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On s’y attendait, c’était “dans les tuyaux” même si l’on ne savait pas exactement quand cela surviendrait… Hier jeudi, l’île a vécu au rythme des blocages qui avaient été mis en place au petit matin à Sandy Ground, Low Town et Rue de Hollande, Grand Case, French Quarter, Marina royale… bouchons, grogne, retards, fermetures de classe et absence de cantine ou de ramassage scolaire…

Cet article a été écrit au fil de l’eau d’une journée chargée et l’actualité pourrait au moment où vous lirez ces lignes s’être enrichie de nouveaux moments… En effet, les évènements perduraient au moment de la mise sous presse dans une ambiance assez insurrectionnelle…

6:00 du matin… les carcasses de voitures sont une aubaine pour les organisateurs des blocages…

Le message des organisateurs est court : “Nous nous levons aujourd’hui contre l’oppression de l’état, nous nous mobilisons contre cet acharnement de la collectivité par le biais de l’état contre les St-Martinois.

Elles sont connues, elles trouvent leur origine dans la destruction du restaurant de plage “chez Raymond” et de l’établissement de Gus à Baie Rouge. Quelques poubelles avaient d’ailleurs brûlée en décembre 2018 à Sandy Ground.

La grève de la CTOS qui a duré 5 mois n’avait pas laissé d’espace suffisant pour que les mécontents trouvent le moyen d’exister et ce sont le PPRn et la crise des bromates dans l’eau qui leur redonneront la possibilité d’exister avec un seul mot d’ordre : que le mouvement soit réellement issu du peuple. Nous ne trahirons ici aucun secret, Cédrick André est au pivot de ce mouvement.

Au delà de ces raisons officielles, cela fait des mois que nous jouons encore les lanceurs d’alerte tant il était évident que le terreau est favorable à l’émergence de ces “mouvements insurrectionnels”, entre lassitude d’une part de la population, angoisse d’autres vis à vis d’un foncier paralysé ou en peine de régularisation, taux de chômage reparti à la hausse et reconstruction qui s’éternise…

Une manifestante nous lançait en matinée :
“Où sont les élus ??? Ils sont supposés représenter le peuple, ils disent qu’ils sont contre le PPRn mais ils ne sont pas là quand le peuple a besoin d’eux ! Ils ne trouvent pas d’argent pour répondre à nos besoins mais en trouvent suffisamment pour faire leurs voyages et dormir dans leurs hôtels !”

Les pièges…

Comme tout mouvement, et parce qu’il est supposé fédérer la population, électorat potentiel, l’Union des Peuples Travailleurs Saint-Martinois se méfie de la récupération politique de leur action. C’est en ce sens que les blocages d’hier ont été menés de façon très discrète mais organisée. Les élus locaux ne feront d’ailleurs leur apparition qu’à la mi-journée, le décor étant suffisamment planté pour pouvoir prendre la lumière…

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“On en a marre des discours des politiques et on en a marre de subir l’oppression de la France. Notre situation s’aggrave de jour en jour, les vrai sujets ne sont pas traités.”

A Low Town, la gendarmerie après une longue période d’observation a fait enlever le camion qui barrait la route avant d’avancer vers les manifestants qui procédaient à la construction de barrages improivisés au fur et à mesure de la progression des forces de l’ordre.

Le barrage de la rue de Hollande a été lui rapidement levé.

A Grand-Case et Quartier d’Orléans, les initiatives se sont multipliées au fil de la journée…

Si les choses se sont passées dans un calme relatif à Low Town et rue de Hollande, les organisateurs savaient pouvoir compter sur Sandy Ground pour qu’un barrage au moins perdure.

La stratégie des manifestants semble reposer sur un système de petits barrages légers posés de façon impromptue sur les axes de circulation… il y a de la guérilla urbaine dans cet esprit là !

Dès lors il était impossible pour les forces de l’odre d’intervenir sur tous les fronts.

Pour la gendarmerie, l’intervention à Sandy Ground était une opération à risques et a mobilisé beaucoup de ressources… Un drone a été envoyé au dessus du blocage vers 12:45 pour évaluer la situation.

Peu avant 14:00, les gendarmes menaient la charge pour libérer la voirie et franchissaient le pont.

“A Sandy Ground, il n’y a pas de problème pour mobiliser la population qui a l’impression d’être oubliée par les élus et les pouvoirs publics. Nous avons plus de problèmes à calmer les gens sur le barrage parce qu’ils sont excédés, ils n’en peuvent plus de la situation du quartier.”

