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11 Novembre… Au-delà du devoir de mémoire national, notre île est censée être en fête des deux côtés de la frontière, en l’honneur de son saint patron. 

Ainsi, du chœur de l’église catholique Saint-Martin de Tours au Sint Maarten Festival Village résonnait l’hymne local célébrant la concorde, l’harmonie et la diversité de la population de Sweet Saint-Martin’s land. 

Pendant ce temps, les autorités officielles étaient réunies côté hollandais afin de tenter, comme chaque année, de magnifier la communauté de destin et prôner la nécessaire coopération au travers de projets qui prennent trop souvent des allures d’Arlésienne.

A la Saint-Martin, pas de frein ?

Lundi en fin de journée, toute personne ayant velléité de traverser Sandy-Ground se sera heurté à un mur de palettes et poubelles érigé par quelques individus ayant pris l’initiative de privatiser la voie publique au bénéfice exclusif, à première vue, des seuls deux-roues.

Oui donc, pour une part de la société, la Saint-Martin se célèbre à coups de vrombissements et de dérapages. Tout au long de la journée déjà, de nombreux engins traversaient l’île à toute allure, bruyamment et souvent de façon désordonnée. 

Crédit Photo RM Photography @rmpsxmhotography

Une sorte de désormais rituel venu remplacer les traditionnelles courses de vélo ou balades à pied ; autres temps, autres mœurs ? C’est sans doute ce qu’ont pensé les forces de l’ordre lorsqu’alertées quant au blocage de la rue de Sandy Ground se sont contentées d’un laconique “On sait, faites le tour !” sans juger leur présence sur site utile, ne serait-ce que pour assurer la sécurité ou régler la “déviation” imposée par les bloqueurs, faisant de l’endroit une zone de non-droit de fait…

Puisqu’il n’y a pas eu, officiellement, d’incident à déplorer, d’aucuns jugeront ce non-interventionnisme opportun, au nom de l’apaisement, de la paix sociale notamment, tandis que d’autres pourront regretter une forme de démission de l’autorité.

Un progrès toutefois, les pilotes et autres voltigeurs étaient plus nombreux cette année à porter le casque…

Lorsque le gendarme devient conseiller ès manifestations

Quoiqu’il en soit, il semble indéniable que la gendarmerie semble à Saint-Martin, sans doute plus qu’ailleurs, soumise à quelques adaptations tant dans son rôle que dans son modus vivendi. Nous n’épiloguerons pas ici sur les liens amicaux qui peuvent se nouer entre le citoyen et le militaire, ni même sur les conséquences supposées de la participation de certains officiers à des soirées d’une certaine jet-set locale… Par contre, une scène filmée à l’occasion du blocage orchestré par Soualiga United il y a une quinzaine de jours nous interpelle. 

Ce jour là, n’ayant pas été reçus la préfète, les manifestants avaient décidé de bloquer le rond-point d’Agrément pour dénoncer ce qu’ils ont vécu comme un manque de respect. Et c’est au moment où la dispersion fut décidée par les forces de l’ordre que nous avons pu assister à une scène quelque peu surréaliste.

Un gendarme zélé, sans doute fort de sa couleur de peau dans ce contexte hautement communautariste, s’est érigé en médiateur / conseiller stratégique des manifestants, et tout cela, en créole guadeloupéen s’il vous plaît… 

Ainsi, après avoir expliqué que le mouvement débuté à 7h00 avait bien assez duré, le militaire dont on apprend sur la vidéo qu’il est originaire de Basse-Terre a pris les grèves guadeloupéennes en exemple pour inviter les manifestants à étaler leur mouvement sur plusieurs jours, l’urgence étant alors de libérer les lieux.

Au cours de longs palabres,le gendarme a de nouveau pris en exemple la Guadeloupe et le LKP pour illustrer le fait que les blocages n’avaient plus, selon lui, le vent en poupe, et a enjoint les bloqueurs à se rendre chez celle qui cristallise leurs revendications : “La préfète n’est pas là, c’est nous qui sommes là pour dialoguer avec vous. C’est avec elle que vous avez un problème, allez devant chez elle !”

Il est vrai que notre expérience de la grève et des manifestations est sans doute à parfaire mais lorsque les forces de l’ordre se prennent à vouloir orienter la grogne, de surcroît en exposant, ne serait-ce que dans le verbe, leur propre hiérarchie, n’y a-t-il pas de quoi perdre son… créole ?


Code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale
Article R. 434-2 : Au service des institutions républicaines et de la population, policiers et gendarmes exercent leurs fonctions avec loyauté, sens de l’honneur et dévouement.
Article R. 434-11 – Impartialité
Le policier et le gendarme accomplissent leurs missions en toute impartialité.
Ils accordent la même attention et le même respect à toute personne et n’établissent aucune distinction dans leurs actes et leurs propos de nature à constituer l’une des discriminations énoncées à l’article 225-1 du code pénal (Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques sur le fondement de leur origine, (…) de leur capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie).
Article R. 434-29 – Devoir de réserve
Le policier est tenu à l’obligation de neutralité.
Il s’abstient, dans l’exercice de ses fonctions, de toute expression ou manifestation de ses convictions religieuses, politiques ou philosophiques.
Lorsqu’il n’est pas en service, il s’exprime librement dans les limites imposées par le devoir de réserve et par la loyauté à l’égard des institutions de la République.
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