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Mardi 3, le président Gibbs convoquait la presse pour poser le cadre dans lequel il s’apprête à signer le très attendu avenant aux protocoles de reconstruction signés en novembre 2017 et “présenter aux Saint-Martinois ses enjeux”.

C’est un Daniel Gibbs, entouré de 6 élus de la majorité, particulièrement remonté mais aussi très touché qui s’est livré aux médias, l’avenant aux protocoles n’apparaissant dès lors que comme un alibi à l’exutoire. L’objectif affiché était clair : expliquer à la population, par voie de presse, à quel point la tâche est ardue et le chemin semé d’embûches, l’avenant incriminé étant vécu comme l’ultime affront étatique à la Collectivité.

Un président harcelé

Il est rare que Daniel Gibbs accepte d’endosser le rôle de victime, mais nécessité faisant sans doute loi, c’est pourtant sur un ton solennel et parfois accablé qu’il a choisi de mener son propos mardi dernier, avec pour résultat une indéniable empathie de la part de son audience partagée entre hochements de tête et soupirs compréhensifs. Il faut dire que, et la campagne électorale de 2017 a su le prouver, l’homme a un talent certain pour séduire et convaincre…

Le président s’est ainsi livré, pendant près d’une heure, sur les difficultés rencontrées au quotidien par les élus dans l’exercice de leurs fonctions et compétences ; difficultés relevant principalement de la responsabilité de l’Etat et de ses décisions “unilatérales” et/ou “discrétionnaires”, qui contrôle mais ne paie pas, qui donne d’une main et reprend de l’autre, qui “entrave”…  et qui font admettre au leader de la Team Gibbs qu’à plus de deux ans et demi de mandat, le programme sur lequel elle a été élue est quelque peu tombé aux oubliettes :

“jusqu’à présent, notre équipe – dans ce contexte ultra dégradé – n’a pas eu les moyens de faire ses preuves et de mettre en œuvre, comme nous le souhaitions nos projets structurants.”

Un président en colère

Au-delà de Daniel Gibbs et de sa Team, c’est la Collectivité tout entière qui est malmenée par “ceux qui sont derrière”, selon le Président qui pense qu’il “est temps aujourd’hui que la population sache comment Saint-Martin est traitée.

La longue énumération des problèmes auxquels la majorité est confrontée et la description de l’attitude des services de l’Etat vis-à-vis de la COM (silence, délais extrêmement contraints, etc) ont, c’est évident, le don d’irriter le poil présidentiel de celui qui considère avoir passé “2 ans à suivre les recommandations, à essayer de faire le maximum pour que les choses avancent”…

La coupe semble pleine et c’est notre fibre territoriale qui vibre lorsque le président résume la situation en ces termes :

“Bref, avec la Préfète déléguée et le Préfet de Guadeloupe, nous jouons à leur demande, depuis plus d’un an, à pile ou face : Pile, l’Etat gagne ; Face, la COM perd !…”

On aurait alors presque envie de se joindre au président lorsqu’il martèle “Ca suffit ! On ne traite pas ainsi une collectivité qui sort d’un tel marasme”… juste avant de se souvenir que la situation actuelle, le traitement qui est réservé à Saint-Martin par la Nation ne sont que la résultante de :

  • une erreur stratégique majeure. A moins de s’appeler Magras et de gérer une collectivité autonome financièrement et maîtrisée sociétalement, comment un élu local pourrait-il sortir gagnant d’une guerre frontale avec la représentation de l’Etat ?
  • notre déplorable image véhiculée à Paris, que les récentes convocations au tribunal n’ont certainement pas contribué à réformer dans le bon sens.

Si l’on se prenait au jeu des adages si chers à Daniel Gibbs, on irait même jusqu’à dire que “comme on fait son lit, on se couche”…

Un président interrogatif 

Tout au long de ce moment de vérité face aux médias, visant à ce que “les choses soient claires, que les choses soient transparentes et surtout que les choses soient dites”, le président du Conseil territorial s’est interrogé :

  • Comment pouvons-nous travailler dans la confiance et le respect, quand les règles du jeu changent en permanence ? 
  • Comment pouvons-nous sérieusement travailler dans ces conditions ? 
  • Comment puis-je avoir une stratégie à long terme avec une vision à long terme si je ne sais pas quel est le montant qui va être finalisé dans la partie de la caisse de l’Etat ?
  • Comment puis-je savoir si mon budget va pouvoir soutenir l’intensité budgétaire ?
  • Que penser de tout cela ? Je veux qu’on m’explique…

L’heure semblait, sinon à la remise en question, au moins au questionnement. Et bien que le président ait pu paraître sincère, en réelle quête de réponses, personne, ni parmi les élus présents, ni au sein de son équipe administrative et cabinet, ne semblait détenir celles-ci…

Un président résigné (ou raisonnable)

Quoiqu’il en soit, pour en revenir à l’objet de la conférence de presse, même si le président Gibbs déplore les “méthodes” de l’Etat ainsi que “l’urgence et la précipitation” imposées et même s’il admet que la COM aura “toutes les difficultés du monde à remplir les obligations et contraintes imposées”, il a annoncé qu’il signerait l’avenant proposé (ou imposé) puisqu’il n’avait pas d’autre choix.

“Bien sûr, nous acceptons ce versement ! Comment le refuser dans notre situation…?”

Ainsi, mis au pied du mur, contraint budgétairement, pressé temporellement, sous le coup d’une instruction judiciaire, initiateur de recours contre l’Etat auprès du Tribunal administratif, encore sonné par le dégagement d’office de près de 20 M€ de FSUE, “chat échaudé” selon ses propres termes, Daniel Gibbs a donc décidé de signer, contre son gré pour “s’inscrire dans une démarche positive d’investissement” et parce que, selon lui, “les Saint-Martinois ont envie de voir des gens qui vont de l’avant et pas des gens qui s’entêtent.”

Une (certaine) presse circonspecte

Dès son introduction, le président a donné le ton et exprimé une attente on ne peut plus claire vis-à-vis des organes de presse réunis pour pouvoir porter son message à la population : éviter que “la machine médiatique s’envole… sans analyse objective, ni maîtrise.”

Toujours très attentif à la parole présidentielle, le Saint-Martin’s week a donc suivi scrupuleusement ses conseils, et notamment celui lié à la consultation du Document de politique transversale (DPT) outremer adossé au PLF dont Daniel Gibbs nous avait même précisé le numéro de page et programme concernés.

“Ils sont consultables par tout citoyen, et bien sûr… par tout journaliste !”

Conscients de notre rôle de vecteur d’information au service du territoire, mais revendiquant aussi fièrement une certaine capacité d’analyse et une liberté conférée par nos fidèles annonceurs et l’absence de toute subvention publique, nous avons également consulté l’avenant au protocole et même les orientations budgétaires 2020 afin de jauger par nous-mêmes l’injustice et l’acharnement que subirait la COM, constat qui nous aurait sans doute permis de rejoindre la mouvance collective, vent debout l’Etat.

Sauf que… Comme vous pourrez le constater plus loin, les écrits sont clairs et les faits têtus, et même si on peut comprendre le sentiment des élus qui ont indéniablement hérité de la pire mandature de l’histoire de Saint-Martin, l’émotionnel n’a pas d’espace légitime dans les relations des collectivités avec la République, ni dans la stratégie politique au service de l’intérêt général. Aussi, bien que l’intervention du président, fond et forme, eût pu, de prime abord, faire pencher la balance du côté de la veuve et l’orphelin, on a tout de même comme une envie de dire, à la lumière des documents, qu’il faudrait peut-être arrêter de nous prendre pour des “gens bons”…

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