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Marionnettiste, metteur en scène, décorateur, dialoguiste et comédien, ce touche-à-tout du spectacle nourrit encore de beaux projets… 

Il est des rencontres que l’on pourrait qualifier d’improbables car il s’en fallait de peu pour que l’on passe à côté d’un personnage qu’il aurait été dommage de manquer.

Installé à une table avec vue sur mer, panama bien vissé sur le crâne, notre homme est d’un abord facile et quelques minutes seulement après avoir fait connaissance, le voilà qui nous déroule l’histoire de sa vie comme on lirait un scénario qu’il viendrait d’écrire. 

Pierre Hadef est né après guerre à Lyon. Tout petit, il se passionne pour le cirque et la comédie, mais surtout pour le cinéma où il se rend en cachette en faisant l’école buissonnière. La salle de son quartier organise régulièrement des concours avec des gamins dans son genre pour faire des acrobaties en vélo pendant l’entracte, il montre une telle dextérité qu’il est invité toutes les semaines à se produire sur scène, il y prend goût et n’aura cesse d’y retourner. 

Moi, je construis des marionnettes 

En attendant la gloire, il fabrique des petits personnages avec des bouts de tissus et des morceaux de bois, il se fait ses propres histoires, anime des personnages dans sa chambre transformée en théâtre dans lequel il ne manque que les applaudissements du public. 

Plus tard, il sera un fervent spectateur de la Piste aux Étoiles, la fameuse émission de Gilles Margaritis qui fît les beaux soirs de l’ORTF.

Fasciné par les magiciens qui y apparaissent, il est bien décidé à en percer tous les secrets, mais l’orientation scolaire qu’il choisit le dirige vers la serrurerie et la ferronnerie d’art. 

Devenu adulte, il travaille pour une société spécialisée dans l’ouverture des coffres forts tout en consacrant ses loisirs à l’apprentissage du métier de marionnettiste, s’inscrivant à des stages où rapidement il devient lui même instructeur en montant ses propres spectacles.

C’est lors de l’un d’eux qu’il est recruté pour participer au festival de marionnettes de Charleville-Mézières, il a alors 25 ans et fait ses premiers pas sur scène, c’est la révélation et tout s’enchaîne : un rôle de comédien, un contrat et une tournée pendant laquelle il va apprendre les rudiments du métier.

Les ficelles du métier 

L’ouverture d’esprit des années 70’s fait naître quelques belles initiatives et ce sont les premiers balbutiements du théâtre pour l’enfance et la jeunesse. Pierre et sa troupe saisissent la balle au bond et présentent des pièces dans les écoles et les MJC avec des marionnettes géantes, c’est un véritable succès qui les mène de ville en ville et de festival en festival ; c’est aussi l’école de la débrouille où il est tour à tour, chauffeur, régisseur, décorateur et même responsable de tournée. 

Peu à peu, les poupées animées sont délaissées au profit des vrais comédiens, c’est l’époque des cafés-théâtres comme le Café de la Gare tenu par Romain Bouteille qui fera la renommée de la bande à Coluche.

Un vent de liberté post soixante-huitarde souffle sur l’hexagone et Pierre Hadef n’y échappe pas, il “fait la route” comme on dit alors, visitant en stop les confins de l’Orient et de l’Afrique en passant par la Chine et Katmandou, il en revient avec des techniques théâtrales ou de danses apprises sur place dont il se sert lors de prochains spectacles.

David Copperfield c’est pas si compliqué 

En 1981, la gauche arrive au pouvoir et donne leurs lettres de noblesse aux arts populaires grâce à Jack Lang ministre de la Culture ad vitam aeternam. Les subventions tombent et les théâtres pour la jeunesse se retrouvent sous le feu des projecteurs. 

Ayant posé son sac en banlieue parisienne, Pierre profite de cette aubaine et fait feu de tout bois. Il ne rechigne pas à la tâche et endosse les rôles les plus improbables passant du commissaire de police au croque-mitaine caché dans un frigo ( ! ), il s’autoproclame même maître d’armes pour les besoins de la cause et n’hésite pas à reprendre le fer à souder afin de modifier une structure métallique pour qu’elle s’adapte aux dimensions d’une estrade trop étroite. 

Il travaille pour les plus grands dont Daniel Mesguich qui lui laissera la possibilité de s’exprimer et d’explorer des domaines inconnus. Il perce enfin les secrets de ses modèles comme David Copperfield qui selon lui, utilise des techniques plutôt basiques.

Mais les années passent, les gouvernements aussi, et l’engouement pour le théâtre cesse aussi vite qu’il était apparu. Le métier change, les contrats se font rares, et ses nombreux voyages ont donné à Pierre le goût du soleil et du dépaysement. 

Show must go on 

Direction les Dom-Tom, la Guadeloupe, la Réunion et finalement Saint-Martin au début des années 2000 où il revient à ses premières amours avec des spectacles pour marionnettes inspirés de contes caribéens. Il lui faut peu de temps pour se faire une réputation dans les écoles de l’île, mais alors que le succès va grandissant, Irma emporte avec elle tous ses personnages et ses accessoires réduisant à néant les projets qui bouillonnaient dans sa tête. Heureusement, il lui reste son précieux press-book qu’il feuillette avec un brin de nostalgie. 

Mais Pierre Hadef est du genre persévérant et le voilà qui reconstruit un petit théâtre ambulant, certes modeste, mais qui ne demande qu’à grandir. Avec toujours autant de talent, le marionnettiste fait renaître la magie en donnant vie à des objets détournés de leur utilisation première. Sa motivation est intacte et il compte organiser des stages dans les écoles où l’on apprendra à se servir du matériel disponible pour en faire un décor plus vrai que nature tout en improvisant une histoire qui fera rêver les petits et les grands. 

Pour en savoir davantage : hadef.pierre@orange.fr  

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