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Mardi 7, un séisme de magnitude 6.4 a fait un mort, plusieurs blessés et provoqué d’importants dégâts matériels dans le sud de l’île de Porto Rico dont une partie a été privée d’électricité, nous rappelant, s’il en était besoin, qu’au-delà de la submersion, nos territoires restent exposés à de nombreux aléas.

Importants dégâts à Porto Rico

Survenant au lendemain d’un séisme de magnitude 5.8, ce séisme est le plus puissant d’une longue série qui a touché l’île américaine depuis le 28 décembre, a annoncé l’institut de géophysique américain (USGS).

Les infrastructures locales ont particulièrement été touchées, des éboulements ont bloqué une partie du réseau routier et de nombreuses lignes électriques été endommagées au point que certaines zones pourraient être privées de courant les deux prochaines semaines.

A ces dégâts matériels immédiats, il faudra ensuite ajouter les conséquences économiques telles que les pertes induites par la destruction de l’une des attractions majeures de la région, la formation rocheuse de Punta Ventana dont la partie supérieure s’est effondrée, sur un territoire qui ne s’était pas encore relevé du passage des ouragans de 2017 et suite auxquels environ 30 000 maisons n’ont pas encore été réparées, selon les autorités locales sévèrement critiquées pour leur mauvaise gestion des fonds alloués à la reconstruction.

Quoiqu’il en soit, l’état d’urgence a été déclaré mardi ainsi que la mobilisation de la garde nationale et le déblocage de 130 millions de dollars d’aide d’urgence pour l’île.

Pas de tsunami

Très rapidement après la survenue de l’évènement portoricain, la préfecture de Saint-Martin et Saint barthélemy rassurait la population via sa page Facebook : “Un séisme de magnitude 6,6 s’est produit ce matin vers 4h30 à proximité des côtes de Porto Rico à une profondeur de 7 km. Le Ptwc n’émet pas d’alerte tsunami.”

En effet, au-delà des dégâts matériels et/ou humains directs, les tsunamis sont un risque inhérent aux séismes. Le tsunami est une onde océanique qui se propage à partir d’un foyer lorsqu’une grande masse d’eau a été déplacée brutalement suite à un séisme provoqué par la rupture d’une faille, d’un glissement de terrain sous-marin ou d’une éruption volcanique. En ce sens, les systèmes d’alerte au tsunami reposent sur un système de localisation des forts séismes. 

Il est vrai que pendant longtemps le risque tsunami était méconnu voire nié aux Antilles, y compris de la part des services de l’Etat. Or, nos territoires sont particulièrement vulnérables puisqu’entourés d’eau, fortement peuplés sur les littoraux et situés à proximité de zones tsunamigènes. Ainsi, certaines études récentes tendent à prouver qu’en cas d’éruption majeure du volcan sous-marin Kick’em Jenny (situé à 9 km de l’île de Grenade), un tsunami de forte amplitude pourrait atteindre non seulement les îles les plus proches (Les Grenadines, Saint-Vincent, Sainte-Lucie, La Martinique), mais aussi les territoires un peu plus éloignés comme La Barbade, Trinidad et Tobago, les côtes Vénézuéliennes, l’archipel guadeloupéen et même Porto Rico. Au regard de la vitesse de déplacement d’un tsunami (de 650 à 850 km/h), en cas d’éruption du Kick’em Jenny, les populations côtières antillaises ne disposeraient au mieux que d’une cinquantaine de minutes pour évacuer les lieux, et au pire d’une vingtaine de minutes. 

Il serait peut-être temps là aussi de développer de véritables outils de surveillance d’une part et d’éducation d’autre part…

Petite piqûre de rappel pour les Antilles

Mercredi matin, c’est le Canal de la Dominique qui était secoué par un tremblement de terre d’une magnitude de 5.1 sur l’échelle de Richter et d’une profondeur de 144 kms, au Nord Nord Ouest de Macouba dans le Nord-Atlantique de Martinique. 

Si les données de l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de Martinique attestent d’une intensité modérée, le phénomène aurait d’après les témoignages recueillis été ressenti en Guadeloupe.

S’ils ne sont pas de nature à susciter d’inquiétude outre-mesure, ces évènements et surtout leur récurrence devraient tout de même nous servir de piqûres de rappel quant à l’endroit où nous vivons, nos territoires (Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin et Saint-Barthélemy) étant officiellement identifiés comme les régions de France où l’aléa et le risque sismiques sont les plus forts, l’arc des Petites Antilles se situant à l’aplomb d’une zone de convergence des plaques tectoniques.

C’est d’ailleurs en ce sens que le Centre de recherches sismiques (SRC) de l’Université des West Indies basé à Trinidad a enjoint mardi les pays caribéens à rester vigilants quant à l’activité sismique de la région.

