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Il est localement un discours historiquement admis qui place le tourisme au centre du développement économique du territoire et nul ne pourra effectivement nier sa prégnance dans les activités humaines et entrepreneuriales. Pour autant, il existe d’autres axes de développement et deux sociétés locales ayant emprunté celui du numérique participent discrètement du rayonnement de Saint-Martin à l’extérieur de notre sombre marigot.

Rayonnant Dauphin Telecom

Solidement ancré depuis plus de 20 ans, sponsor de nombreuses associations et manifestations, animateur commercial incontesté de la rue de la République avec ses devantures actualisées au fil des saisons, promoteur de la culture locale et gardien du patrimoine bâti, exemplaire consommateur de fonds européens et porteur de projets de coopération, Dauphin Telecom est un acteur incontournable non seulement de l’économie mais aussi de la société saint-martinoise.

Nulle surprise dès lors que son directeur commercial et marketing Philippe Morel ait été pressenti à la tête de la future agence de développement économique dont la gestation prend de plus en plus des allures d’avortement ; nul étonnement non plus que sa directrice générale Eve Riboud soit aujourd’hui fer de lance de la FIPCOM en quête de reconnaissance et de développement.

Mais la “petite entreprise qui ne connaît pas la crise” (malgré ou grâce à un plan de redressement en cours depuis 2009) n’entend pas s’arrêter là. Ainsi, après Saint-Martin, Saint Barth, la Guadeloupe, la Martinique, l’entreprise locale déploie désormais son savoir-faire et ses offres en Guyane, avant de s’attaquer bientôt à la métropole.

Philippe Morel, directeur commercial et marketing
“Dauphin Telecom assure la continuité de territoires et de services pour toute entreprise souhaitant grandir en Métropole ou y possédant déjà une filiale. Il s’agit, à l’échelle des DOM, d’une véritable forme de solidarité avec les entreprises. Elle permettra d’accompagner la croissance des professionnels qui ont l’audace d’investir en France métropolitaine.”

Lorsque l’excellence “dauphinoise” dépasse nos frontières et que l’on retrouve par exemple le visage familier de l’inépuisable Philippe Morel à la Une du Guyamag, “magazine incontournable sur l’actualité des réseaux et des entreprises en Guyane”, on a comme une envie irrésistible de pousser un Cocorico (à défaut de connaître le cri du Pélican…) !

Incontournable Computech

Il est une autre société saint-martinoise qui a choisi de faire bénéficier à la Guadeloupe de l’expertise locale : Computech. Depuis son inauguration en grande pompe en 2013, le centre de technologies de la société Computer Technologies s’est en effet posée en référence IT auprès des pouvoirs publics et n’a cessé de se développer tant en termes d’offres que de territoires couverts, fidèle à son projet initial.

Jean Arnell, gérant associé de Computech dans le rapport d’information de la Délégation sénatoriale à l’outre-mer, Défis et opportunités – Collectivités françaises des Amériques, en mai 2016
“La priorité sera d’ouvrir Saint-Martin à l’international, pour ménager l’accès à de nouveaux marchés aux entreprises locales. Dans le cadre de cette stratégie, l’accent sera mis sur une intégration régionale structurée, avec trois points d’ancrage : l’accessibilité, les structures de coopération économique et le capital humain.”

Jean Arnell & Alain Roper, co-gérants de Computech et leur équipe en 2014 Source : Facebook @computech sxm

Data center, fournisseur de prestations informatiques et de matériels, concepteur de systèmes d’information et de logiciels, chargé de maintenance, coordinateur du nouveau permis de conduire et autres applications fiscales, loueur de bureaux, etc… Computech s’est naturellement largement imposé auprès de la Collectivité dont elle détient et gère la base de données, au point d’y faire office de Direction informatique jusqu’à ce que la Chambre Territoriale des Comptes le dénonce dans son rapport sur la gestion de la COM de 2007 à 2016.

