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Les affaires n’ont pas (encore) fait grand bruit en dehors des colonnes du Saint-Martin’s Week, notamment faute de moyens à disposition de la justice qui opère sur une échelle temporelle bien plus vaste que celle du citoyen.

Il est maintenant de notoriété publique que le Groupe Deldevert est non seulement sous le coup de plusieurs plaintes (mais la présomption d’innocence prévaut naturellement…), mais également que le nombre de chantiers abandonnés par le reconstructeur croît au fur et à mesure que les matériaux et les moyens quittent le territoire saint-martinois.

Dès lors, le projet fièrement affiché sur la route de la Savane interroge, d’autant plus que plus personne ne peut ignorer les liens existant depuis 2010 entre le président Gibbs et Mario Di Palma, big boss du Groupe Deldevert entre autres, même si l’homme excelle dans le fait de ne pas apparaître dans les statuts officiels des sociétés qu’il contrôle.

Le projet 

Verte Savane, puisque c’est le nom qui semble lui avoir été choisi, est un programme de 52 logements locatifs dont l’origine n’est pas nouvelle et sans doute pas à inscrire dans la reconstruction post-Irma puisque le permis de construire date de 2016. Il a même été délivré plutôt deux fois qu’une, puisque si la demande de permis a été déposée une première fois en janvier 2016 par la société SOGEFI de JM Schuller, demande ayant reçu une réponse favorable au mois de mars, ce permis a ensuite été transféré à la SCCV La Savane en décembre de la même année.

Quoiqu’il en soit, la paternité de l’ensemble définitif qui consistera en un bâtiment R+2 de 18 logements de type T3 et 6 bâtiments R+1 formant 34 villas T4, est aujourd’hui portée par la SEMSAMAR. Ces logements ont en effet une vocation locative sociale qui permettra :

  • de bénéficier des  financements et dispositifs dédiés tels que la Ligne Budgétaire Unique (LBU), la défiscalisation, prêt locatif social (PLS), etc.
  • de répondre à un besoin territorial prégnant, enfin…lorsque l’opération sera achevée puisqu’il s’agit d’une vente en l’état futur d’achèvement (VEFA). La livraison est espérée en septembre 2021, avec des loyers compris entre 6.61 et 9.51 €/m2
  • à la Team Gibbs de relativiser quant à l’héritage des précédentes mandatures qui serait sa cause principale d’ennui…

+500 k€ de subvention et 100% de garantie

Plus que de ne pas le stigmatiser, Daniel Gibbs a même décidé de porter ce projet et de l’accompagner. Tout d’abord au travers d’une subvention de 551 599.52 € accordée à la SEMSAMAR pour la réalisation des 18 appartements, ce montant correspondant au maximum autorisé de la LBU.

Cette somme sera versée en trois temps : un acompte de 30 % après constatation de la passation des marchés et sur présentation de la déclaration d’ouverture de chantier, les acomptes ultérieurs en fonction de l’avancement des travaux dans la limite de 80% et le règlement du solde à la justification de la réalisation des travaux.

Le coût total du projet s’élève à près de 11.8 M€ et une autre part du financement tient à l’octroi d’un prêt bancaire de près de 7.4 M€ par la Caisse des Dépôts et Consignations et pour lequel la COM engage sa responsabilité en qualité de garant.

Que la COM accorde une garantie bancaire à “sa” SEM n’a rien d’exceptionnel, ni à Saint-Martin, ni ailleurs. Là où ça pique un peu, c’est lorsque l’on descend la chaîne de ruissellement, jusqu’à l’entrepreneur choisi…

En rouge et blanc…

Tous ceux qui sont au fait de la situation financière de Deldevert mise à mal par des pratiques de vases communicants déjà largement décrites en ces colonnes, de ce manque de trésorerie qui ne lui permet pas de poursuivre nombre de ses chantiers et / ou de payer son personnel, de l’attente de certains fournisseurs, seraient en droit de s’interroger.

La subvention COM et l’emprunt CDC devraient permettre d’amorcer la pompe pour cette opération. Pour autant, l’association SEM / COM / DELDEVERT dans un contexte où l’action et les manipulations du dernier sont décriées voire dénoncées, et pas que par le Saint-Martin’s Week mais aussi auprès du procureur, a quelque chose de dérangeant.

Serait-ce la marque d’une confiance indéfectible ? Juste le respect d’engagements antérieurs dont il sera toujours temps de se déresponsabiliser si jamais le temps se gâtait ? La première vanne ouverte vers l’argent public ?

Quoiqu’il en soit… malgré la subtile confusion qui peut régner dans l’esprit de ceux qui ne sont pas initiés aux complexes montages immo-financiers entre aménageur, promoteur et constructeur et qui ne permettent pas d’identifier clairement qui fait quoi de prime abord, les créanciers de l’entreprise rouge et blanche apprécieront certainement…

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