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Le lundi 6 janvier dernier, à l’initiative de la Préfecture, s’est tenue une réunion dédiée aux problématiques sociales et aux difficultés de la jeunesse. Rencontre à laquelle était conviée la Collectivité de Saint-Martin, représentée par la 3e Vice-présidente, Annick Pétrus (seule élue à avoir considéré le moment important dans le contexte de conflit COM/Etat) et un panel d’agents, des membres de l’Union du Peuple-Travailleurs Saint-Martinois, auxquels il convient d’ajouter des représentants de l’Éducation nationale, de la DIECCTE et de Pôle Emploi.

La sincérité des rencontres manipulée par la stratégie…

En coulisse, on devine que la Préfecture a souhaité sur cette thématique transversale créer un point de contact productif avec la Collectivité alors que l’omniprésent PPRn a su dégrader les relations bien au-delà de cette stricte thématique. Les représentants de l’Union du Peuple-Travailleurs Saint-Martinois n’étaient eux pas parfaitement au fait de la présence de la Collectivité. En coulisse toujours, il est clair que la Collectivité a su, dans un délai bref mais imposé par les évènements, mobiliser une task-force importante : 18 personnes, dont la mission officielle ne pouvait être autre que d’alimenter le débat mais dont on devine clairement la mission officieuse dans le contexte qui est le nôtre. Au bilan, le Collectif n’aura pas obtenu de réponse claire et aura quitté les lieux avec certains agents de la COM avant la fin de la réunion… la confiance en nos institutions n’en sort pas grandie.

Selon le communiqué de presse de la Collectivité, Il est à retenir pour les prochains jours, l’organisation d’Assises du social par la Collectivité et la mise en place de comités de travail conjoints visant à répondre à certaines des revendications de l’Union du Peuple-Travailleurs Saint-Martinois, celles relevant des compétences de la Collectivité, qui sont loin de se borner au PPRn en révision auquel s’attelle la Mission Lacroix/Desbouis. 

La révision du PPRN, arbre qui cache la forêt

La contestation organisée autour du PPRN en révision appliqué par anticipation est ainsi venue mettre en lumière une réalité connue de tous mais malheureusement trop souvent passée sous silence puisqu’ailleurs tout ne va pas si mal : la forte paupérisation de certaines parties de la population, encore accentuée à la suite d’Irma. Les dispositifs sociaux réglementaires ne répondent pas aux besoins de ces quartiers et il est plus que jamais urgent de déployer une politique autrement plus ambitieuse.

Sandy Ground est devenue l’épicentre de cette colère populaire et reste encore aujourd’hui difficilement praticable pour ses habitants et les automobilistes. Car, force est de constater qu’au-delà des motivations autour des prescriptions du PPRN adopté par anticipation, il s’agit bel et bien d’un cri d’alarme générationnel dont la résonance ne peut trouver de réponse que dans la responsabilité de nos politiques et l’accompagnement de l’Etat, conjointement. 

Ni anges, ni démons… juste une réalité factuelle

Loin de nous la culture de l’excuse, mais il n’y a pas à tergiverser sur le fait que ces jeunes sont souvent des laissés-pour-compte qui n’ont ni repères ni visibilité sur l’avenir. Parmi eux, un certain nombre de délinquants en puissance ou avérés, en situation d’échec scolaire, n’en déplaise à l’IA DAASEN IDN et aux statistiques de l’Education Nationale qui occultent ceux qui sont sortis des radars. Cette jeunesse échappe au contrôle parental, souvent eux-mêmes sans emploi et dépendants des minimas sociaux et de l’économie grise.

Il faut faire quelque chose contre l’assistanat, certains jeunes ne font en fait que comme leurs parents.Raphaël Sanchez, membre de Union du Peuple-Travailleurs Saint-Martinois

Résultat : nombre de ces jeunes vivent de celle que l’on appelle l’économie grise, politiquement correct oblige, faite de vols, de recel, de prostitution, de trafic d’armes, de stupéfiants – cannabis, crack et cocaïne – dont, très souvent, ils sont eux-mêmes de grands dépendants. Bref, on peut épiloguer à l’infini, sur qui porte la responsabilité directe ou indirecte de cette situation désastreuse, se renvoyer la balle incessamment pendant que le temps passe et que la situation se transmet de génération en génération. Montrer du doigt certains, dénoncer les pics du chômage, l’absence de rôle social de certaines entreprises etc…

La “marge” fait partie de la page… elle accueille même des annotations supposées forcer l’intérêt de ceux qui rédigent la copie…Allégorie de l’exclusion

On ne peut  plus se satisfaire de l’opposition régulière de deux concepts, opposition qui avait déjà motivé la volonté d’évolution statutaire : l’application du droit face au respect de certains usages hérités que l’absence historique de l’Etat dans l’exercice de certaines de ses compétences a laissé s’ancrer au point de les travestir en acquis culturels. Si le mot “jollification” est part de la culture saint-martinoise et qu’il est campé sur des valeurs vertueuses, l’entraide, le lien social… il ne peut en être de même pour une part de l’économie grise qui, si elle évite l’explosion et les crises, nourrit aussi de très sérieux travers qui ne peuvent être le modèle qui s’impose aux 14-25 ans.

  Pas d’amalgames… SVP…
Toute la jeunesse n’est pas exclue ou ne se sent pas exclue, bien évidemment et fort heureusement…
Sur un autre plan, il est nécessaire de faire un distinguo entre les solutions d’urgence qu’il faut pouvoir proposer aux publics qui sont déjà “hors circuit”, et celles qu’il faut développer à l’attention des publics qui ont cet âge charnière, celui du choix d’une trajectoire inclusive ou du renoncement à l’insertion… hors économie grise.

La misère sociale, la souffrance populaire… une responsabilité collective

Le désœuvrement de bon nombre de nos jeunes interroge, interpelle les tenants des pouvoirs et nous invite à réagir collectivement. Comment formons-nous et préparons-nous nos jeunes à devenir les adultes, les citoyens, les responsables, les forces vives de demain ?

Quel est le sens de l’école dans cette construction quand le chômage est souvent au bout du chemin ? Quand, où, comment… les jeunes ont-ils la place et la possibilité de s’exprimer, de s’engager, de faire, d’exister, en tant que citoyen à part entière et non par procuration ? On l’oublie parfois mais, institutions, pouvoirs politiques, acteurs économiques, orientations, … sont si éloignés des réalités, de leurs réalités que les tentatives de dialogues se soldent par une fin de non recevoir faute de parler la même “langue”. 

I have a question…

Comment nous, parents, citoyens, éducateurs, responsables associatifs, enseignants, politiques, chefs d’entreprise, institutions…. pouvons-nous , en 2020, donner de la place et de l’espoir à cette part de la jeunesse et lui éviter le non choix de la marge en sortant d’un déni de situation par trop confortable ? Voilà la question à laquelle le Saint-Martin’s Weeks appelle humblement à répondre collectivement mais surtout sérieusement.

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