risque de se sentir stigmatisé et agressé, d’autant plus qu’ils sont 3, chacun jouissant d’un capital sympathie propre.

Dès lors, l’action menée par la justice autour de l’exécutif local, même si jugée nécessaire par un grand nombre au regard du volume d’affaires et de suspicions de collusion qui relèvent du secret de Polichinelle et s’amoncellent depuis des décennies, n’est pas plébiscitée par la masse et pourrait même donner lieu à une réaction populaire forte. Wait and see…

En attendant…

Emmanuel Macron, le 30 septembre 2018
“une île dans laquelle il y a eu trop de connivences, trop d’entente, parfois même de la corruption”

Après les mots du Président de la République l’année dernière, les récentes gardes à vue déjà relayées par les médias nationaux grâce au correspondant AFP local, ce passage par la case Tribunal du président et de 2 vice-présidentes de la COM contribuera forcément à égratigner un peu plus l’image de Saint-Martin à l’extérieur, et ce quelle qu’en soit l’issue. 

Quelle qu’en soit l’issue, car si la justice se veut par définition sourde et aveugle, et même si le procureur ne semble avoir aucun doute sur l’avération des faits, il serait inique de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, en oblitérant la force des réseaux, le temps laissé aux tractations, le poids des services rendus ou encore l’existence d’intérêts dits supérieurs…

Tout ce qui fait que parfois, même la justice doit se résoudre au compromis. 

Dans notre contexte actuel, une telle hypothèse signifierait par contre un nouveau discrédit certainement fatal de l’action locale de l’Etat tout en portant les présumés innocents au rang de martyrs, autant dire une invitation à brûler tous les Codes de la République sur le territoire… 

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