Naturellement déployée aussi à Sint Maarten et Anguilla, Computech a su rapidement proposer ses services en Guadeloupe où la société est aujourd’hui implantée.

L’herbe est-elle plus verte ailleurs ?

Le secteur des technologies de l’information et des services numériques dispose localement de réels porte-étendards sur lesquels la diversification et le développement de notre économie pourraient s’appuyer, mais il faudrait pour cela que cette nouvelle voie  résonne en harmonie avec la vision politique de la gouvernance en la matière.

En attendant, les fleurons des nouvelles technologies saint-martinois s’exportent avec brio et participent d’un rayonnement positif, trop rare, de Saint-Martin à l’extérieur.

En cela, ils se doivent d’être félicités voire accompagnés, d’autant plus que le Schéma Directeur Territorial d’Aménagement Numérique de Saint-Martin mis sur les rails depuis 2015 ne semble plus pouvoir être l’incubateur de la réussite numérique, comme nous vous l’expliquerons dans une prochaine édition.


Extrait Rapport CTC
A la suite d’un audit réalisé en 2003, sans mise en concurrence, par la société C. dénommée C., la même société a réalisé un schéma directeur informatique pour les années 2004-2007, toujours sans mise en concurrence. 
En 2007, la collectivité, sur la base du diagnostic de 2003, a décidé d’externaliser la maîtrise d’œuvre et les fonctions supports (formation, accompagnement au changement, conduite de projet) en les confiant à une entreprise experte. Une nouvelle mission consistant à actualiser l’audit de 2003 et le schéma directeur de 2004 a été confiée à la même société, sans mise en concurrence pour un montant de 40 000 € HT. 
La même année, la collectivité a lancé un appel d’offres ouvert sur la base d’un cahier des charges dont l’élaboration nécessitait des compétences que la collectivité ne possédait pas et pour laquelle elle ne s’était pas attaché les services d’un assistant à maîtrise d’ouvrage. Il en est de même de l’analyse des offres. Ni la collectivité, ni la société entendue n’a pu produire à la chambre le nom du ou des rédacteurs des cahiers des charges des consultations relatives à la maîtrise d’ouvrage déléguée qui, depuis cette date, ont toujours été attribués à la société C. 
Depuis 2009, le chiffre d’affaires octroyé à cette société par la collectivité représente plus de 7 M€11.  
En 2011, le contrôle de légalité a souligné le manque de mise en concurrence de la procédure afférente au marché 10/DSI/017 (marché de maîtrise d’ouvrage déléguée), d’un montant de 424 600 € par an sur quatre ans, dans un courrier du 4 mai 2011 auquel la collectivité a répondu qu’elle considérait que, de son point de vue, la concurrence avait eu lieu compte tenu de la publication effectuée au Journal officiel de l’Union européenne. 
Au final, la collectivité a payé un service sans en connaître véritablement le prix, fixé par la société C., seule à répondre aux appels d’offres en matière de maîtrise d’ouvrage déléguée par la collectivité. La sauvegarde des deniers publics commande qu’elle mette fin à cette pratique et internalise la compétence d’ingénierie en informatique. Elle doit, à tout le moins, être capable de rédiger des cahiers des charges et réaliser des analyses des offres si elle souhaite continuer à externaliser sa maîtrise d’ouvrage informatique et d’autres composantes du rôle dévolu à un maître d’ouvrage. 
Dans leurs réponses, la société et l’ordonnateur ont fourni un document dénommé « Evolution du système d’information et de communication 2005-2015 » sous le logo de la collectivité, et présentant le bilan des activités de la DSI. Les auteurs du rapport sont les co-gérants de la société en cause. Le rapport précise que la DSI est « dotée de neuf agents permanents installés dans un bureau à Galisbay […]. Elle comprend un directeur, quatre agents supports utilisateurs, deux agents au service « Desk » et deux agents à la gestion des infrastructures. Un véhicule de service est attribué à la direction ». 
Le nom de domaine des adresses électroniques des auteurs du rapport est celui de la collectivité (@com-saint-martin.fr). 

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