Les récents séismes autour de Porto Rico doivent nous rappeler que notre région est active en la matière et nous devons être toujours prêts.Centre de recherches sismiques (SRC) de l’Université des West Indies

Heureusement, nous avons un plan !

D’après un opus du Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie consacré aux séismes, “compte tenu de l’accumulation des contraintes, un séisme majeur devrait survenir aux Antilles d’ici quelques dizaines d’années ; compte tenu de la vulnérabilité du bâti, il pourrait causer la mort de plusieurs milliers de personnes.” C’est ce constat qui a amené le Gouvernement à créer le Plan Séisme Antilles (PSA) en 2007, document cadre de définition de la stratégie de prévention qui prévoit le confortement parasismique ou la reconstruction de bâtiments publics devant être prioritairement sécurisés (établissements scolaires, habitat social, casernes de pompiers, bâtiments de l’État servant à la gestion de crise, etc.) ainsi que les actions de renforcement de la culture du risque sismique.

En termes de gouvernance, le PSA est piloté par une structure interministérielle permanente composée de représentants de la direction générale de la prévention des risques (DGPR), de la direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (DHUP), de la direction générale des outre-mer (DGOM) et de la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) et présidée par un membre permanent du conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD). Au niveau local, le PSA est mis en œuvre au travers de comités régionaux regroupant, en Guadeloupe, en Martinique, à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy autour des préfets, les services de l’État et les collectivités territoriales.

Le comité national et les comités régionaux se réunissent régulièrement afin de faire le point sur la mise en oeuvre des mesures, fixer les objectifs et définir les modalités d’accompagnement de l’Etat.

Ainsi, le 8 octobre 2019, le comité de pilotage national réuni en Guadeloupe sous la présidence de Frédéric Mortier, délégué interministériel aux risques majeurs en Outre-mer a acté trois priorités notables : Faire de la mise aux normes parasismiques et de la prévention un axe prioritaire des programmes opérationnels européens 2021-2027 ; renforcer l’accompagnement de la maîtrise d’ouvrage des collectivités pour accélérer les travaux de confortement parasismique du bâti ; élaborer des références partagées des techniques et des coûts des travaux parasismiques afin d’optimiser la mise en sécurité des bâtiments. A cet égard, l’engagement étatique se traduira à travers les contrats de convergence et de transformation qui prévoient de mobiliser 133 M€ pour la période 2019-2022 (63 M€ de Fonds Barnier, 33 M€ pour les collectivités et 31 M€ de fonds européens, 6 M€ du ministère des Outre-mer), hors intervention de la Ligne Budgétaire Unique pour le logement social.

Are we ready?

Le cadre étant posé et les sources de financement identifiées, le risque sismique semble ainsi tenir une place d’importance dans le déploiement des politiques publiques dédiées, place encore renforcée dans le cadre de la trajectoire 5.0 du Gouvernement. Mais concrètement, prêts… Le sommes-nous ?

Si l’on s’en tient aux bilans des deux premières phases (2007-2015 et 2016-2020), on doit bien admettre que Saint-Martin accuse un inquiétant retard par rapport au reste des Antilles. Globalement, le PSA affiche ainsi fièrement 267 M€ de Fonds de Prévention des risques naturels majeurs (FPRNM) pour l’ensemble des opérations de mise aux normes parasismiques depuis 2007 ; 86 écoles primaires, 24 collèges, 22 lycées achevés et engagés ;
8 370 logements achevés et engagés ; 75% des casernes de pompiers faisant l’objet de conventions cadre ; 489 M€ consacrés à 10 centres hospitaliers (hors EHPAD). 

Mais, lorsque l’on isole Saint-Martin, ces résultats se réduisent à la mise en sécurité de 155 logements pour un coût de 3,9 M€ (patrimoine SIG) ; 3.2 M€ fléchés vers le Centre hospitalier LCF ; un diagnostic des collèges ; une étude du lycée polyvalent qui aura conclu à la nécessité de conforter des bâtiments ;
des travaux sur la passerelle et les escaliers du même lycée ; la mise aux normes d’une école (Siméone Trott…) et la construction de la nouvelle préfecture déléguée.

Evidemment, Irma et son taux de destruction du bâti aura rebattu les cartes et représente une réelle opportunité d’intégration de paramètres parasismiques dans la reconstruction d’un territoire historiquement plus soucieux de l’aléa cyclonique.

Cette intégration est en tous cas prévue par le PSA puisque des études de microzonages sismiques ont été réalisées par le BRGM à Saint-Martin et à Saint Barthélemy dans ce cadre en 2016. Ces études visant à l’élaboration de plans de prévention des risques sismiques (PPRS) ont été diligentées par l’Etat qui entend bien les voir “pris en compte dans l’aménagement et la construction d’un territoire, par le biais de l’outil réglementaire que constitue le Plan de Prévention des Risques”… 

Nouveau séisme de gouvernance et/ou social en vue ?

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