Au bilan, les manifestants se sont dispersés non sans avoir fait un stock de rocks dans les petites ruelles du quartier non sans avoir incendié tout ce qui pouvait l’être au préalable : véhicules, palettes et poubelles  déchets divers…

Sandy Ground en termes de theâtre de mouvements et de manifestations, c’est une souricière et le capital sympathie pour les forces de l’ordre est proche du zéro. Les participants, et les vidéos en témoignent, s’amusent littéralement avec les forces de l’ordre, un moyen de tuer le désœuvrement…

Une bonne cinquantaine de tirs de gaz ont été effectués.

La Guadeloupe a été sollicitée et des renforts, une vingtaine d’hommes, devaient arriver à Saint-Martin la nuit dernière…

Vu à Sandy Ground…

Un peu après midi sur le barrage de Sandy Ground, les “officiels” faisaient leur apparition.

Steven Patrick, 4ème Vice Président en charge de l’urbanisme s’est rendu sur le site de Sandy Ground et témoignait du fait qu’il comprenait pleinement le mouvement. Il faut se souvenir qu’il fut l’un des piliers des manifestations qui ont eu raison du PLU et qu’à ce titre sa présence était considérée comme légitime.

“Au bout du compte, l’État devra bien reconnaître notre existence, notre propre façon de vivre même si Saint-Martin est un territoire français. (…) L’État va bien devoir revenir vers la Collectivité pour nous expliquer comment ils comptent sortir de cette situation, de ce conflit. Mais il n’y aura pas dialogue possible si l’État ne respecte pas ce que nous sommes, ne respecte pas la position des élus locaux et continue de choisir de nous imposer ce que nous ne souhaitons pas.”

Lenny et Louis Mussington étaient eux aussi présents communément porte étendards du Collectif Soualiga United. Louis Mussington endossait aussi la représentation du groupe MJP/Hope siégeant au conseil Territorial et aurait aimé pouvoir incarner le lien entre les manifestants et les forces de l’ordre qui peinaient à trouver un interlocuteur. Les remontées de terrain laissaient entendre que les manifestants n’accepteraient de dialoguer qu’avec un Ministre…

Lenny Mussington
“La réaction a été trop violente (…) les gendarmes ,n’ont visiblement pas le monopole de la raison.”

Horace White et X-Ray étaient eux aussi sur les différents sites pour incarner le soutien du Soualiga Grassroot Mouvement.

Jean Barry Hodge aka JJ pour le REEF, Radical Effective  Extremist Front, était lui aussi présent en soutien à la population : “J’aurais fait autrement mais je ne suis pas là pour critiquer, je suis là pour supporter et pour que l’on sache que je supporte.”

A l’heure où nous bouclons…

Le calme n’était pas rétabli à l’heure où nous bouclions ce journal particulier.

Ce qui ne peut être rassurant quant à la suite des évènements, c’est de constater que la gendarmerie est elle aussi la cible d’attaques, en témoigne ci-dessus le véhicule de service en feu. Le télépilote du drone de la gendarmerie a été blessé.

Des blessés sont aussi à déplorer du côté des manifestants.

Un point déterminant, un sujet que nous abordons régulièrement, tient en ce qu’il ne faut pas négliger le fait que les armes à feu circulent nombreuses à Saint-Martin.

Ce qui aurait pu être un blocage comme d’autres a tourné au fil de la journée en cauchemar pour les forces de l’ordre.

Sur un autre plan, considérer que ce mouvement n’est dicté que par une opposition au PPRn révisé et à sa mise en application serait d’une profonde démagogie, Saint-Martin souffre de maux divers et profonds qui trouvent leurs racines bien avant Irma, voire même avant l’avènement de la Collectivité et auxquels ni l’Etat ni les gouvernances successives n’ont su répondre, certainement par manque de courage politique mais aussi par incapacité à travailler de concert.

21:00, le rond point d’Agrément brûle toujours, les barrages sporadiques à QO sont encore d’actualité, Grand Case est bloquée, St James vit aussi ses barrages éphémères, Sandy Ground est complètement bloqué…

200 véhicules sont coincés entre Grand Case et Quartier…

Le mot “émeute” peut être utilisé sans que l’on puisse être taxés d’empirisme…

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