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Cela fait bientôt vingt ans qu’il parcourt sans relâche les moindres recoins des zones préservées de l’île pour veiller à leur bonne santé et éventuellement y traquer quelques braconniers indélicats.

C’est vous dire s’il connaît la mangrove et les fonds marins comme sa poche, d’autant plus que lorsqu’il était tout jeune son grand-père pêcheur lui a fait découvrir quelques endroits secrets, tout en lui enseignant le respect de cette nature qu’il a désormais pour mission de protéger coûte que coûte.

Christophe Joé est né en 1981, il a vécu toute son enfance dans le quartier de St James. Ses projets d’avenir de petit garçon étaient de devenir pilote, puis il a bifurqué vers des études plus classiques qui lui ont permis d’obtenir un BEP en électrotechnique. Mais l’appel de la nature a vite pris le dessus et il a choisi de faire une formation à l’issue de laquelle, un BTS “Aménagement des espaces naturels et agent forestier” en poche, il effectue un stage dans le parc naturel de la Guadeloupe.

Comme un poisson dans l’eau

Cette fois-ci, il a trouvé sa voie et dès son retour à Saint-Martin, il postule pour un poste à la Réserve Naturelle qui vient d’être créée deux ans plus tôt.

A sa grande surprise, il est retenu et il est aussitôt jeté dans le grand bain, il y a tant à faire.

Après avoir passé son permis côtier en compagnie de Nicolas Maslach, l’actuel directeur-conservateur de la Réserve Naturelle, il complète sa connaissance du terrain et enchaîne les réunions à un rythme soutenu, il parcourt le littoral aux côtés d’un maître en la matière qui n’est autre que Christophe Henocq bien connu ici puisqu’il assure une mission archéologique et scientifique au sein de la Collectivité.

Dès lors, il n’a cessé de découvrir et d’apprendre davantage, il effectue plusieurs formations complémentaires en Martinique, en Guadeloupe et même aux Etats-Unis par l’intermédiaire d’internet.

L’élément marin étant un de ses favoris, il cherche à mieux comprendre son fonctionnement et réalise que certains gestes du quotidien qui paraissent insignifiants peuvent se révéler catastrophiques à plus ou moins long terme. Ainsi, Christophe se souvient du temps où étant gamin, il allait chercher régulièrement des seaux de sable sur les plages pour effectuer quelques travaux à la maison sans se douter une seconde que ce prélèvement pouvait endommager très fortement le littoral s’il était répété fréquemment.

Il appelle les baleines par leurs prénoms

Difficile de faire comprendre à une population ancrée dans des siècles d’habitudes qu’il faut laisser le sable là où il est, que les tortues marines ne doivent plus être massacrées pour leur chair ou pour leur carapace, qu’il existe des règles à respecter pour la pêche aux lambis et surtout que la nature ne doit pas être considérée comme une décharge publique. D’autant plus difficile quand le rapport à l’environnement a changé, que la densité de population a explosé tout comme l’urbanisme…

Alors, il faut surveiller sans cesse, pour prévenir, pour expliquer et pour tenter d’éduquer les plus récalcitrants des citoyens qui continuent de déverser des gravats dans la mangrove, qui pêchent dans des zones non autorisées ou qui ne respectent pas les quotas.

Christophe regrette d’avoir parfois à user de son pouvoir répressif car sa fonction l’autorise à verbaliser les contrevenants, non sans leur avoir fait la leçon au préalable, mais il reconnaît qu’il se montre quelquefois indulgent avec des plaisanciers mal informés ou des petits braconniers occasionnels.

S’ajoute à cela l’aménagement des fonds marins pour lequel il ne compte pas son temps ; il a des étoiles dans les yeux lorsqu’il nous montre fièrement les récifs artificiels installés par l’équipe de la Réserve Naturelle, peuplés de poissons et de langoustes, et sur lesquels le corail pousse à grande vitesse grâce à l’efficacité du repiquage et de l’implantation réalisés souvent au moyen de techniques qui en étonneraient plus d’un.

Lorsque c’est la saison, avoir l’occasion d’aller écouter les baleines en compagnie de Christophe est une expérience inoubliable, il connaît les endroits où elles se cachent et où elles jouent en chantant des mélodies que notre homme reconnaît et distingue sans problème tant les mammifères marins lui sont familiers, c’est tout juste s’il ne les appelle pas par leurs prénoms (à supposer qu’ils en aient un).

127 tonnes de déchets après Irma

Christophe Joé reconnaît volontiers qu’il est multitâche et nous donne quelques chiffres qui laissent à réfléchir, le plus significatif d’entre eux reste tout de même le poids total des déchets récoltés uniquement sur le territoire de la Réserve Naturelle de Saint-Martin après Irma : 127 tonnes ramassées à la main en 2 mois !

D’après lui, il reste encore du travail mais il se montre globalement satisfait de l’état actuel du littoral dont il a la charge ; ce qui le désole en revanche c’est de constater que certaines tranches de la population saint-martinoise n’aient que faire de la protection de la nature. Il admet que les plus anciennes générations soient encore imprégnées d’habitudes ancestrales incompatibles avec notre époque, mais chose plus étonnante, il constate que malgré les efforts développés dans les écoles pour éduquer et sensibiliser les enfants, de nombreux jeunes semblent se préoccuper bien peu de cette planète qui est la leur et qu’ils abîment davantage jour après jour.

Christophe n’aura de cesse de mener son combat et il arrive parfois qu’il assiste à des moments de grâce et de pur bonheur comme le jour ou il a vu revenir les flamands sur Saint-Martin.

“Chassez le naturel, il revient au galop” dit-on souvent il se pourrait bien que Christophe Joé soit en tête de la course.

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